Daniele Antonangeli : basso, bel canto, moto !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment êtes-vous venu au chant, Daniele Antonangeli ?

C’était il y a plusieurs années, et à vrai dire, un peu par hasard… En effet, je suis saxophoniste de formation. Vers 17 ans, j’ai découvert ma voix grâce à ma mère, qui est passionnée par la voix et le chant. Elle a senti que ma voix changeait et devenait propice au chant, et elle m’a conseillé d’essayer de chanter auprès d’un professeur de chant. Moi je ne voulais pas, je souhaitais vraiment continuer le saxophone… Mais elle m’a finalement convaincu ! Et c’est ainsi que petit à petit, jour après jour, je me suis découvert une voix de baryton-basse. Je me suis alors inscrit au conservatoire de Milan.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mozart et Rossini : on dit souvent qu’il s’agit d’une bonne école pour la voix !

Absolument, c’est une excellente école, et le maestro Alberto Zedda avait l'habitude de dire : « Qui peut chanter le bel canto peut tout chanter ». Chanter Mozart et Rossini permet de travailler la technique mais aussi la musicalité. J’ai eu la très grande chance de travailler avec Alberto Zedda, mais pas assez malheureusement : c’était trois mois avant sa disparition, nous avons fait ensemble une master class consacrée à Rossini à Amsterdam, suivie d’un concert qu’il dirigeait. Et j’ai eu le grand honneur de préparer Semiramide avec lui. Malheureusement, nous n’aurons pas eu l’occasion de travailler ensemble dans le cadre du festival Rossini de Pesaro…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                 Daniele Antonangeli à Vienne dans Le Voyage à Reims (Don Prudenzio)

 

 

 

Mais vous avez déjà chanté à Pesaro je crois...

Oui, j’ai eu cette chance ! J’étais en fait la doublure de Michele Pertusi, un grand chanteur que j’admire beaucoup… Un soir, c'était il y a deux ans dans le cadre d'une série de Barbier de Séville,  il a été indisposé et j’ai été amené à le remplacer. C’était une belle opportunité, et un grand honneur bien sûr. J’ai ainsi chanté Basilio, aux côtés notamment de Maxim Mironov et Pietro Spagnoli.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                         

                                         Basilio, air de la Calomnie (festival de Pesaro)

 

 

Nous avons évoqué deux aspects du répertoire rossinien : l’opéra et la musique sacrée. D’une manière générale, préférez-vous vous produire en concert ou dans un opéra ?

Personnellement, je préfère l’opéra. L’opéra permet de construire un voyage mental, en entrant dans la psychologie des personnages. Et il y a l’intrigue qui nous aide pour cela… Au concert, surtout dans le cas de la musique sacrée, c’est bien sûr très différent. On peut aussi construire ce type de « voyage », mais cela demande une concentration beaucoup plus grande. On doit construire une relation au public différente, à partir de la seule musique, sans le recours aux costumes, au décor, à l’intrigue…  Ce sont en fait des types d’efforts – mais aussi de plaisirs – différents.

 

 

 

 

 

 

 

 


rossiniens !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le « Quoniam » a la réputation de ne pas être facile à chanter…

C’est curieux parce que sur le papier, quand on lit la partition, tout paraît très simple. C’est quand on se met à chanter que les choses se compliquent ! La difficulté réside en fait dans la progression harmonique, les changements de tons, délicats à négocier… C’est effectivement une page très belle mais très particulière, très exigeante !

 

Vous avez déjà chanté en France, notamment Semiramide à l’Opéra de Saint-Étienne, mais était-ce, lundi soir, la première fois que vous chantiez à Paris ?

Pas exactement. Il y a plusieurs années, j’ai participé à une tournée avec Nicoletta Mantovani, la femme de Luciano Pavarotti, et la Fondation Pavarotti qu’elle a créée. J’ai ainsi chanté aux Folies Bergère et au Théâtre des Variétés. J’espère pouvoir chanter plus souvent en France, j’aime beaucoup le sérieux avec lequel on y fait de la musique.

 

Vous aimez la musique française ?

Bien sûr, et il y a peut-être des rôles pour moi dans le répertoire français ! Méphisto, Escamillo, Zurga… Mais il me faut sans doute un peu plus de maturité vocale, et attendre de voir aussi où ma voix me conduira !

 

Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

Je vais chanter à Monte Carlo en avril dans La Traviata, Ermonela Jaho sera Violetta. Et je vais chanter de nouveau également le rôle-titre de Don Giovanni, un rôle qui ne me quitte pas en ce moment ! C’est un personnage évidemment fascinant et auquel, je crois, ma voix correspond bien. De Mozart, je chante également avec beaucoup de plaisir Figaro et Don Alfonso de Cosi fan tutte.

 

Vous entendra-t-on un jour dans le répertoire verdien ?

