Gergiev/Damrau : un voyage à du crépuscule straussien au tumulte mahlerien

 

Philharmonie de Paris, concert du vendredi 0è février 2020

 

 

PROGRAMME

Richard Strauss Quatre Derniers Lieder

Gustav Mahler Symphonie n° 5

 

Münchner Philharmoniker

Valery Gergiev, direction

Diana Damrau, soprano

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le programme du concert donné vendredi soir à la Philharmonie de Paris était des plus entousiasmants : une soirée consacrée à deux monuments du post-romantisme musical européen, Richard Strauss et Gustav Mahler, animée par l’orchestre des Münchner Philharmoniker sous la direction de Valery Gergiev, et couronnée par la présence de la soprano Diana Damrau. Que de bons auspices pour l’évenement musical que nous nous apprétions à écouter : un concert qui prévoit en première partie Les Quatre derniers Lieder (Vier Letzte Lieder opus 150) de Richard Strauss, publiés à titre posthume en 1950, et la majestueuse Symphonie n° 5 de Gustav Mahler.

 

Bien installé dans la grande salle Boulez, nous regardons défiler les musiciens de l'orchestre et attendons l’entrée des deux protagonistes de la soirée. Deux artistes on ne peut plus différents : Madame Damrau dans une somptueuse tenue vert foncé illumine la salle d’un sourire radieux, suivie par Monsieur Gergiev, veste noire sur chemise noire, le pas austère et le visage ombrageux et concentré.

Le geste est net et vibrant et le magma sonore straussien prend son élan dans le registre grave. Le chant de la soprano allemande est dès les premières notes un modèle d’équilibre et l’émission assez puissante mettent en lumière le timbre riche et chaud dans le grave. La voix commence à prendre son envol et laisse apparaître un vibrato peut-être un peu prononcé dans l’aigu. Pourtant le contrôle du souffle et le phrasé dont fait montre Mme Damrau frôlent la perfection technique. Le chant impressionne, mais sans sans séduire complètement... Si les Quatre derniers Lieder de Strauss comptent parmi les œuvres musicales qui généralement nous émeuvent au plus profond de nous-mêmes, vendredi, le chant impéccable mais sans transport de Mme Damrau ne nous a pas fait vibrer - tout en stimulant cependant notre curiosité pour le raffinement de la technique vocale.

L’accompagnement orchestral et la direction magistrale de Gergiev, en revanche, laissent émerger brillamment la sonorité riche en iridescences lumineuses et en combinaisons de timbres sophistiquées de l’instrumentation prodigieuse de Strauss.

La première partie se termine tel un souffle éphémère sous les accords tenus du dernier lied « Im Abendrot ».

 

Les trompettes solo retentissent déjà, nous annonçant le début de la marche funèbre qui ouvre la Cinquième Symphonie de Mahler. Cette œuvre écrite entre 1901 et 1902, lorsque le compositeur commençait déjà à souffir de graves problèmes de santé, ne fut créée qu’en 1904 - et sans grand succès. C’est pourquoi Mahler y apporta plusieurs changements, jusqu’à la fin de sa vie - la dernière révision datant de 1911. La récupération de ce chef d’œuvre monumental de la musique post-romatique est due à des interprètes plus jeunes, tels Bruno Walter et ensuite Leonard Bernstein, lesquels dans les années 1940-1950 firent redecouvrir au grand public le travail et le langage du compositeur autrichien. Mais la véritable popularité de cette Cinquième Synphonie (et surtout de son troisième mouvement Adagietto) est due au célèbre film Mort à Venise de Luchno Visconti. Constituée de cinq parties, la symphonie présente une construction complexe et très contrastée qui demandent de gros moyens orchestraux.

 

Le chef russe déploie tout son art dans l’étude timbrique des éléments solistes de son orchestre, en particulier le cor solo et le premier violon, réussissant à soutenir la tension dynamique des mouvements 1 et 3. Gergiev fait émerger ces contrastes dynamiques avec les envols mélancoliques qui effeurent, exprimant l’angoisse existentielle et le mal de vivre du compositeur. Cette dualité expressive entre tumulte sonore et mélancolie sentimentale se fondent ensemble lors du scherzo et s’excitent à pas de danse, en assumant une couleur presque rhapsodique sur des thématique aux sonorités  vaguemant populaires. Une mention spéciale au cor soliste de Matias Pineira qui, jouant debout, offre à la salle une sonorité ample et un contrôle dynamique étonnant.

Gergiev dirige le célèbre Adagietto avec émotion mais sans excès, soutenant un mouvement construit en crescendo à travers une sonorité chaude et nuancée. L’attention est encore une fois portée à la force dynamique de l’écriture orchestrale et au soutien des phrases mélodiques qui font avancer le développement du mouvement avec une tension croissante.

Le Rondo conclut avec magnificence la symphonie dans une atmosphère triomphale qui montre toutes les qualités de timbres de cet orchestre. Le choix des tempi, qui ne sont pas exagérément rapides, permet de mettre en lumière les changements rythmiques et les virtuosités phrastiques du langage mahlerien. L’effet est véritablement grandiose et le contrôle de Gergiev relève du prodigieux.

 

Gergiev nous a littéralement ensorcelés. La salle lui a décerné un triomphe, parvenant même à lui voler… un sourire !

 

 

 Raffaele D’EREDITÀ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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