Mozart ET Salieri (puisque « choisir, c’est renoncer » !)

Guilhem Worms, Camille Delaforge et Karolos Zouganelis aux Hivernales musicales de la Mairie du XIe de Paris.

 

Programme :

 

Rimsky-Korsakov : Mozart et Salieri; W.A. Mozart : Don Giovanni, Sonate à 4 mains K. 381, Die Zauberflöte, Warnung, Abendempfindung, Concerto pour piano n° 23, Les Noces de Figaro: F.X. Mozart: An Emma; A. Salieri : Tornate sezreni, In questa tomba oscura. Bis : C. Saint-Saëns, Danse macabre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le programme concocté par les artistes pour ce concert donné dans le cadre des Hivernales musicales a été particulièrement bien pensé : refusant tout à la fois l’élitisme austère et la facilité, ils ont choisi un fil directeur (l’opposition et/ou la complémentarité entre Mozart et Salieri) permettant de proposer à la fois des pages bien connues (le « catalogue » de Leporello, le « Non più andrai » de Figaro) et d’autres plus rares mais toujours séduisantes et accessibles (le An Emma de Mozart fils, le splendide In questa tomba oscura de Salieri). De façon astucieuse, le concert s’ouvre par ailleurs par un extrait  du Mozart et Salieri de Rimski-Korsakov…

 

Il y a chez Guilhem Worms une forme de spontanéité dans le chant, de plaisir à pratiquer son art, de rayonnement, qui lui donnent auprès du public un capital sympathie précieux – et qui font que l’on suit sa carrière avec grand plaisir et intérêt. Mails il y a eu, ce vendredi 13 décembre, quelque chose en plus : la voix possède toujours ce grain personnel, la projection est toujours aussi aisée et efficace, la capacité à incarner les personnages est intacte (Leporello est savoureux, superbement maîtrisé vocalement et d’une expressivité irrésistible !). Mais l’aisance a semblé plus grande encore aux deux extrêmes de la tessiture, avec des aigus sonores et glorieux et des graves profonds et bien timbrés. (Guilhem Worms ose même le « In diesen heil'gen Hallen » de Sarastro : la première descente vers le fa grave est un peu périlleuse, la seconde plus assurée et le chanteur vient à bout des redoutables « ins beßre Land » ou « ein Mensch zu sein » !) Surtout, la ligne de chant a semblé encore plus soignée et nuancée que d’habitude, avec un subtil jeu sur le clair-obscur, la sollicitation de nuances piano ou pianissimo toujours très  bienvenues (la conclusion de « An Emma », le da capo, plein d’émotion contenue, de « In questa tomba oscura », le « Und mit deinem seelenvollen Blicke » de l’Abendempfindung de Mozart) et un legato porté par un souffle parfaitement contrôlé dans l’air de La Flûte, ou encore dans le second monologue de Salieri (Mozart et Salieri de Rimski-Korsakov : « Non, je ne peux résister au destin »).

 

Bref, avec ce début de saison très riche (outre ce récital, il y eut celui des Invalides le mois dernier, une Flûte enchantée à Marseille, un Don Giovanni à Saint-Étienne, la participation au Cadmus et Hermione de l’Opéra de Versailles, et il y aura très prochainement Le Barbier de Séville à Tours ainsi que des débuts au Palais Garnier dans Yvonne, Princesse de Bourgogne), la carrière de Guilhem Worms prend un très bel envol et cette jeune basse se confirme, plus que jamais, comme l’un des chanteurs « à suivre » avec attention…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La réussite de ce concert n’aurait sans doute pas été complète sans la participation de deux musiciens magnifiques : Camille Delaforge et Karolos Zouganelis qui, au pianoforte, ont fait preuve d’une rigueur stylistique et d’une musicalité de tous les instants. Dans la sonate en ré majeur à 4 mains K. 381 de Mozart, les deux pianistes tantôt dialoguent avec finesse et subtilité, tantôt se passent le relais avec une complicité évidente. Quant au silence religieux de l’auditoire pendant l’adagio du Concerto pour piano n° 23, il témoigne du pur ravissement dans lequel la musique et son interprétation sobre et recueillie ont plongé le public.

 

En guise de bis, Guilhem Worms propose une interprétation diaboliquement séduisante de la Danse macabre de Saint-Saëns : 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Malgré les problèmes de transport, la salle était comble ce vendredi soir et le public a longuement et chaleureusement fêté les artistes, dont on espère vivement qu’ils auront l’occasion de programmer de nouveau ce programme si original et séduisant !

 

 

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Saint-Saëns, Danse macabre par Guilhem Worms et Karolos Zouganelis