Un jour, un espoir...

 

"Il est permis d'attendre, il est doux d'espérer"... chante Carmen. La musique étant par essence vectrice d'espoir,

Première Loge vous proposera chaque jour, le temps que durera le nécessaire confinement des Français, une page musicale dans laquelle l'espoir est évoqué, par les notes et par les mots. Espoir amoureux, espoir en la paix retrouvée, en des jours meilleurs...

Tant il est vrai que l'espoir... et la musique font vivre !

 

 

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  • SEMAINE DU 13 AU 20 AVRIL 2020

VENDREDI

BERNSTEIN, "Somewhere" (West Side Story)

 

La paix, le calme, la liberté nous attendent quelque part…

 

Au plus fort du drame, un rayon d’espoir… Alors que la haine entre Sharks et Jerks atteint son paroxysme, une voix féminine se fait entendre (ici, celle de Marilyn Horne) et chante l’espoir en un monde meilleur…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JEUDI

SCHUBERT, "Mein !" (La Belle Meunière)

 

Printemps, sont-ce là toutes tes fleurs ?

Soleil, n’as-tu pas de rayons plus clairs ?

 

Le meunier du cycle de Schubert chante ici son espoir de voir son rêve amoureux réalisé : la femme qu'il adore semble enfin répondre à son amour. Mein, ou la jubilation traduite en musique ! Fritz Wunderlich prête au meunier, chantant le bonheur à portée de mains, son timbre radieux, chaud, tendre, gorgé de sensibilité ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MERCREDI

FAURÉ, "Puisque l'aube grandit" (La Bonne Chanson)

 

 

Puisque l'aube grandit, puisque voici l'aurore,
Puisque, après m'avoir fui longtemps, l'espoir veut bien
Revoler devers moi qui l'appelle et l'implore...

 

Fauré compose le cycle de mélodies La Bonne Chanson entre 1892 et 1894. Il le dédie à la cantatrice Emma Bardac dont il est alors amoureux - et qui sera quelques années plus tard la femme de Debussy.  Les poèmes proviennent du recueil homonyme de Paul Verlaine (1872).

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MARDI

SAMUEL BARBER, "The Monk and his cat" (Hermit Songs, op.29, n° 8 ).

 

Chacun au plaisir de son art / Aucun de deux ne gêne l’autre.

Ainsi nous passons la vie / Sans jamais ennui ni envie.

 

Nous dédions cette mélodie aux New Yorkais, si éprouvés par le coronavirus...  C'est à New York que le compositeur américain Samuel Barber (1910-1981) a accompli une grande partie de sa carrière, notamment pour le Metropolitan Opera. En choisissant un poème anonyme irlandais, "Le moine et son chat" au sein du cycle pour soprano et piano Hermit Songs (1954), il fait éclore une saynète humoristique autour d’un moine parlant à son chat Pangur de leur quotidien. La justesse de leur intime cohabitation nous interpelle lorsque l’un étudie, l’autre chasse. « Heureux de son propre art, / Aucun des deux n’entrave l’autre » : cette acceptation assumée, cette indépendance leur permet de vivre ensemble « toujours sans ennui, sans envie ».

N’est-ce pas une fable qui fait écho à la vie d’isolement accepté pour celles et ceux qui ne se déplacent plus au travail ? Sauf que nous optons plus souvent pour la complémentarité ou l’échange des rôles : l’un.e travaille à demeure, l’autre pourvoit au ravitaillement si ce n’est à la chasse !

 

Sabine Teulon-Lardic

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NB : Il existe également une très belle version de cette mélodie par Leontyne Price et Samuel Barber lui-même au piano chez RCA !

 

 

LUNDI

BELLINI, "Casta diva" (Norma)

 

Répands sur terre cette paix / Que tu fais régner dans le ciel...

 

Tout simplement l’une des plus belles mélodies jamais composées… Au début de l’œuvre, même si la guerre entre Gaulois et Romains menace et même si Pollione s’est détourné d’elle, Norma veut encore espérer : elle chante ici une prière pour la paix. Sondra Radvanovsky en proposait, en 2016, une magnifique  interprétation à l'Opéra Bastille, faisant chavirer le cœur de tous les spectateurs … et celui de Philippe Jordan, à en croire le regard que le chef pose sur la chanteuse à la fin de l'air !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez ici notre compte rendu de l'intégrale de Norma en DVD avec Sondra Radvanovsky.

 

 

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka

Chaste Déesse, toi qui argentes

Ces forêts antiques et sacrées,

Tourne vers nous ton beau visage, 

Sans nuage et sans voile.

Adoucis, ô déesse,

Adoucis le zèle des cœurs ardents ; 

Répands sur terre cette paix

Que tu fais régner dans le ciel.

Pangur, Pangur blanc,

Comme nous sommes heureux

Seuls et ensemble, chercheur et chat.

À chacun à sa tâche de chaque jour :

Pour toi c’est la chasse, pour moi l’étude.

Tes yeux brillants surveillent les plinthes ;

Mes yeux de myope sont fixés sur un livre

Tu te réjouis quand tes griffes enserrent une souris ;

Je me réjouis quand mon esprit sonde un mystère.

Chacun au plaisir de son art

Aucun de deux ne gêne l’autre.

Ainsi nous passons la vie

Sans jamais ennui ni envie.

Pangur, Pangur blanc,

Comme nous sommes heureux

Seuls et ensemble, chercheur et chat

Traduction Gilles Couderc

Puisque l'aube grandit, puisque voici l'aurore,
Puisque, après m'avoir fui longtemps, l'espoir veut bien
Revoler devers moi qui l'appelle et l'implore,
Puisque tout ce bonheur veut bien être le mien,

 

Je veux, guidé par vous, beaux yeux aux flammes douces,
Par toi conduit, ô main où tremblera ma main,
Marcher droit, que ce soit par des sentiers de mousses
Ou que rocs et cailloux encombrent le chemin ;

 

Et comme, pour bercer les lenteurs de la route,
Je chanterai des airs ingénus, je me dis
Qu'elle m'écoutera sans déplaisir sans doute ;
Et vraiment je ne veux pas d'autre Paradis.

 

Paul Verlaine

 

Ruisseau, que cesse ton murmure !

Roues, que cesse votre battement !

Et vous, joyeux oiseaux des forêts,

Petits et grands,

Que cessent vos chants !

À travers le bocage,

Qu’incessamment

Une seule phrase résonne :

Ma meunière bien-aimée est à moi !

À moi…

Printemps, sont-ce là toutes tes fleurs ?

Soleil, n’as-tu pas de rayons plus clairs ?

Hélas, il me faut donc rester seul

Avec mon bienheureux secret,

Incompris de toute la création !

Il y a un endroit pour nous,

Quelque part…

La paix, le calme, la liberté

Nous attendent

Quelque part…

Il y a un temps pour nous…

Un jour ou l’autre, il y aura un temps pour nous.

Un temps que nous passerons ensemble, que nous préserverons,

Que nous passerons à nous regarder, à nous aimer,

Un jour ou l’autre…

Quelque part,

Nous trouverons une nouvelle manière de vivre,

Nous trouverons une nouvelle manière de pardonner,

Quelque part…

Il existe un lieu pour nous,

Un temps et un lieu pour nous…

Prends ma main, et c’est comme si nous étions à mi-chemin,

Prends ma main et je t’emmènerai là-bas,

D’une manière ou d’une autre,

Un jour ou l’autre,

Quelque part…