13  juin 2020

 

OPÉRA DE PARIS : MA CHE IMBROGLIO...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Co-direction jusqu'en juillet 2021 ; départ anticipé de Stéphane Lissner en décembre 2020 ; arrivée anticipée d'Alexander Neef en janvier 2021 ; démenti de l'intéressé : alors que les annonces se succèdent en dehors de toute cohérence, Première Loge tente de faire le point sur une situation pour le moins confuse... 

 

 

 

Une situation alarmante

L’Opéra de Paris traverse une crise sans précédent. Selon Stéphane Lissner, l’institution, qui accuse un déficit de 40 millions d’euros, n’aura plus de fonds de roulement dès la fin de l’année 2020. Une situation due notamment aux annulations liées à la récente pandémie mais aussi au conflit social extrêmement long qui a affecté les représentations de la dernière saison.

Stéphane Lisser, qui affirme avoir soutenu le mouvement social en décembre 2019, déplore profondément que, le temps passant, "une poignée d'individus" ait empêché le travail de reprendre, alors que "la RATP et la SNCF avaient repris le travail, que l'Opéra de Paris avait ouvert des discussions pour trouver des solutions, et l'Etat donné des signes encourageants", et dénonce "des organisations braquées contre toute forme de gouvernance, qui, en croyant défendre le salarié, mettent en péril l’outil de travail", à l’opposition de "syndicats responsables qui travaillent dans une confrontation constructive. [...] Ce chantage continuel au lever de rideau, le fait de devoir attendre jusqu’à une demi-heure avant un spectacle pour savoir s’il sera joué ou non, tout cela n’a plus rien à voir avec notre métier", a également déploré Stéphane Lissner..

 

Un "tuilage" entre les deux directeurs ?

Quoi qu’il en soit, Stéphane Lissner n’a pas été reconduit dans ses fonctions de directeur de l’Opéra de Paris. Il devait quitter son poste en juillet 2021, pour laisser la place en août à son successeur, Alexander Neef, ancien collaborateur de Gérard Mortier et actuel directeur de la  Canadian Opera Company (Toronto). D’ici le départ de Stéphane Lissner, Alexander Neef, toujours direcetur de la COC, devait cependant faire figure de «directeur préfigurateur» : lui incombait notamment la tâche de préparer les productions pour les futures saisons, à partir de 2021-2022. Cette forme de « tuilage » aurait permis une transition « en douceur » entre les deux directeurs, dans le bien, aurait-on pu penser, de l’institution…

 

Le départ anticipé de Stéphane Lissner

Mais dans une interview publiée par Le Monde le 11 juin dernier, Stéphane Lissner annonce qu'il quittera finalement la direction de l'Opéra de Paris plus tôt que prévu, soucieux, affirme-t-il, de laisser les pleins pouvoirs à son successeur et son directeur adjoint Martin Ajdari. Dès décembre 2020, l’actuel directeur quittera donc ses fonctions de directeur de l'Opéra national de Paris. Une décision approuvée par le ministre de la culture Franck Riester, le ministère ayant fait savoir qu’Alexander Neef proposerait "dès l'automne 2020 des orientations pour maintenir l'excellence et le rayonnement de l'Opéra tout en revisitant son modèle économique, social et organisationnel".

 

La réaction inattendue d’Alexander Neef

Coup de théâtre ! Vendredi, la Canadian Opera Company (COC) et son directeur se sont exprimés via un communiqué officiel transmis aux médias :

« En réponse aux récentes spéculations de médias venues de France sur le fait que le directeur général de la COC a l'intention de quitter ses fonctions avant juillet 2021, M. Neef confirme qu'aucune décision n'a été prise pour l'accélération de la date de départ. "Je n'ai certainement pas anticipé le départ avant terme de M. Lissner, a-t-il indiqué. Je n'ai encore engagé de discussions formelles, que ce soit avec l'Opéra de Paris ou les membres de notre Conseil d'administration [de la COC], à propos de l'accélération de ma prise de fonctions à Paris", a encore précisé Alexander Neef avant d’ajouer que de toute façon, " la crise sanitaire qui continue à travers le monde rend difficilement envisageable des changements importants au calendrier prévu".»

 

Difficile d’imaginer une situation plus confuse et plus embrouillée… Aussi la tentation est-elle grande de chanter avec les personnages de La Cenerentola :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                             

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Christian Dresse

© Marc Ginot

Che sarà!

Questo è un nodo avviluppato,

Questo è un gruppo rintrecciato.

Chi sviluppa più inviluppa,

Chi più sgruppa, più raggruppa;

Ed intanto la mia testa

Vola, vola e poi s’arresta;

Vo tenton per l’aria oscura,

E comincio a delirar.

Que va-t-il arriver ?

C’est un écheveau enchevêtré,

C’est un imbroglio inextricable.

Qui cherche à le démêler, ne fait que l’emmêler plus ;

Qui cherche à le désembrouiller, ne fait que l’embrouiller plus.

Pendant ce temps, ma pauvre tête

Vole çà et là, et puis s’arrête ;

J’avance à tâtons dans l’obscurité

Et je commence à délirer !

Traduction S. Lelièvre

Gioacchino Rossini La Cenerentola, Atto 2, "Questo è un nodo avviluppato". Frederica Von Stade (Cenerentola) Claudio Desderi (Dandini) Francisco Araiza (Don Ramiro) Paolo Montarsolo (Don Magnifico) Margherita Guglielmi (Clorinda) Laura Zannini (Tisbe)