Concert Cyrille Dubois / Tristan Raës - Festival Rosa Bonheur


 

 

    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Concert du dimanche 30 août 2020

Cyrille Dubois, ténor

Tristan Raës, piano

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maîtres et élèves

 

Au-delà de la promesse, toujours excitante, d’un moment de beau chant soutenu par un piano complice, un récital Cyrille Dubois/Tristan Raës, c’est aussi et surtout l’assurance d’un programme intelligemment conçu et de possibles belles découvertes. Le concert donné dimanche 30 août dans le cadre du festival Rosa Bonheur ne déroge pas à la règle : intitulé « Maîtres et élèves », il donne à entendre des mélodies de Fauré, Liszt et Saint-Saëns (au demeurant pas toujours celles que l’on entend le plus souvent, à l’exception des quatre mélodies de Liszt), mais aussi d’autres bien moins connues – voire, en tout cas pour ce qui nous concerne, encore jamais entendues – de compositrices qui furent leurs disciples.

 

Nadia et Lili Boulanger, qui toutes deux furent élèves de Fauré, sont les plus célèbres de ces compositrices. L’œuvre de Lili Boulanger (1887-1979 et 1893-1918), notamment, étonnamment riche au regard de la vie si brève de la musicienne (disparue à 24 ans), semble bénéficier ces derniers temps d’un regain d’intérêt salutaire.

Marie Jaëll (1846-1925), Clémence de Grandval (1828-1907) et Augusta Holmès (1847-1903) reçurent toutes trois, quant à elles, des leçons ou des conseils de Saint-Saëns. La première fut également une fameuse disciple de Liszt (elle acheva sa troisième Mephisto-Walz et relut pour lui les épreuves de la Faust-Symphonie) ; la seconde reçut également des leçons de Flotow et Chopin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les pièces de ces compositrices retenues par Cyrille Dubois et Tristan Raës soutiennent constamment l’intérêt et frappent souvent par leur puissance d’évocation et la noblesse de leur facture. Gageons que la grande curiosité que l’on manifeste actuellement pour les œuvres des compositrices nous permettra bientôt d’avoir un aperçu plus complet de leur talent. On espère notamment que de futurs  concerts ou enregistrements nous feront découvrir des pages de l’opéra inachevé de Lili Boulanger La Princesse Maleine (d’après la pièce homonyme de Maeterlinck) ; les deux cycles complets de mélodies de Marie Jaëll, La Mer et Les Orientales, sur des poèmes de Victor Hugo (1893), son drame musical Runéa (1878), sa cantate Au tombeau d'un enfant pour alto, chœur, orgue et orchestre, composée à l'occasion de la mort d'un des fils de Saint-Saëns ; les opéras de Clémence de Grandval (elle composa notamment un Mazeppa) ou son Stabat mater (1870) ; ou encore, d’Augusta Holmès, le drame symphonique, pour voix solistes, chœur et orchestre Les Argonautes (1881) et son opéra en 4 actes La Montagne noire, créé à l'Opéra de Paris le 8 février 1895.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le programme du concert, particulièrement généreux, s’avère exigeant pour les interprètes : au riche panel d’émotions sollicitées par les différentes mélodies doivent faire écho une maîtrise des procédés techniques et une sensibilité aptes à les traduire au mieux musicalement, notamment un sens aigu des contrastes et des nuances, et plus particulièrement pour le chanteur une dynamique et un ambitus étendus, sans compter un phrasé soigné et une qualité d’articulation permettant de rendre parfaitement intelligibles les poèmes mis en musique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

questions des hommes dans Comment, disaient-ils ?) comme de l’emportement le plus fougueux (Enfant, si j’étais roi). L’art du diseur, enfin, est particulièrement appréciable, qui permet à l’auditeur une compréhension très claire des paroles.

 

Comme on le sait, la complicité du chanteur et du pianiste est totale (une complicité sur laquelle Cyrille Dubois et Tristan Raës reviendront dans l’interview qu’ils nous ont accordée, à lire bientôt dans notre rubrique « Artistes »).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

d'évoquer la violence des vagues de l'ivresse qui submerge le chanteur (Rêverie de Jaëlle), il contribue grandement à poser le cadre propre à chaque mélodie en lui offrant les couleurs exactes que la musique ou les mots requièrent. D’une présence réelle, mesurée et efficace, le pianiste tient parfaitement son rôle dans ce qui s’apparente à un véritable dialogue d’artistes bien plus qu’à un tour de chant accompagné.

 

Un concert de grande qualité, et une réussite de plus à mettre au crédit du tout jeune et très prometteur Festival Rosa Bonheur !

 

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka
gallery/couple 2

PROGRAMME

 

Gabriel FAURE

Le plus doux chemin ; Le ramier ; Noël ; Sérénade toscane ; La chanson du pêcheur.

 

Nadia BOULANGER

Le couteau ; S'il arrive jamais...

 

Lili BOULANGER

Attente ; Reflets.

 

Franz LISZT

Comment, disaient ils ? ; Ô quand je dors ; S'il est un charmant gazon ; Enfant, si j'étais roi.

 

Marie JAELL

Rêverie ; Quatre heures du matin.

 

 

Clémence de GRANDVAL

Le bohémien ; Sacrifice.

 

Camille SAINT-SAENS

La brise ; La splendeur vide ; Tournoiement.

 

Augusta HOLMES

L'amour ; Le vin.

 

BIS

Gabriel FAURE

Après un rêve.

 

Nadia BOULANGER

Roses de juin.

 

gallery/Marie_Jaell-Jeune_femme
gallery/Mme_de_Grandval
gallery/holmes_augusta_7

Marie Jaëll

Clémence de Grandval

Augusta Holmes

gallery/Maurice_Renaud_&_Lucienne_Bréval_in_Augusta_Holmès'_La_Montagne_noire

Maurice Renaud et Lucienne Bréval dans La Montagne noire 

gallery/cyrille oui seul

Autant de qualités dont on sait Cyrille Dubois capable, et qu’il met une fois de plus au service de ces mélodies avec un art et une conviction extrêmes… La maîtrise technique du chanteur est impressionnante : celle du souffle notamment, qui lui autorise un parfait legato, ou encore celle de la voix mixte, qui lui permet de conférer une grande douceur à certains aigus délicats (telle l’attaque pianissimo de la Rêverie de Marie Jaëll, ou encore les « deux ailes » du Ramier de Fauré…). Le ténor se montre en outre capable du plus infime piano (le « je t’aime » de la Sérénade toscane de Fauré, susurré à fleur de lèvres) comme du lyrisme le plus affirmé, de la suavité la plus tendre (les réponses qu’ « Elles » apportent aux

gallery/tristan 2

Tristan Raës ne se contente évidemment pas d’ « accompagner » son partenaire : il le soutient, dialogue avec lui, l’affronte parfois. Qu’il s’agisse d’égrener de délicates touches impressionnistes, de faire sonner les rutilants arpèges du S’il arrive jamais… de Nadia Boulanger, de décrire le délicat tournoiement de feuilles qui tombent (Reflets de Lili Boulanger), de ponctuer de façon désabusée et mélancolique les strophes du (très touchant) Sacrifice de Grandeval, de traduire le vide et l’immobilité (La Splendeur vide de Saint-Saëns) ou au contraire