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MONIUSZKO, HALKA - Varsovie, Théâtre Wielki 

Où l’on aurait préféré une version de concert…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jusqu'au 21.09.2020. Sous-titres multilangues disponibles.

 

DISTRIBUTION : 

Halka : Monika Mych-Nowicka

Jontek : Piotr Friebe

Janusz : Łukasz Goliński

Stolnik : Rafał Korpik

Zofia : Magdalena Wilczyńska-Goś

Dziemba : Damian Konieczek

Alpiniste : Bartłomiej Szczeszek

 

Poznań Opera Chorus. Direction musicale : Gabriel Chmura

Mise en scène : Paweł Passini

 

Spectacle enregistré le 20 septembre 2019

 

 

Capter une représentation de Halka à Varsovie était une excellente idée de la part d’Opera Vision. Stanisław Moniuszko (1819-1872) est un compositeur trop rare hors de Pologne pour qu’on laisse passer l’occasion d’apprécier l’œuvre qui lui valut en 1848 son premier succès. Hélas, ce qui semblait si prometteur sur le papier est gâté par une mise en scène lamentable, qui risque de décourager très vite l’attention du mélomane occidental, et qui réussit l’exploit de combiner le pire de deux mondes, autrement dit les aspects les plus critiquables du théâtre à l’ancienne et de la mise en scène moderne.

 

Si Le Manoir hanté (1865), l’autre titre auquel se résume Moniuszko de ce côté-ci de l’Europe, déroule ses mélodies d’inspiration nationale sur une trame mi-opérette mi-fantastique, Halka est un opéra tout ce qu’il y a de plus sérieux, et raconte les malheurs d’une jeune femme abandonnée par un galant qui lui préfère une riche héritière. Après avoir envisagé d’incendier l’église où se déroule le mariage, l’héroïne choisit finalement de se jeter à la rivière.

 

En Pologne, Halka est un pilier du répertoire, aussi connu – ressassé ? – que Carmen chez nous. Est-ce la raison pour laquelle la production filmée à Varsovie (créée en 2015 à l’Opéra de Poznan) choisit d’abord de brouiller les pistes ? S’il est louable de vouloir éviter l’option traditionnelle, avec chœur joyeux en costume folklorique, le choix opéré par Paweł Passini est de faire se dérouler presque tout le premier acte au milieu du public, ce qui peut avoir posé des problèmes d’équilibre et d’acoustique auxquels, heureusement, la captation remédie. Plus gênant, tous sans exception sont en frac et nœud papillon blanc ; plusieurs dames arborent des moustaches postiches et les messieurs ont été conviés à se coiffer en catogan, même lorsque leur chevelure ne leur permet guère. Surtout, cela signifie que seule la lecture attentive des sous-titres permet de comprendre qui est qui.

On peut imaginer que les choses s’arrangeront dès que l’on montera sur scène. Hélas, ce n’est pas vraiment le cas. On découvre en fait, en guise de décor, un grand panneau zébré de hachures abstraites, d’un goût très seventies, sur lequel des projections sont censées correspondre à l’humeur des personnages (par exemple un nourrisson géant, sans doute l’enfant que Halka a eu de son séducteur, ou des traînées rouges comme le sang…). Dans la deuxième partie, il servira de mur d’escalade à quelques figurants. Sur les panneaux latéraux, des vidéos montrent parfois une jeune fille faisant des cabrioles, image du caractère jadis primesautier de l’héroïne, peut-être.

À quoi s’ajoutent d’inénarrables costumes, qui semblent vouloir remporter le premier prix dans un concours de ridicule : l’héroïne est affublée d’un costume que même le plus filiforme des mannequins aurait du mal à faire passer, sorte de robe en papier déchiqueté dont la traîne s’orne de gros boudins taillés dans le même matériau ; le jeune montagnard Jontek arbore une tignasse frisée d’où émerge une énorme corne de bélier du plus bel effet. Également cornus, et vêtus de peaux de bête, les paysans pour le dimanche soir après vêpres, tableau grotesque qui ressemble plus à un sabbat de sorcières (avec ballet de démons portant des masques de cochon, de lapin ou de mouton) qu’au paisible divertissement des villageois.

 

Dommage que cette captation soit une telle épreuve à regarder, car sur le plan strictement musical, la distribution se montre tout à fait à la hauteur.  On connaît les mérites de l’école de chant slave en matière de voix graves, et cette réputation n’est pas ici démentie : on saluera la basse Rafał Korpik, et, dans le rôle du traître, le baryton Łukasz Goliński. L’héroïne trouve en Monika Mych-Nowicka une titulaire très en voix ; évidemment, le jeu d’acteur inexistant la laisse chanter presque tout face au public en roulant des yeux et en tendant les bras vers la salle quand son air est fini. Sans parler de la gestuelle assez cocasse qui lui est imposée dès que son chant évoque le vol des oiseaux, chose assez fréquente dans le livret. Le ténor Piotr Friebe  chante à Poznan Alfredo et le duc de Mantoue, Nemorino  ou Don José. La voix est saine et bien conduite, et aborde son grand air, « Szumią jodły na gór szczycie » avec une élégance appréciable, qui n’exclut pas la vaillance quand nécessaire.

 

Ancien élève de Pierre Dervaux, lauréat du premier prix lors de l’édition 1971 du concours Herbert von Karajan, Gabriel Chmura a été directeur musical des opéras d’Aix-la-Chapelle et de Bochum et a derrière lui une longue carrière internationale. C’est d’une main experte qu’il dirige la phalange orchestrale et chorale de l’Opéra de Poznan.

Preuve que cet opéra tient la route, le Theater an der Wien l’avait courageusement mis à l’affiche en décembre dernier, avec Piotr Beczała, dans une mise en scène signée Mariusz Trelinski. Mais n’est-ce pas là qu’Opera Vision aurait dû planter ses caméras ?

 

 

Laurent Bury

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka

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© Marc Ginot

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