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WEINBERGER, FRÜHLINGSSTÜRME - Berlin (Komische Oper), 2020

Levez-vous, orages désirés !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jusqu'au 24.07.2020. Sous-titres multilangues disponibles.

 

DISTRIBUTION

 

Ito : Tansel Akzeybek

Lydia Pavlovska : Vera-Lotte Böcker

Roderich Zirbitz : Dominik Köninger

Tatiana : Alma Sadé

Général Vladimir Katchalov : Stefan Kurt

Colonel Baltshev : Tino Lindenberg

Grand Duc Mikhaïlowitch : Luca Schaub

Shibato / directeur d'hôtel : Arne Gottschling

Kawa-Kami  / Peter : Yannik Heckmann

Capitaine Strotzky : Sascha Goepel

Orchestre du Komische Oper Berlin, dir. Jordan de Souza

Mise en scène : Barrie Kosky

 

 

Depuis son arrivée au Komische Oper, l’inépuisable Barrie Kosky a su redonner à ce théâtre une identité forte, qui lui permet de rivaliser avec les deux autres maisons d’opéra de Berlin.  À côté des piliers du répertoire (La Bohème, Eugène Onéguine, etc.) désormais représentés dans leur langue originale, on peut maintenant voir sur cette scène un certain nombre d’œuvres issues d’un répertoire typiquement germanique, voire berlinois, opérettes ou comédies musicales qui marquèrent un apogée du genre avant l’arrivée de la peste brune. Les Perles de Cléopâtre d’Oscar Straus (Vienne, 1923), remonté par Barrie Kosky en 2016, est ainsi devenu un spectacle emblématique, régulièrement repris. Et pour la saison 2019-2020, hélas interrompue en plein cours, il était prévu de rendre hommage à la personnalité de Jaromír Weinberger (1896-1967).

 

Juif tchèque né en Autriche-Hongrie, Weinberger enseigna aux États-Unis de 1922 à 1926, puis revint en Tchécoslovaquie comme directeur du théâtre national de Bratislava. En 1927 fut créé à Prague son premier opéra, Švanda Dudák, qui connut vite un succès planétaire, d’abord dans sa version allemande, Schwanda der Dudelsackpfeifer, puis traduit dans d’autres langues encore. En 1939, Weinberger franchit l’Atlantique et s’installa d’abord à New York, avant d’opter pour la Floride. À cause de graves problèmes de santé et devant l’impossibilité de faire jouer sa musique, il se suicida en 1967.

 

Depuis quelques années, Weinberger connaît un retour en grâce. Au disque, notamment, puisque Sony a réédité en 2017 l’enregistrement de prestige de Schwanda réalisé en 1979-80, avec Lucia Popp, Hermann Prey et Siegfried Jerusalem. L’année suivante, CPO a publié en 2018 une captation de Wallenstein, tragédie musicale créée à Vienne en 1937. Bien sûr, sur les quatre opéras et quatre opérettes de Weinberger, Schwanda le joueur de cornemuse reste son titre le plus joué : après Wexford en 2003, Dresde en 2012 et Palerme en 2014, Berlin aurait dû le présenter du 29 mars au 22 avril, dans une mise en scène signée Andreas Homoki. Le coronavirus ne l’a évidemment pas permis, mais par chance, c’est en janvier dernier qu’avait été ressuscité et filmé Frühlingsstürme,  opérette créée à Berlin le 19 janvier 1933 mais retirée de l’affiche dès le mois de mars, suite à l’arrivée d’Hitler au pouvoir.

 

De ces Orages de printemps, il ne restait guère qu’une réduction pour piano avec des indications précisant l’instrumentation. La partition d’orchestre ayant été perdue, il fallait la reconstituer pour rendre l’œuvre viable dans un théâtre. Après avoir recréé en 2014 Arizona Lady d’Emmerick Kálmán à la demande Barrie Kosky, le musicologue Norbert Biermann a consacré trois années à cette nouvelle tâche, dans laquelle il fut peut-être aidé par les disques gravés en janvier-février 1933. En effet, l’opérette de Weinberger avait été créée par deux stars de l’entre-deux-guerres : le ténor Richard Tauber et la soprano Jarmila Novotná. De Frasquita en 1922 jusqu’à Giuditta en 1934, Tauber fut étroitement associé  à toutes les créations de Franz Lehár, et son nom reste lié à son œuvre fétiche, Le Pays du sourire (1923). Nul doute que Weinberger conçut pour lui ce qu’on appela bientôt un « Tauberlied », une chanson spécialement destinée à mettre le ténor en avant.

 

Située en Mandchourie pendant la guerre russo-japonaise de 1905, l’intrigue d’Orages de printemps mêle amour et espionnage ; le commandant japonais Ito se croit trahi par la belle Lydia Pavlovska, et chacun s’en va le cœur brisé, le seul couple heureux étant celui que forment le journaliste allemand et la fille du général russe. Telle que restituée ici, la musique de Weinberger ravit par le raffinement de son écriture, son cocktail de valses aux accents caressants, de rythmes jazzy et d’exotisme orientalisant. Sans chercher midi à quatorze heures, Barrie Kosky propose un spectacle où le comique majoritaire n’exclut pas les moments de gravité, mêlant humour bon enfant et discrète relecture féministe quand le texte s’avère par trop sexiste. La production, sobre, est d’un goût parfait : dans un décor constitué d’une caisse en bois qui s’ouvre ou se referme, elle décline  l’imaginaire de la chinoiserie (lampions, dragons), les numéros dansés rendant hommage à la grande tradition du music-hall, avec ses girls agitant de grandes éventails de plumes et son escalier que l’on ne descend pas mais que les amoureux montent… 

 

Par sa petite taille et son jeu sensible, Tansel Akzebek convainc dans le rôle du héros japonais, auquel il prête un chant suave élégant, même si la voix n’a pas l’ampleur de celle de Richard Tauber. Dans « Du wärst für mich die frau gewesen » (récemment repris par Jonas Kaufmann dans son album Wien), on se dit même qu’il abuse des allègements dans l’aigu, mais un coup d’oreille vers la version Tauber montre que le créateur faisait exactement la même chose – dans cet air-là, du moins, car son enregistrement de « Wozu die Sehnsucht » semble quand même nettement plus vigoureux dans l’émission. Admirée en Musetta de La Bohème, Vera-Lotte Böcker est une Lydia Pavlovska idéale, irrésistible de séduction vocale et scénique (la production lorgne plus d’une fois vers les Années Folles, et rapproche l’héroïne de Marlene Dietrich dans Shanghai Express ou Agent X 27). Depuis plusieurs années en troupe au Komische Oper, où elle est Poppée, Suzanne ou Pamina, Alma Sadé est une Tatiana pleine d’énergie, à laquelle le baryton Dominik Köninger offre une réplique tout à fait adéquate. Les autres rôles sont exclusivement parlés, même si l’inénarrable Stefan Kurt s’offre le le luxe de chanter – un peu – dans une scène avant tout mimée ; on remarque aussi la présence de l’acteur Luca Schaub, membre du Berliner Ensemble. Dans la fosse, Jordan de Souza se montre aussi à l’aise pour diriger cette musique où Broadway rencontre Vienne qu’il l’était pour La Bohème quelques mois auparavant.

 

 

 

Laurent Bury

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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