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MOZART, DON GIOVANNI - Venise 

L’hôtel aux mille et trois chambres

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sous-titres multilangues disponibles.

 

DISTRIBUTION : 

Don Giovanni : Alessandro Luongo

Leporello : Omar Montanari

Don Ottavio : Antonio Poli

Masetto : William Corrò

Il commendatore : Attila Jun

Donna Elvira : Carmela Remigio

Donna Anna : Francesca Dotto

Zerlina : Giulia Semenzato

 

Orchestre et choeur de La Fenice, dir. Stefano Montanari 

Clavecin : Roberta Ferrari

Mise en scène : Damiano Michieletto

 

 

Don Giovanni est un opéra sur lequel plus d’un metteur en scène s’est cassé le nez, notamment à cause de la succession d’incidents dont il est parfois malaisé de justifier l’enchaînement, surtout lorsqu’on enferme l’action dans un décor unique, comme les spectacles modernes ont de plus en plus tendance à le faire. Parmi les productions récentes, la plus réussie était peut-être celle de Claus Guth à Salzbourg, qui situait l’intrigue dans divers endroits d’une forêt. Pour la Fenice, Damiano Michieletto imagine, avec la complicité de son décorateur Paolo Fantin, un lieu en perpétuel mouvement, qui ne cesse de se transformer. On pense d’abord à l’hôtel dans lequel Claus Guth, justement, situait sa mise en scène du Messie, mais le cadre est ici bien plus changeant – on imagine l’armée de machinistes qui doit s’affairer, invisible, pour en effectuer les modifications pendant que la tournette montre au public des pièces à chaque fois un peu différentes. Tout se passe donc dans un château, ou peut-être un de ces hôtels meublés en style XVIIIe comme il en existe justement à Venise, mais un hôtel qui aurait connu des jours meilleurs, car celui-ci est un peu défraîchi. Les protagonistes ne cessent d’en traverser les espaces. À plusieurs reprises, le plateau apparaît divisé en deux, les personnages effectuant alors des mouvements symétriques, comme dans la Roussalka mise en scène à Paris par Robert Carsen. Le procédé fonctionne à merveille pour « La ci darem », Zerline étant alors séparée de Don Juan, où pour le trio du 2e acte, Elvire étant dans une chambre tandis que Don Juan et Leporello occupe la pièce jumelle. Tout cela se passe à la fin d’un XVIIIe siècle fatigué, poussiéreux, avec des costumes gris, beige ou bleu marine, comme dans un Marivaux monté par Patrice Chéreau. Production réaliste par bien des côtés, avec une noce de Zerline et Masetto authentiquement populaire dans sa liesse, et qui accueille aussi le fantastique, comme le livret l’exige : le banquet final est en fait une orgie, où le maître et le valet se partagent quelques jeunes femmes peu vêtues, mais avec l’entrée du commandeur, Don Juan pénètre dans une autre salle, enfumée, jonchée de cadavres, royaume des morts qui l’attend déjà. Le séducteur renaîtra néanmoins pendant le lieto fine, toujours doté d’un pouvoir magique sur ses victimes.

 

Ce qu’on admire surtout, dans le travail de Michieletto, c’est la justesse du comportement prêté à chaque personnage, psychologiquement vrai à chaque instant : oui, Don Ottavio est une fois encore le cocu de l’histoire, et il n’est pourtant pas ridicule, juste touchant par la sincérité de son amour, tandis que le couple Zerline-Masetto échappe également au comique convenu. Les récitatifs ont été si travaillés qu’ils en semblent totalement naturels, comme improvisés, et les applaudissements qui viennent saluer plusieurs airs en deviennent presque déconcertants. L’intérêt de cette passionnante captation est évidemment les gros plans qu’elle permet sur les visages de chanteurs véritablement devenus acteurs.

 

N’incluant aucune star, la distribution (on voudrait dire « la troupe », tant ils forment une véritable équipe) se compose de chanteurs encore jeunes mais déjà expérimentés, sans doute à l’aube d’une belle carrière. Connue grâce à sa participation à de nombreux spectacles captés par le label Dynamic ici et là en Italie, Carmela Remigio se montre tout à fait convaincante en Elvira tourmentée, et l’expressivité de son visage rappelle plus d’une fois Anna Magnani. Après un parcours majoritairement italien jusqu’ici, Francesca Dotto devrait la saison prochaine faire connaître sa Traviata au Komische Oper de Berlin et au Grand Théâtre de Genève : son Anna a de grandes qualités, mais se situe peut-être déjà dans une esthétique qui est celle du XIXe siècle plutôt que du précédent, et la virtuosité n’a pas tout à fait cette pureté instrumentale de la ligne que l’on attend chez Mozart. Vue en Vénus dans Ercole amante à l’Opéra Comique, Giulia Semenzato est une charmante Zerline, à qui William Corrò donne une réplique adéquate en Masetto. Attila Jun est le seul chanteur non italien : s’il a les graves du commandeur, le chant ne paraît pas des plus stylés. Antonio Poli confère à Ottavio des accents tantôt héroïques, tantôt énamourés, avec une belle palette de nuances, et un pianissimo superbe pour la reprise de « Dalla sua pace ». Familier du rôle, Alessandro Luongo est un jouisseur impénitent à la présence magnétique et à la voix séductrice. Sur le plan théâtral, le personnage le plus creusé est probablement l’émouvant Leporello à lunettes qu’interprète Omar Montanari, qui s’offre en outre le luxe de bégayer dans ses récitatifs, pour mieux redevenir maître du chant syllabique dans les airs et ensembles !

 

Dans la fosse, son homonyme Stefano Montanari adopte des tempos rapides, voire très rapides, mais qui, loin de brutaliser la partition, la galvanisent de façon étonnante. On peut imaginer qu’il n’est pas non plus étranger à la réussite du travail théâtral sur les récitatifs : il suffit d’écouter la subtilité avec laquelle est mené l’accompagnato précédant le « Mi tradì » d’Elvire pour s’en persuader.

 

 

Laurent Bury

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Christian Dresse

© Marc Ginot

© Marc Ginot