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BRITTEN, BILLY BUDD - Opéra National de Norvège, 2019

Billy Budd sous marinier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jusqu'au 17.07.2020. Sous-titres multilangues disponibles.

 

DISTRIBUTION :

Edward Fairfax Vere, capitaine, commandant l’Indomptable : Peter Hoare

Billy Budd, marin, gabier de misaine : Jacques Imbrailo

John Claggart, capitaine d’armes (chef de la police du bord) : John Relyea

Mr. Redburn, premier lieutenant, le second : Aleksander Nohr

Mr. Flint, officier de manœuvre : Johannes Weisser

Lieutenant Ratcliffe, second lieutenant : Jens-Erik Aasbø

Red Whiskers, enrôlé de force : Henrik Engelsviken

Donald, matelot : Martin Hatlo

Dansker, un vieux marin  : Kristinn Sigmundsson

Un Novice : Petter Moen

Squeak, caporal d’armes : Marius Roth Christensen

Bosun, maître d’équipage : Øystein Skre

Premier maître : Szymon Kubiak

Deuxième maître : Andreas Skei

Un guetteur : Thor Inge Falch

L’ami du Novice : Ludvig Lindstöm

Arthur Jones, enrôlé de force : Mikkel Skorpen

Un matelot : Robert Näse

Un mousse : Aksel Johannes Rykkvin

 

Chœur du Norwegian National Opera, Choeur des Norwegian Soloists, Orchestre du Norwegian National Opera, dir. Mark Wigglesworth

Mise en scène : Annilese Miskimmon

 

 

Mettre en scène le Billy Budd de Benjamin Britten n’est pas chose facile. Se pose dès le départ le choix de la version de l’ouvrage. Celle de la création en décembre 1951 comportait quatre actes et donc trois entractes qui rallongeaient le spectacle et provoquaient la fuite des spectateurs avant la fin de l’opéra. Elle présentait des difficultés vocales pour son créateur Peter Pears qui, dans la harangue du Capitaine Vere à ses troupes à la fin de l’acte I, ne possédait pas la vaillance d’un Radamès requise ici. Le compositeur se vexa de la remarque du critique Ernest Newman qui la comparait à la harangue du capitaine Corcoran dans le HMS Pinafore du duo comique de Gilbert et Sullivan. Pourtant cette version présente l’immense avantage de clarifier les rapports entre les trois personnages principaux pris dans un triangle amoureux homoérotique, coloration que le romancier E. M. Forster (co-librettiste de l'opéra avec Eric Crozier), persuadé de l’homosexualité de Melville, a voulu donner au livret. Pour Forster, Claggart cherche à détruire Billy puisqu’il ne peut le posséder et, insatisfait de la musique du grand monologue du capitaine d’armes, déclare à Britten : « Je veux de la passion – un amour contraint, perverti, empoisonné, mais qui néanmoins s’écoule à travers le canal de son agonie ; une décharge sexuelle qui tourne mal. » Forster voit dans son livret l’occasion de reprendre la problématique de l’amour entre deux hommes de classes sociales différentes, le sujet de son roman Maurice, terminé en 1913 mais impubliable suite aux procès d’Oscar Wilde en 1895 qui font des relations homosexuelles un délit jusqu’en 1967. La harangue donne à Billy, prêt à mourir pour Vere, l’occasion de voir son chef glorieux et d’exprimer son admiration amoureuse pour celui qu’il ne rencontre que dans sa cabine dans la version de 1960, posant aussi la question du refoulement de Vere, qui motiverait alors sa décision de juger Billy en comparution immédiate, avec l’assurance de sa mort. C’est la version que donne le Théâtre National de Prague en janvier 2018 qui, pour dégager cet hypotexte, tombe dans des excès regrettables.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Opéra National de Norvège a choisi la version en deux actes et la litote, se concentrant surtout sur la parabole du Bien et du Mal, du conflit entre Devoir et Justice et sur le huis clos de rapports hiérarchiques étouffants et déshumanisés en plaçant l’histoire dans le ventre d’un sous-marin dans lequel on ne descend malheureusement qu’à la scène trois de l’acte I, après le Prologue, la première scène sur le pont et celle dans la cabine de Vere. L’impression de claustrophobie, inhérente à bien des opéras de Britten, est alors immédiate et saisissante, d’autant plus qu’il n’y a pas de profondeur de scène possible avec ce dispositif. Mais il faut attendre une heure dans le salon de Vere vieilli, style EPHAD de luxe, avant de descendre dans le sous-marin, provoquant un hiatus gênant entre le texte du livret et l’image scénique. Il est difficile d’imposer un nouveau réalisme à ce texte lourdement chargé de références à la manœuvre d’un grand voilier sans prendre ce risque, d’où l’échelle improbable où se juche Billy pour son arioso « Billy Budd, king of the birds » de l’acte I. Une fois ce cap dépassé, cet effet s’estompe et on peut jouir du spectacle sans réserves.

 

La production limite la problématique homosexuelle au baiser furtif de deux marins que surprend Vere à l’acte II et à des gestes ou des attitudes ambigus de la part de Claggart. Au physique, John Relyea, très grand, est l’image parfaite de cet avatar du Satan de Milton qui domine de sa haute taille tous ses partenaires. Belle voix de basse, un rictus déforme parfois son visage dans son effort pour faire mieux sonner ses notes graves, accentuant l’expression du mépris total du personnage pour ses contemporains et son sadisme. Jacques Imbrailo, familier du rôle, l’habite entièrement, avec ce mélange émouvant de force et de fragilité qui caractérisait déjà son incarnation sous la direction de Deborah Warner.

Peter Hoare s’acquitte avec bonheur d’un rôle difficile, notamment dans son dernier monologue de l’acte II « I accept their verdict » Dommage qu’on l’affuble d’invraisemblables lunettes au Prologue et à l’Épilogue, faisant de lui plus un vieillard gâteux recroquevillé dans son fauteuil qu’un vieux Faust en proie au doute. Est-ce pour indiquer qu’il est prisonnier de la noria de ses remords ? Il garde entièrement son mystère quant à son silence devant l’innocence de Billy. Le reste de la distribution, le trio des officiers, Le Novice, Dansker et Red Whiskers est très convaincant. On regrette parfois une certaine fébrilité dans la direction des ensembles de solistes, le quatuor des enrôles à l’acte I ou le trio des officiers à l’acte II mais les chœurs sont superbement menés et émouvants.

 

Dieu merci, la mise en scène, fidèle à l’esprit de Britten, nous épargne une pendaison de Billy spectaculaire, comme dans celle de Francesca Zambello à la Bastille en 1995, où il se balançait au bout de sa corde, ficelé comme un saucisson. Dommage que les fameux trente-deux accords qui représentent l’entrevue muette entre Vere et Billy dans sa cellule soient utilisés comme interlude pour un changement de décor. Mais le public d’aujourd’hui devant la scène vide que demande expressément Britten les aurait pris comme le signal pour tousser, ou mieux encore, consulter son portable. Un très beau spectacle.

 

Pour lire la nouvelle  d’Herman Melville : Billy Budd, Sailor, An Inside Narrative  (1891). Traduction en français et préface de Pierre Leyris, Paris : Gallimard, 1962.

 

 

Cartouche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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