Heptaméron III

 

Film : Mike Leigh, Topsy-Turvy

Une immersion dans les coulisses du monde étrange et merveilleux des opéras comiques de Gilbert & Sullivan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le télétravail et les vidéos conférences, quel cauchemar ! Et avec ça, votre repassage n’avance pas ! Cols et poignets, quelle torture, surtout ces bouillonnés et ces manches gigot !

 

Pour vous aider à passer en douceur ce cap des tempêtes, j’ai trouvé dans ma malle aux trésors quelque chose susceptible de vous arracher aux telenovellas que vous affectionnez en pareil cas,  à cause de leur valeur éducative proche du zéro. Un film de Mike Leigh, Topsy-Turvy (1999), interdit aux moins de douze ans, ce qui, j’imagine flatte déjà votre lubricité. En effet, s’il contient une scène dans un bordel parisien avec la Môme Fromage, dont le sein, comme celui de Janet Jackson, entrevu par mégarde au Super Bowl de 2004, aura justifié ce classement digne de l’époque victorienne où se passe le film, sa valeur artistique est tout autre. Il vous convie dans les coulisses du monde étrange et merveilleux des opéras comiques de Gilbert & Sullivan.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

               Gilbert & Sullivan

 

 

Or, en 1884, suite à une canicule, le théâtre se vide, les spectateurs désertent Princess Ida et D’Oyly Carte exige du duo une œuvre nouvelle sur un livret que Sullivan rejette, las de la même formule et aspirant à écrire un grand opéra qui peigne des passions humaines véritables. C’est l’impasse, d’où l’escapade de Sullivan vers ce Gay Paree où il est moins connu que dans les bordels de Londres.

 

Le film exploite habilement le contraste entre une société victorienne corsetée dans ses idéaux et la vie privée des deux compères. Sullivan partage sa vie avec une maîtresse tolérante d’origine américaine. Séparée de son époux, elle organise des concerts dans son salon pour la bonne société, et tient la place d’une épouse chez Sullivan. Gilbert vit avec son vieux père sénile, séparé d’une épouse qui le poursuit de sa haine, d’où peut-être l’absence de descendance chez les Gilbert et la froideur de Schwenck vis-à-vis d’une épouse aimante et attentionnée. C’est elle qui entraîne Schwenck à l’exposition japonaise de Knightsbridge qui se tient entre 1885 et 1887 qui lui inspire son prochain livret The Mikado, un des énormes succès du duo, mettant fin, temporairement, à leur brouille.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le propos de critique sociale du film est pleinement réalisé mais c’est l’entrée dans les coulisses du théâtre qui constitue son aspect le plus fascinant, avec les péripéties de la création du Mikado et les instantanés de la vie des chanteurs, leurs angoisses personnelles et professionnelles, leurs déceptions et leurs triomphes. Léonora, la jeune première, veuve d’un mari suicidé et mère d’un petit garçon, donc « marchandise endommagée », noie son chagrin dans le sherry devant l’impossibilité de refaire sa vie. Le jeune premier, Durward Lely, très écossais et presbytérien, refuse de chanter sans corset et de monter ses jambes. George Grossmith, le baryton comique de tous les G&S, combat son trac en s’injectant de la morphine et Temple, le Mikado, est dévasté quand Gilbert lui supprime son grand air de l’acte I. On assiste aux répétitions sous la férule de Gilbert, à la création du spectacle et les fans de G&S bien informés reconnaîtront les thèmes des succès du duo. Pas de triomphalisme cependant : le final est plein d’une grande nostalgie devant les contraintes que leur impose la société et leur choix de vie que seule la magie du théâtre a pu momentanément soulager. Qui dit mieux ?

 

Enjoy !

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Film disponible en DVD et Blu-ray

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka

© Marc Ginot

gallery/topsy_turvy
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Le titre Sens dessus-dessous renvoie à la formule sur laquelle sont fondés les livrets que William Schwenck Gilbert (1836-1911) fournit au compositeur Arthur Seymour Sullivan (1842-1900) depuis le début de leur fructueuse collaboration. Au nom d’une gentille satire, la confusion et le chaos créés par quelque artifice au début de l’œuvre sont poussés jusqu’à l’extrême avant qu’ils ne disparaissent comme par enchantement avec un retour à l’ordre rassurant. La formule, la fameuse « pastille » qu’on découvre dans la scène de l’Incantation du Sorcerer, leur permet d’enchaîner des succès comme HMS Pinafore ou The Pirates of Penzance qui incitent leur agent Richard D’Oyly Carte à faire construire le théâtre du Savoy, le premier à bénéficier de l’éclairage électrique, pour accueillir en 1881 les œuvres du duo, d’où leur nom de Savoy operas.