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La Bohème à Berlin : Mimì et la bande à Nadar

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jusqu’au 18 juillet sur OperaVision. Sous-titres disponibles

 

DISTRIBUTION

 

Mimì   Nadja Mchantaf

Musetta   Vera-Lotte Böcker

Rodolfo   Jonathan Tetelman

Marcello   Günter Papendell

Schaunard   Dániel Foki

Colline   Philipp Meierhöfer

Parpignol   Emil Lawecki

Alcindoro   Christoph Späth

 

Choeurs et Orchestre de la Komische Oper de Berlin, dir. Jordan de Souza

Mise en scène   Barrie Kosky

 

 

Depuis qu’il a pris la direction du Komische Oper, Barrie Kosky ne fait pas qu’élargir le répertoire en ressuscitant des titres oubliés puisés dans un certain répertoire berlinois, il a également à cœur de renouveler notre vision des grands classiques, ou du moins de la rafraîchir un peu. En février 2019, il proposait ainsi une nouvelle production de La Bohème qui, sans prétendre révolutionner la mise en scène puccinienne (l’œuvre n’est transposée ni sur Mars ni en 3027), s’efforce simplement de lui donner un petit coup de jeune, comme l’a tenté Richard Jones à Covent Garden en 2017 (DVD Opus Arte).

 

Sans aller jusqu’à l’abstraction poétique jadis osée par Robert Carsen, la Bohème version Kosky opte pour un certain dépouillement tout en maintenant son ancrage dans un XIXe siècle qui, pour n’être pas celui de Louis-Philippe, n’en invite pas moins au dépaysement. La mansarde des quatre artistes se réduit à un praticable au milieu du plateau nu, avec une chaise et un poêle ; seule véritable entorse au livret, Marcello n’est plus peintre mais photographe, et les toiles de fond devant lesquelles il fait poser ses modèles sont suspendues au tuyau du poêle susmentionné. On devine à l’arrière-plan un portrait (daguerréotype ?) de Mimì qui réapparaîtra pour les derniers instants de l’héroïne, le deuxième acte se déroule devant une vue panoramique de Paris sous le Second Empire, et le tableau de la Barrière d’Enfer évacue tout pittoresque – les balayeurs et les laitières ne sont plus que des voix en coulisses – pour se réduire à une scène à quatre personnages jouée devant un rideau reproduisant une rue qu’aurait pu photographier Atget. C’est surtout au deuxième acte que l’on reconnaît la griffe Kosky, à travers l’évocation d’un Paris 1900 fantasmé, plus proche de Moulin Rouge de Baz Luhrmann que de la reconstitution historique : tous ces promeneurs du 24 décembre en quête de plaisir deviennent une foule bigarrée, avec religieuses en cornette et danseuses de revue légèrement vêtues, pensionnaires de lupanar, femmes à barbe, évoluant en un tourbillon virtuose parmi les tables de restaurant ou de casino, sans oublier une pissotière où les messieurs culbutent leurs conquêtes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tous les autres chanteurs viennent de la troupe du Komische Oper, et il n’est hélas pas sûr que Nadja Mchantaf ait tout à fait les moyens de Mimì. Scéniquement, la soprano est en tout point convaincante, on croit à cette cousette poitrinaire et pourtant rieuse au premier acte, et affirmée au troisième, mais le timbre manque de clarté, la voix s’amincit à mesure qu’elle s’élève au-dessus de la portée, et l’aigu n’est vraiment pas très agréable à entendre. D’ailleurs, aucun applaudissement ne vient ponctuer la fin de ses airs, contrairement à « Che gelida manina » (depuis quelques années, la VO s’est imposée au Komische Oper, où l’on ne chante donc plus « Wie eiskalt ist dies Händchen »).

 

On est bien plus impressionné par la prestation de Vera-Lotte Böcker, Musetta changée en vamp des années 1930, ou par l’abattage de Günter Papendell, le baryton maison régulièrement à l’affiche en Don Giovanni ou en Eugène Onéguine. Schaunard et Colline se livrent aux pitreries attendues (même la visite du propriétaire au premier acte devient un prank commis par les quatre hurluberlus). Dans la fosse, Jordan de Souza communique à l’orchestre toute l’énergie voulue, non sans parfois couvrir un peu trop les chanteurs.

 

Laurent Bury

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka

© Christian Dresse

gallery/jonathan_tetelman

Pour la distribution, une seule vedette a été invitée : Jonathan Tetelman, compagnon à la ville de la soprano Kristine Opolais, et largement spécialisé dans les personnages pucciniens : on a pu le voir en Pinkerton à Montpellier en octobre 2019 et, avec Cavaradossi, Rodolfo est l’un des trois rôles qu’il chante le plus souvent. Le ténor chilien porte beau et a le contre-ut nécessaire ; pour le reste, même si le poète nous est ici montré régulièrement saisi par l’inspiration, comme le Compositeur d’Ariane à Naxos qui réclame constamment « ein Stückerl Notenpapier », l’incarnation n’est pas renversante (mais Puccini le permet-il vraiment ?).