Escale de printemps à Madrid : Doña Francisquita au Capitole de Toulouse 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                       Crédits photos : Patrice Nin

 

 

Production du Capitole de Toulouse, décembre 2014

 

DISTRIBUTION

Doña Francisquita   Elisandra Melian

Aurora, la Beltrana   Clara Mouriz

Fernando Soler   Joel Prieto 

Cardona   Jesus Alvarez

Doña Francisca   Pilar Vazquez

Don Matias Soler   Leonardo Estevez

Lorenzo Pérez   César San Martin

Irene   Marga Cloquell

El lañador/El sereno   Pablo Garcia-Lopez

 

Orchestre National du Capitole, choeurs du Capitole, dir. Josep Caballé Domenech

Mise en scène Emilio Sagi

 

 

Mettons cap au Sud, tras los montes, pour un fort joli spectacle que le Capitole de Toulouse nous a offert à l'occasion des fêtes de la fin 2014 : la Doña Francisquita, zarzuela grande d’Amadeo Vives de 1923. Intitulée comédie lyrique en trois actes, son livret est dû à l’un des couples les plus célèbres du théâtre espagnol du XXe siècle, Federico Romero et Guillermo Fernández Shaw. Ils transposent une comédie de Lope de Vega, La Discreta Enamorada, à l’époque romantique, laquelle pratiquait volontiers de tels emprunts, dans ce que ce catalan de Vives voulait être un hommage à un Madrid de la grande époque de la zarzuela. L’intrigue est simple : la belle et rusée Francisquita réussira-t-elle à séparer Fernando Soler, sur qui elle a jeté son dévolu, de la comédienne-chanteuse Aurora Beltrana, que célèbre tout Madrid et qui fait souffrir ce pauvre Fernando de ses dédains ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour les confinés que nous sommes, quel régal cette zarzuela, car tout se passe en extérieurs dans un Madrid de rêve qui inspirait le décor toulousain, blanc pour le premier acte et la scène du mariage, rose pour le soleil couchant du deux, bleu nuit pour le dernier acte, avec de discrets renvois à un Goya solaire, celui de la Pradera de San Isidro pour le deux. Et je vais vous dire, Madame Michu, un peu de figuralisme à l’opéra, et une mise en scène qui exalte l’élégance et le raffinement dans le décor et les costumes, et qui assume la part magique du théâtre, ça fait un bien fou ! La captation toulousaine est parfois un peu trop près des solistes mais restitue assez bien le charme de cette production. Personne n’y rampe et personne ne vient vous culpabiliser d’aimer l’opéra.

 

Musicalement, de la très belle ouvrage, digne de Granados dans ses Tonadillas ou ses Goyescas, l’amertume en moins, ou de ce prodigue Albéniz qui jetait la musique par les fenêtres. Une veine mélodique comme chez Messager ou Reynaldo Hahn, contemporains de Vives. Des moments de grâce comme ces couplets d’anthologie de la rose et du rossignol de cette fine mouche de Francisquita ; des moments d’intense énergie comme dans la chanson de printemps de Cardona, ami de Fernando, véritable hymne à Madrid, que les aficionados du Real feraient bien d’apprendre par cœur . J’aime aussi la conduite du quatuor de la dispute entre Fernando et Aurora au I, et leur duo symétrique au II, où elle fait patte de velours, mais en vain, et La Beltrana toulousaine est d’une rouerie impayable dans ses mimiques et ses déroulés de poignets. Tout cela est magistralement mené, enlevé par l’énergie communicative des chanteurs !

 

Une parole encore, ce sera la dernière. En ces temps de confinement, pour éviter des bisbilles avec vos voisins du dessous, évitez le taconeado du fandango après 22 heures. Par contre, vu votre chevelure digne d’un Samson pré-dalilesque, vous aurez tout loisir, messieurs, d’essayer ce grand peigne en écaille et la mantille longue dont vous rêvez depuis que vous avez vu Grace Bumbry dans Carmen. Ça peut pas faire de mal, croyez-moi, et la relecture de Bakhtine saura, nul doute, soulager votre conscience. Buen provecho !

 

 

Cartouche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NB: Ce compte rendu est extrait d'une chronique de Cartouche parue dans la rubrique "Humeurs" et dont vous pouvez lire l'intégralité ici.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka

© Christian Dresse

© Marc Ginot

gallery/capes

L’œuvre se passe au printemps, commence par un mariage et se termine par l’union des tourtereaux. Elle se déroule au moment du carnaval, dont la musique ponctue les trois actes. Elle laisse volontiers place à la danse, valse et mazurka, boléro et fandango, et ne s’embarrasse pas de métaphysique, sinon qu’elle célèbre ce mythos du renouveau qu’est le printemps. Point d’allusion à l’histoire de l’Espagne, ni à la période agitée qui suit la mort du monarque absolu Ferdinand VII en 1833, ni aux guerres carlistes, ni aux prémices du coup d’Etat du 13 septembre 1923 qui mène à la dictature de Primo de Rivera. À peine la mention « d’impénitents conspirateurs » dans le couplet du Sereno qui ouvre le nocturne de l’acte III et dans le chœur des Romantiques qui suit, grand moment de poésie de la partition. Se souvient-il que le roi Charles III fit interdire l’usage de la cape longue et du chambergo, ce chapeau à larges bords, propices aux conspirations que l’on voir dans les cartons de Goya, déclenchant la révolte du Motin de Esquilache en 1766 ? Les capes des hommes chez Vives sont propices à l’amour, autrement plus subversif.

gallery/dona_francisquita
gallery/vives

Amadeo Vives (1871-1932)

Doña Francisquita, Capitole de Toulouse (2014)

Goya, La Promenade d'Andalousie (1776)