François Bazola et l'Ensemble Consonance  

Didon et Énée referment en beauté la 4e édition des Concerts d'automne 

 

Concert du 26 octobre 2019

 

Didon : Armelle Marq

Enée : David Witczak

Belinda : Betsabée Haas

La magicienne : Léopold Gilloots-Laforge

Première sorcière : Amandine Trenc

Seconde sorcière : Capucine Keller

Seconde femme : Alice Glaie

L'Esprit : Matthieu Le Levreur

Un marin : François-Olivier Jean 

 

Ensemble Consonance, dir. : François Bazola

Mise en sespace & prologue : Didier Girauldon  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est l’opéra Didon et Énée qui a été choisi pour clore cette quatrième édition des Concerts d’automne. L’entreprise a été confiée à l’ensemble Consonance et à son chef François Bazola. La formation, relativement récente (elle a été créée à Tours il y a 8 ans), a cependant déjà acquis une belle notoriété et se produit très régulièrement en région Centre. Nul doute que sa participation aux Concerts d’automne n’accroisse encore sa visibilité et sa renommée : son exécution de l’opéra de Purcell a été remarquable de probité stylistique. L’ensemble des artistes réunis pour ce concert constitue une véritable équipe de laquelle le critique a quelques scrupules  à isoler, pour la commenter, telle ou telle performance particulère, tant l’impression qui se dégage de la soirée est celle d’un travail collectif mené par une troupe soudée et désireuse au plus haut point de se faire la digne ambassadrice de la musique de Purcell.

 

Les musiciens répondent avec vigueur et précision aux demandes impulsées par le chef, lequel se montre constamment attentif à l’équilibre entre les voix et les instruments, et propose une lecture poétique de l'oeuvre sans jamais perdre de vue l'urgence du drame qui se joue. Le chœur, grâce à une implication musicale et scénique constante, apparaît  comme un ressort essentiel du drame. S’en détachent au fil de la représentation Léopold Gilloots-Laforge en magicienne grinçante,  Amandine Trenc et Capucine Keller en première et seconde sorcières, Alice Glaie en seconde femme, Matthieu Le Levreur en esprit et François-Olivier Jean en marin plein de verve, tous remarquables de musicalité et d’implication.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Armelle Marq, enfin, est une superbe Didon. Dotée d’un timbre clair mis au service d’une ligne de chant constamment élégante et nuancée, la chanteuse privilégie l’aspect humain du personnage plus que son côté hiératique, et atteint une belle émotion dans le « Ah, Belinda, I am prest with torment » du premier acte, sobrement expressif, comme dans l’adieu à la vie, douloureusement résigné. Qui plus est, l’actrice est extrêmement touchante : élégante dans une magnifique robe noire, elle fait valoir une physionomie très expressive et un art de la gestuelle simple et émouvant. Le tableau final, donnant à voir, pendant tout le chœur « With drooping wings ye Cupids come, to scatter roses on her tomb », le corps de la reine abandonné et comme statufié dans les bras de Belinda, hante longtemps les esprits…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un mot enfin pour féliciter Didier Girauldon, responsable d’une mise en espace sobre, petit écrin dépouillé mais élégant permettant d’exalter la musique – et à l’impact dramatique égal, pour ne pas dire supérieur, à bien des mises en scène se voulant autrement ambitieuses.

 

Ainsi s’achève donc la quatrième édition des Concerts d’automne : c’est peu de dire que le public, désormais fidélisé, attend avec impatience la programmation de la prochaine édition !

 

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(c) Rémi Angeli

David Witczak rend parfaitement justice au rôle quelque peu ingrat d’Enée, qu’il choisit de caractériser sobrement : ni salaud, ni veule, le héros troyen, très séduisant dans ses jeans clairs, chemise blanche et veste noire, traverse le drame avec dignité, lui aussi victime, finalement, de la décision des dieux – ou de la Magicienne – contre laquelle toute révolte est vaine. La voix claire et excellement projetée du baryton excelle en particulier dans le splendide récitatif de la fin du deuxième acte, ou lors de sa dernière scène avec la reine, où elle se teinte d’une touchante humanité. Betsabée Haas est une Belinda pleine de présence, au timbre fruité, offrant une incarnation aux multiples facettes, tantôt espiègle, tantôt attentionnée, avant d'acquérir dans les dernières scènes un statut quasi maternel, tenant dans ses bras, telle une madone éplorée, le corps sans vie de la reine.

(c) Rémi Angeli

(c) Rémi Angeli

(c) Rémi Angeli

David Witczak

Armelle Marq

Alice Glaie, Armelle Marq et Betsabée Haas