De la nécessité – ou non – de bénéficier de caresses sexuelles pour atteindre le contre-ut

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il semble bien que l’on doive la première mise en perspective de la jouissance vocale (celle qu’expriment les vocalises, les aigus ou les suraigus) avec la jouissance tout court à Alain Françon et Isabelle Mazin, qui interprétait Gabrielle de La Vie parisienne en 1991 sur la scène de l'Opéra de Lyon. Six ans plus tard,sur la même scène, Natalie Dessay, dirigée par Laurent Pelly, atteignait l’orgasme et le suraigu grâce à un cunnilingus que lui prodiguait Jupiter/Laurent Naouri. On pouvait alors trouver cela étonnant, pornographique, rigolo, vulgaire, déplacé, osé, décalé. Bref, on réagissait. Qu’en est-il aujourd’hui, après quelque trente ans d’orgasmes atteints à coup de trilles, de notes piquées ou de suraigus ? Natalie Dessay s’est, depuis, fait une spécialité de la chose : Morgane atteint l’extase en s’imaginant que Bradamante caresse son postérieur ou ses seins dans la Alcina mise en scène par Carsen ;

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

les vocalises d’Olympia – Carsen toujours – épousent la progression de l'orgasme du personnage, chevauchant Hoffmann ; Lucia caresse ses seins et son entrejambe pendant sa folie – jeu de scène absent lors des premières représentations de le version Serban en 1995, mais ajouté par Dessay en 2006 ; Zerbinette (Ariane à Naxos version Pelly) se caresse de façon lascive pendant « Grossmachtige Prinzessin », etc.). La soprano française a été suivie depuis avec enthousiasme par de nombreux autres chanteuses et metteurs en scène : Violetta pousse son contre mi bémol au moment où un Douphol lubrique plonge son visage dans son entrejambe (Carsen encore) ; idem pour une autre Gabrielle de La Vie parisienne, Marie Devellereau, qui conclut son air par un aigu lancé au moment précis où Frick le bottier (Jean-Paul Fouchécourt) place sa bouche exactement là où il faut (Pelly, Lyon encore une fois : la capitale des Gaules bénificierait-elle d'un micro-climat propice à la volupté ?) ;

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enrico fourre sa main sous la robe de sa sœur Lucia et lui prodigue un attouchement brutal qui lui fait pousser un aigu/cri de douleur venant clôturer leur duo (David Alden, Madrid) ; et on ne compte plus les Rosine et Almaviva qui égrènent les vocalises de leur duo final en se livrant à de multiples galipettes. 

 

Bref, nous fêterons en 2022 les 30 ans d’aigus et vocalises résultant de cunnilingus (notons que ce sont toujours les messieurs qui font plaisir aux dames...) et d’attouchements divers et variés. Je ne suis pas, mais alors pas du tout du genre prude et coincé. Mais quand même : 30 ans… Et si on passait à autre chose ? Histoire, enfin, de « dépoussiérer l’opéra », comme ils disent ?

 

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka

© Christian Dresse

© Marc Ginot

© Marc Ginot

Natalie Dessay et Laurent Pelly, Orphée aux Enfers (mise en scène Laurent Pelly)

Natalie Dessay, Alcina, mise en scène Robert Carsen

Marie Devellereau, La Vie parisienne (mise en scène Laurent Pelly)