Opéras en streaming

 

Così fan tutte à Covent Garden : Don Alfonso chez les blondes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jusqu'au 10 mai 2020. Sous-titres disponibles.

 

 

DISTRIBUTION

 

Fiordiligi Maria Bengtsson

Dorabella Jurgita Adamonyté

Ferrando Pavol Breslik

Guglielmo Stéphane Degout

Despina Rebecca Evans

Don Alfonso Thomas Allen

 

Choeur et orchestre du Royal Opera House, dir. Thomas Hengelbrock

Mise en scène Jonathan Miller

 

 

 

Sir Jonathan Miller est décédé en novembre dernier, à l’âge de 85 ans. En proposant en streaming une représentation de Così fan tutte diffusée initialement dans les cinémas le 10 septembre 2010, le Royal Opera House permet de rendre hommage à celui qui fut longtemps une éminente personnalité du théâtre britannique. En 1982, bien avant le scandale causé par Peter Sellars, Jonathan Miller avait choqué les spectateurs d’opéra en transposant Rigoletto dans l’univers de la mafia new-yorkaise ; la production de l’opérette de Gilbert and Sullivan The Mikado qu’il signa en 1987 continue à faire les beaux jours de l’English National Opera à chaque reprise. A l’Opéra de Paris, sa vision de La Bohème fut à l’affiche de décembre 1995 à décembre 2014 (avant d’être remplacée par la version « cosmonautes » de Claus Guth).

 

C’est en janvier 1995 qu’il monta Così fan tutte à Covent Garden, dans une production qui fut alors très remarquée pour plusieurs raisons. Reprise jusqu’en 2012 (avant de s’exporter dans d’autres théâtres), elle connut pourtant diverses modifications qui en transformèrent peu à peu la physionomie. Principal changement : après s’être d’abord été déguisés en « Albanais » en 1995, Ferrando et Guglielmo ont vite adopté un autre genre de travestissement, puisque c’est en bikers qu’ils tentent de faire chavirer le cœur de leurs belles (version gothique en cuir noir pour l’un, hippie à rouflaquettes seventies pour l’autre). Les costumes  signés Giorgio Armani ont eux aussi changé pour suivre l’évolution de la mode sur près de deux décennies ; si les tailleurs-pantalons des dames ont persisté, les messieurs ont adopté une élégance très discrète, et leur tenue du premier tableau ne se distingue guère du costume gris le plus standard. Le décor unique est une vaste pièce aux murs blancs, très peu meublée, dont la porte donne sur un fond noir (en 1995, elle laissait voir un arbre et un ciel clair).

 

Un quart de siècle après sa création, quel effet produit ce spectacle ? Disons qu’il laisse une impression un peu mitigée. Malgré les nombreux gros plans que permet la captation, l’œil s’ennuie un peu dans ce camaïeu de blanc, de beige et de gris. Malgré sa formation de médecin et son intérêt pour la psychanalyse, Jonathan Miller semble rester à la surface de l’intrigue, sa principale contribution consistant à souligner la futilité des personnages. Les deux sœurs deviennent des stylistes – on les voit annoter des croquis de mode qu’elles examinent avec un sérieux tout professionnel – et ne cessent de contempler leur image, surtout dans une grande psyché, mais jusque dans le miroir frontal qu’arbore Despina travestie en médecin. Tout ce beau monde utilise la technologie moderne (téléphones portables, ordinateurs) pour s’immortaliser en selfie, mais ce qui put frapper le public de 1995 comme audacieux relève désormais du banal sur une scène d’opéra.

 

La distribution, de bon niveau, n’est pas non plus inoubliable. Après la mise en scène de Patrice Chéreau à Aix-en-Provence en 2005, Stéphane Degout retrouvait Guglielmo, rôle de jeunesse auquel il a renoncé depuis quelques années maintenant. Pavol Breslik ne chante plus guère Ferrando : son émission en force, acceptable dans « Tradito, schernito », ne semble guère adaptée pour « Un’ aura amorosa ». Désormais promue à de grands rôles comme la Maréchale à Cardiff, Rodelinda à l’ENO ou Alice Ford à Madrid, Rebecca Evans est une Despina soprano dont le timbre n’a cependant rien de celui d’une soubrette. Quant aux deux héroïnes, jumelles dans la blondeur et presque dans la voix, rien d’indigne, mais rien de renversant. Jurgita Adamonyté est plus seconda donna que mezzo, ce qui est tout à fait possible pour Dorabella ; Maria Bengtsson, qui fait une belle carrière mozarto-straussienne dans le monde germanique, est une Fiordiligi crédible, malgré un léger déficit en graves dans « Come scoglio ». L’élément le plus remarquable n’en est pas moins Sir Thomas Allen, 66 ans à l’époque de cette captation (et de nouveau Don Alfonso en 2019 dans la production de Jan Philipp Gloger qui a succédé à celle de Miller à Covent Garden). Présent à chaque reprise de cette mise en scène, il y évolue comme un poisson dans l’eau, et même si la voix n’est plus ce qu’elle était du temps de sa splendeur, l’acteur met le public dans sa poche grâce à ses mimiques et son aisance inimitable en scène, qui tire néanmoins le spectacle du côté du boulevard.

 

En fosse, Thomas Hengelbrock adopte des tempos généralement rapides, mettant à rude épreuve les capacités d’articulation des chanteurs dans les ensembles, mais on savoure les couleurs fruitées qu’il imprime à un orchestre vitaminé, ainsi que l’ornementation très présente des reprises pour les chanteurs, selon une tradition présente en Grande-Bretagne depuis Sir Charles Mackerras.

 

Laurent Bury

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Christian Dresse

© Marc Ginot

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