J’espère ! Là encore, il faut voir comment ma voix évoluera… Mais des rôles tels Banco dans Macbeth, ou Attila, m’attirent : ceux du premier Verdi en fait, qui sont encore souvent d’école belcantiste.

 

 

 

 

 

 

Questions quizzz...

 

Le rôle que, même dans vos rêves les plus fous, vous adoreriez chanter ?

Plus qu’un rôle, ce serait le fait de chanter un jour Don Giovanni au festival de Salzbourg qui me fait rêver ! Ce serait un plaisir immense et un honneur que de pouvoir interpréter cette œuvre dans le temple de Mozart…

 

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans le métier ?

Le parcours intérieur que j’effectue grâce à l’incarnation des personnages que j’interprète. Il s’agit d’un voyage spirituel, rempli d’émotions et de connaissances diverses. Chaque rôle m’apporte quelque chose de nouveau et « me construit », en quelque sorte. Je considère mon activité de chanteur moins comme un métier que comme un choix de vie, presque une mission qui me permet de trouver ma voie, mon propre chemin à travers les personnages auxquels je donne vie.

 

Ce qui vous plaît le moins ?

La gestion de la vie quotidienne ; l’absence de stabilité, et donc la difficulté à construire des relations humaines d’amitié ou de travail dans la durée…

 

Qu’auriez-vous pu faire si vous n’aviez pas chanté ?

Je ne sais pas, mais je serais sûrement resté dans le domaine de la musique ! J’aurais peut-être continué à jouer du saxophone... En tout cas je serais sans doute resté instrumentiste dans un orchestre !

 

                                                                                                       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                         

                                                                                           Une activité favorite quand vous ne chantez pas ?

                                                                                          J'adore faire de la moto ! Evidemment je me couvre                                                                                                                toujours très soigneusement pour ne pas attraper froid...

 

 

Un livre ou un film que vous appréciez particulièrement.

Les Piliers de la terre de Ken Follett. Même s'il s'agit de fiction, l’œuvre possède un côté très réaliste et ouvre  l’esprit en permettant de multiples interprétations. Mais par-dessus tout, j’aime la poésie, notamment celle d’Amérique du Sud, de France, d’Italie. J’apprécie beaucoup, en particulier, la poésie française du XIXe siècle.

 

Une cause qui vous tient à coeur ?

Je me sens presque investi d'une mission : celle consistant à apporter le beauté aux gens. C’est un privilège propre à notre métier que de pouvoir le faire, mais c’est aussi notre responsabilité. Nous sommes les passeurs de tout un patrimoine auquel nous devons donner accès. Nous sommes les porte-paroles d’une tradition artistique ancienne, et il est de notre devoir de la mettre à la portée des gens et de pouvoir, pendant les 3 ou 4 heures que dure un spectacle, leur donner accès à un monde meilleur : celui du rêve et de la beauté.

 

 

 

Interview réalisée par Stéphane Lelièvre, février 2020

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il vient tout juste d’interpréter le rôle-titre de Don Giovanni à Pise et Trente, et a superbement chanté la partie de la basse dans la très belle Petite Messe solennelle de Rossini donnée lundi 24 février au Théâtre des Champs-Élysées.

 

Rencontre avec un baryton-basse italien plus que prometteur, au charme don juanesque, fou de Mozart, de Rossini… et de Harley-Davidsons !

Vous venez tout juste de chanter la Petite messe solennelle au Théâtre des Champs-Élysées. Rossini occupe une grande place dans votre carrière. C’est une musique qui convient bien à votre voix ?

Absolument. Rossini occupe une place centrale dans mon répertoire, et je me suis quasi spécialisé dans son interprétation, ainsi que dans celle de Mozart. Leurs œuvres sont particulièrement bien adaptées aux tessitures de barytons-basses. La distinction entre baryton et basse n’existait d’ailleurs pas à l’époque. Ces rôles nécessitaient avant tout une couleur sombre, mais avec une certaine élasticité, une vraie possibilité d’extension, ainsi que la possibilité d’effectuer les coloratures.

Vous avez rencontré un très beau succès dans la Petite Messe : était-ce la première fois que vous interprétiez cette œuvre ?

Oui, c’était un grand plaisir et un grand honneur, j’ai été très ému de chanter dans cette salle absolument magnifique…

 

On dit parfois que cette œuvre de Rossini est plus un petit opéra qu’une messe… Qu’en pensez-vous ?

C’est une œuvre qui mêle effectivement certains traits du style « sérieux » de Rossini, avec parfois également certains traits de son écriture      « bouffe ». C’est une œuvre hybride, on a souvent l’impression de se trouver très exactement au milieu de ces deux styles d’écriture. Le splendide « Qui tollis » par exemple est une page éminemment sérieuse qui ne déparerait pas un opera seria, alors que le « Cum Sancto Spiritu » est une fugue pleine de joie, d'allégresse, un peu à la façon des grands finales rossiniens comme on en entend dans Le Barbier, par exemple.