Le festival de Martina Franca redonne vie au rare Coscoletto d’Offenbach

 

Festival de Martina Franca, représentation du 19 jullet 2019

 

Coscoletto: Michela Antenucci / Davide Gagliardini

Delfina: Mariasole Mainini

Mariana: Marta Pludia

Frangipani: Patrizio la Placa

Arsenico: Nile Senatore

Policarpo: Alfonso Zambuto

Orchestre Petruzelli, dir. Sesto Quatrini

 

 

 

Rare, le Coscoletto d’Offenbach l’est à plus d’un titre. Composé à partir d’un livret signé Charles Nuitter et Étienne Tréfeu, cet opéra-bouffe en deux actes, initialement prévu pour amuser les curistes de Bad-Ems – où il fut créé en allemand – ne fut pas repris à Paris du vivant du compositeur. La version allemande de l’ouvrage est quelquefois montée outre-Rhin (celle de 2001, une production WDR ayant fait escale à Cologne ou Bad Ems, a donné lieu à un enregistrement paru chez Capriccio) ; l’opéra de Barie en a proposé une version française il y a deux ans (sur un livret de Jean-Louis Guignon, les directeurs de théâtre, chefs d’orchestre et metteurs en scène n’ayant toujours le livret original à leur disposition), mais avec un accompagnement au piano.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le festival de Martina Franca, dont la programmation cette année tourne autour de Naples et/ou de compositeurs napolitains, a choisi de redonner vie à cet opus quelque peu oublié (l’action se passe au pied du Vésuve !) et a, pour ce faire, demandé à Mario Desiati de traduire le livret allemand en italien, puis à Sandro Cappelletto et Antonello Maio de l’adapter à la partition.

Cette initiative s’avère très heureuse : Coscoletto est un Offenbach grand cru, très inspiré mélodiquement, d’un grand raffinement orchestral, et construit à partir d’un livret d’une irrésistible drôlerie. On y trouve des duos pour voix de femmes parmi les plus inspirés du compositeur, des airs supérieurement  drôles (tel celui de Polycarpe pleurant son chien empoisonné, avec accompagnement de grognements et d’aboiements) et des ensembles splendides (le sextuor du finale du premier acte). L’œuvre comporte en outre des pages très difficilement caractérisables – une des singularités du musicien – parce qu’oscillant sans cesse de la sincérité, de la tendresse à la pirouette inattendue ou à l’humour le plus débridé : ainsi en est-il du sextuor de l’empoisonnement, tour à tour tragique, angoissant… ou hilarant !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les chanteurs, extrêmement à l’aise vocalement et scéniquement, sont pour la plupart élèves de l’Académie de chant Cesare Valetti. Michela Antenucci a été appelée en catastrophe pour remplacer presque au pied levé la chanteuse initialement prévue dans le rôle-titre. Chantant depuis la fosse d’orchestre partition en mains, elle incarne un Coscoletto charmant et fait entendre une voix un timbre légèrement voilé empreint de mélancolie. La ligne de chant est constamment élégante (peut-être même un peu trop pour ce personnage de lazarronne, fripouille descendant directement  de l’Arlequin de la Commedia del’arte). Son avatar scénique est un Davide Gagliardini épatant : son Coscoletto est un adolescent attardé, mal coiffé, remonté comme un ressort, plein de vivacité et d’humour. Le fait de ne pas chanter lui a par ailleurs permis de se démener comme un beau diable sur scène,  jusque dans une tarentelle échevelée !

Delfina et Mariana (respectivement Mariasole Mainini et Marta Pludia) possèdent des voix aux couleurs complémentaires (chaude pour la première, un brin plus acidulée pour la seconde) se mariant idéalement dans leur  duo du premier acte , auquel elles confèrent une poésie ineffable.

Patrizio la Placa est un Frangipani (avatar de Pantalone, le mari jaloux et trompé) peut-être un peu jeune pour le rôle mais plein d’humour. Le baryton Policarpo (Alfonso Zambuto) pleure la mort de son chien Fiffi (empoisonné par le pharmacien Arsenico), qui rapportait si gentiment les bâtons et était capable d’imiter ténors et sopranos, avec conviction et un sens comique irrésistible. Enfin, Arsenico a les traits et la voix de Nile Senatore – une voix légère de tenorino mais parfaitement audible, y compris dans les ensembles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La mise en espace, sollicitant quelques costumes et accessoires, est simple et amusante. La  présence d’un narrateur-personnage (Arturo Cirillo) n’était peut-être pas indispensable ; elle a cependant contribué à assurer la lisibilité de l’action.

Le public italien, dont la bonne humeur et  les rires se sont manifestés tout au long du spectacle, a fêté les artistes et l’œuvre, allant même jusqu’à réclamer un bis à la fin de la représentation.

 

Après le succès du Mari à la porte donné à Florence au printemps dernier, voilà qui devrait contribuer à mieux faire connaître et apprécier Offenbach chez nos voisins transalpins !

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

L'ouverture de Coscoletto

Le duo Mariana/Delfina dans sa version allemande

Il n’est pas toujours aisé de concilier le comique scénique et le raffinement ou la légèreté musicale. C’est pourtant la gageure tenue par les jeunes artistes engagés par le festival, à commencer par le jeune chef Sesto Quatrini qui a su maintenir en permanence le délicat équilibre entre humour et poésie, grotesque et délicatesse. Sous sa baguette, l’Orchestre Petruzelli de Bari a fait preuve d’une légèreté et d’une grâce mozartiennes, tout en témoignant d’une vivacité et d’une précision rythmiques rossiniennes.

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