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PROKOFIEV, Guerre et paix, Moscou (Théâtre Stanislavski)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Opéra en 13 tableaux, livret du compositeur et de Mira Mendelssohn (d'après Tolstoï)

 

Jusqu'au 26.11.2020. Traduction française simultanée (approximative) dispoible

 

 

Emporté par la foule...

 

DISTRIBUTION : 

 

Prince André Bolkonski   Dmitri Zouïev

Natacha Rostov   Natalia Petrojitskaïa

Sonia   Larissa Andreïeva

Madame Akhrosimova   Irina Tchistiakova

Madame Peronskaïa   Lidia Chernykh

Comte Ilia Rostov   Denis Makarov

Pierre Bezoukhov   Nikolaï Erokhine

Hélène Bezoukhova   Xenia Doudnikova

Anatole Kouraguine   Sergeï Balachov

Dolokhov   Roman Oulybine

Princesse Maria   Veronika Viatkina

Prince Nicolaï Bolkonski   Léonide Zimnenko

Denisov   Andreï Batourkine

Prince Mikhaïl Koutouzov   Dmitri Oulianov

Napoléon   Arsen Soghomonyan

Platon Karataïev   Oleg Polpoudine

 

Chœur et orchestre du Théâtre académique musical de Moscou, dir. Felix Korobov

Mise en scène   Alexander Titel

 

Spectacle enregistré le 8 avril 2013

 

 

À l’époque où Benjamin Britten tirait ses meilleurs opéras de nouvelles de Maupassant ou de Henry James, Prokofiev fit cette folie d’adapter les milliers de pages du Guerre et paix de Tolstoï. C’est suite à l’invasion de l’Union soviétique par l’Allemagne que le compositeur se lança dans cette entreprise téméraire, aidé dans la rédaction du livret par son épouse Mira Mendelssohn. Mais il faut croire que la fibre patriotique de Prokofiev n’était pas assez vibrante, que le Comité des Arts, auquel une première version de la partition fut soumise exigea que la glorieuse dimension nationale et l’héroïque résistance du peuple russe soient davantage mises en avant. Prokofiev s’exécuta, et rallongea tellement la sauce que la durée de son opéra s’approchait désormais des quatre heures. La première aurait dû avoir lieu au Bolchoï en 1943, mais il fallut finalement attendre 1959, soit plusieurs années après la mort du compositeur, pour que l’œuvre soit donnée dans son intégralité sur une scène russe (avec notamment Galina Vichnevska dans le rôle de Natacha). Une première interprétation incluant les treize scènes, mais avec des coupures, avait été donnée en 1957 au Théâtre Stanislavski de Moscou, et c’est sur cette même scène, en avril 2013, qu’a été filmée la production proposée par OperaVision.

 

Avec 3h10 de musique, la version en question a également été abrégée, mais aucune scène n’est supprimée à part l’Epigraphe choral, une des moments rajoutés pour rendre l’œuvre plus conforme aux exigences des autorités. La direction de Felix Korobov se refuse à toute précipitation, pour mieux exalter le lyrisme des leitmotivs liés aux principaux personnages, et souligne à loisir le côté cinématographique de pages dont les harmonies et les procédés rappellent bien souvent le travail de Prokofiev pour Alexandre Nevski ou Ivan le Terrible (on comprend qu’Eisenstein ait été pressenti pour monter la création de l’œuvre). Comme son nom l’indique, Guerre et paix est un opéra nettement scindé en deux parties : la première se focalise sur les destinées de Natacha Rotov, mais celle-ci disparaît pratiquement de la seconde, dominée par le conflit militaire. Très peu présent dans la première partie, le chœur devient un protagoniste essentiel après l’entracte. Autrement dit, un spectacle fortement contrasté, qui demande au metteur en scène de déployer tour à tour des qualités très différentes.

 

Alexander Titel dirige depuis 1991 la compagnie d’opéra du Théâtre Stanislavski-Nemirovitch-Dantchenko, pour lui donner son nom complet, ou Théâtre académique musical de Moscou, selon sa désignation plus officielle encore. Il y a monté plusieurs productions régulièrement saluées par la critique russe. Pour Guerre et paix, son travail rappelle d’abord beaucoup la mise en scène de Graham Vick présentée à Saint-Pétersbourg au début des années 1990, impression qui tient en grande partie au décor utilisé : mêmes parois blanches, même enfilade de portes à cour et à jardin. Cependant, ce cadre paraît d’abord un peu sous-employé car, après la première scène, le mur dans lequel s’étaient ouvertes les fenêtres permettant de voir le prince André, puis Natacha et sa cousine Sonia, recule jusqu’au fond, d’où il ne bougera plus une seule fois. Tout le premier acte se déroule donc dans cet immense espace (le plateau paraît vraiment très profond), paradoxalement encombré de chaises pour la scène du bal, avant que de gigantesques lustres ne soient descendus des cintres par des domestiques qui vont les astiquer. Et ce mélange hétéroclite, sièges plus lustres à terre, servira de décor à toutes les scènes suivantes, complété par un interminable sofa pour l’intérieur des Bezoukhov. Par chance, l’impression de gaucherie se dissipe entièrement au second acte, où éclate une réelle maestria dans le maniement des foules, car c’est bien une foule qu’on a le sentiment de voir sur la scène, mélange d’officiers et de soldats, de moujiks, de femmes et d’enfants. Même les scènes plus intimes (le repas de Napoléon, le conseil de guerre de Koutouzov) se déroulent ainsi sous les yeux de ce peuple russe que Prokofiev se devait d’exalter. Réussite totale donc pour « la Guerre », même si « la Paix » ne convainc pas totalement.

 

De la distribution, on retiendra surtout les deux amoureux. Baryton ténébreux à la mine distinguée, Dmitri Zouïev s’identifie pleinement au prince André, auquel il prête un timbre racé et une diction magistrale. Natalia Petrojitskaïa a la voix claire qui convient à ce rôle de toute jeune fille, qu’elle interprète avec toute la pétulance nécessaire au premier acte, et avec une belle émotion lors de son unique apparition vers la fin du second. Troisième personnage essentiel, Pierre Bézoukhov trouve en Nikolaï Erokhine un titulaire dont le jeu théâtral nous laisse un peu sur notre faim ; curieusement, alors que tout le monde l’appelle « le gros », plusieurs autres solistes s’avèrent avoir une corpulence au moins égale... Dans le rôle de son épouse, Xenia Doudnikova possède en revanche toute la beauté fielleuse et la superbe voix grave attenues pour la comtesse Hélène. La basse marmoréenne de Dmitri Oulianov confère à Koutouzov une stature impressionnante, et Napoléon va plutôt bien à Arsen Soghomonyan. Le chœur, enfin, se montre constamment à la hauteur de l’enjeu, et l’on est ravi de découvrir ainsi qu’à Moscou, il n’y a vraiment pas que le Bolchoï.

Laurent Bury    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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