À la Seine Musicale : Mozart, Beethoven, de l’Humanisme et de l’humain

La Seine Musicale, Auditorium, jeudi 23 janvier 2020

 

Îlot Symphonies Sacrées

 

Programme :
Wolfgang Amadeus Mozart, Symphonie n° 39
Ludwig van Beethoven, Messe en ut majeur


Distribution :
Elsa Benoit, soprano 
Julie Robard-Gendre, alto 
Maximilian Schmitt, ténor 
Andreas Wolf, basse 


accentus
Insula orchestra
Duncan Ward, direction

 

 

 

Hasard des temps qui courent et 250e anniversaire de la naissance de Ludwig van Beethoven oblige, ce concert de l’Insula Orchestra et d’Accentus sur l’Île Seguin aura vu la rencontre des élans humanistes des Lumières avec le quotidien de femmes et d’hommes inquiets d’un futur qu’ils aimeraient radieux. Le tout sous l’oeil maçonnique de Mozart. Si l’Homme et ses aspirations ont été au centre de ce concert, la musique a-t-elle été à la hauteur de l’enjeu ? Pas totalement…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voilà bien une belle idée d’avoir programmé dans une même soirée la Symphonie n°39 de Mozart avec la Messe en Ut de Beethoven en ouverture de l'Îlot Symphonies Sacrées. Cette symphonie dite « maçonnique » est la moins jouée de la dernière grande trilogie des symphonies de Mozart. Avec la Symphonie n°40 en sol mineur et la Symphonie n°41 en ut mineur, dite « Jupiter », elle appartient nettement à la période la plus romantique du compositeur et sa relative rareté en fait une partenaire des plus appropriées à une Messe en Ut de Beethoven souvent éclipsée par sa monumentale Missa Solemnis. Connivence esthétique mais surtout convergence humaniste de deux compositeurs qui placent l’Homme et le travail à la construction d’une humanité meilleure et plus éclairée au centre de leurs préoccupations.

 

Derrière les plus grandes idées et les plus beaux concepts, il y a aussi des femmes et des hommes, forces humaines laborieuses, qui donnent vie musicale à ces œuvres. Ce sont eux qui ont pris la parole en ce début de concert. Deux voix à l’unisson, issues de l’orchestre et du chœur, tenant à exprimer publiquement leur inquiétude face à l’actuel projet de réforme des retraites. La clarté et la sobriété de leurs propos ont rencontré un accueil bienveillant d’un public concerné et attentif. On ne peut que saluer la possibilité qui a été donnée aux artistes de ce soir de faire circuler une parole porteuse des questionnements d’une profession relevant le plus souvent du régime de l’intermittence. Régime qui fait les beaux soirs d’une grande partie des salles de spectacles françaises. Commencer ce concert Mozart-Beethoven en mettant l’Homme et son quotidien en avant ne pouvait augurer que du meilleur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le jeune chef britannique Duncan Ward fait preuve d’une implication et d’une énergie constante tout au long de cette soirée. Son interprétation de la Symphonie n° 39 à la tête de l’Insula Orchestra nous offre un Mozart léger et agile. On aime ces articulations d’école baroque et cet allègement de la pâte sonore.  Tout est chaleureux sans se départir d’une certaine élégance non dénuée de combativité. De l'introduction lente du premier, dont la puissance dramatique renvoie à l'ouverture de Don Giovanni, jusqu'au finale, d'une fougue et d'une vivacité extraordinaires, sans oublier le trio du menuet, avec ses airs d'orgue de Barbarie, tout chante, tout est joie et confiance. Trop peut-être. On aimerait plus de surprises, de reliefs, de couleurs, d’émotions. A ce discours cantabile très structuré horizontalement manque un soupçon de verticalité soulignant la richesse du vocabulaire harmonique et apportant palpitation et nécessité intérieure. Un manque de gravité et d’ancrage qui, s’il n’était en partie compensé par la fougue de Duncan Ward et l’implication permanente de l’Insula orchestra, risquerait de lasser sur la durée.

 

Pas de lassitude dans la deuxième partie de ce concert car, cette expression d’un accord idéal entre verticalité et horizontalité, c’est dans la Messe en Ut de Beethoven que nous la trouverons. Est-ce dû à l’évidente connivence artistique et spirituelle des forces d’Accentus et de l’Insula orchestra ? Peut-être… Est-ce le génie du métier beethovénien d’un classicisme sans faute ? Sûrement… Mais c’est surtout  par la grâce d’une œuvre où solistes, orchestre et chœur tiennent une conversation digne des Lumières. Cette intimité musicale et cette transparence du discours et des textures sonnent comme une évidence. Articulations, phrasés, pureté des lignes vocales des ensembles et des solistes, clarté du texte, tout y est. Lumière et profondeur ont trouvé leur équilibre et cette interprétation touche, juste, au cœur.

 

L’Insula orchestra trouve chez Beethoven une terrain favorable où faire valoir ses qualités de justesse, précision et équilibre des pupitres. Les membres du chœur Accentus font preuve d’une cohésion sans failles et mettent leurs grandes qualités techniques au service d’une musicalité confondante d’apparente facilité. Les solistes complètent ce tableau avec évidence. Elsa Benoît est un soprano agile au souffle long et au legato parfait qui s’allie idéalement avec l’alto sombre mais bien projeté de Julie Robard-Gendre. Maximilian Schmitt est un ténor solide et plus brillant qu’à l’habitude dans ce répertoire tandis que la basse Andréas Wolf fait preuve de son habituelle et rassurante solidité. Toutes ces forces artistiques et humaines, cette intensité commune, sont unies avec cohérence sous la baguette toujours aussi énergique mais plus habitée de Duncan Ward.

 

Le public est conquis. Oserions-nous dire que l’égrégore était total ? Chaque présent jugera, mais du début à la fin de ce concert les Hommes auront échangé, donné et reçu. Un beau cadeau d’anniversaire pour Monsieur Beethoven.

 

 

Romaric HUBERT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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© Christian Dresse

© Marc Ginot

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Ducan Ward

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