HEPTAMERON VII

Fandango sous les platanes

Gabriel Pierné (1863-1937)

 

 

 

 

L’autre soir, terrassé par un puissant breuvage,

Un vieux Limoncello, souvenir de Sorrente —,

Que j’avais imbibé dans l’espoir de dormir

Et d’oublier enfin mes angoisses du jour,

Je délirais en proie au cauchemar poisseux

Que scandait un refrain hérité du latin,

« Confit, confiteor, confit d’oie déconfit,

Convulsif con amor, confus conférencier »,

Quand soudain tout changea ! Je m’éveillais alors,

Et sautant sur mes pieds, bondis chercher remède

À mon liquoreux spleen !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voilà un nom qui a disparu des programmes des concerts, comme ceux d’autres musiciens français, et parfois la tentation est grande de ressusciter la devise « Ars Gallica » de la défunte Société Nationale de Musique tant cet oubli est injuste. Et n’allez pas suspecter la catholicité de mes goûts ! Heureusement qu’il nous reste le disque, — et le Palazzetto Bru Zane — mais c’est un pis-aller. Je retrouve dans cette partition de Ramuntcho, certes pas la plus belle de Pierné, ce qu’André Messager disait, pro domo, de son Cydalise et le chèvre-pied en 1923 « du goût, de la belle facture et la divine clarté, qualités éminemment françaises », bref tout ce que certains reprochent à notre musique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a ici des emprunts à la tradition basque, à la fois joyeuse, festive et mélancolique, qui vous transportent en Euskadi, comme dans l’Ouverture et le Fandango de la Suite n°1 et dans La cidrerie et la Rapsodie basque de la Suite n°2. Il y a notamment dans cette dernière ce thème de zortziko, cette danse à cinq temps si emblématique du folklore basque qu’il inspire aussi bien Albéniz, mort à Cambo-les-Bains, Ravel et Jesús Guridi pour ses Tableaux basques, et qui donne irrésistiblement envie de chausser ses espadrilles et de danser au pied du fronton d’Ainhoa.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce zortziko au rythme impair et asymétrique a visiblement fasciné Pierné puisqu’il vient momentanément alléger le climat de son Quintette pour piano et cordes en mi mineur, écrit entre 1916 et 1917, années bien douloureuses. Après l’ostinato du premier mouvement qui semble se souvenir de l’envoûtant Fandango du Padre Soler, son rythme sautillant de danse s’empare du deuxième mouvement dans une série de variations virtuoses avant l’apparition d’un autre ostinato de cinq notes au piano pour un épisode plus grave et le retour du zortziko du début. Il revient dans l’épisode Lent qui ouvre le troisième mouvement avant l’Allegro agité qui suit et son éclatante fanfare, qui sonne comme une victoire à l’arraché après des développements tout en tension dignes des paroxysmes de son maître César Franck.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je vous sens comme épuisés par cette audition. Sont-ce vos exploits chorégraphiques qui vous ont mis le souffle court, la bave aux lèvres et le feu aux mollets ? Allez, je suis bon prince et puisque vous dédaignez l’humble Irouléguy et le pétillant Taxcoli de cette auberge campagnarde, je vous offre un gin-fizz au Casino de Biarritz qu’un Stravinsky en exil hanta entre 1921 et 1924. Et pour vous faire tourner à trois temps, Monsieur Pierné vous propose sa Viennoise, suite de valses et cortège-blues. Vous qui n’aimez pas le débraillé et regrettez les cafés de Montparnasse (qu’est-ce que vous êtes Rive Gauche, ma pauvre chérie !), ça vous donnera l’impression d’être toujours à la mode.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cheers !

 

Cartouche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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© Christian Dresse

© Marc Ginot

© Marc Ginot

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Figurez-vous que, depuis quelques années, j’emmène fin avril la comtesse Joséphine-Elizabeth de Creully, vieille noblesse normande, au Pays Basque, vert paradis des vacances enfantines, des courses, des chansons et des txistus vibrant derrière les collines qui, de la Chambre d’Amour à la Bidassoa et de la Rhune au pic d’Anie, fait battre mon cœur plus fort. Las, cette année, point de festins de lumière blonde ou d’horizons changeants ! Aussi, pour sécher ses larmes fis-je appel à un compositeur français qui avait mis ce pays en musique. Non, ni l’austère Charles Bordes, ni l’obscur Raoul Laparra, ni notre cher Ravel dont la maison au pignon hollandais surplombe le quai de Ciboure et dont le Quatuor à Cordes, le Concerto en Sol et le Trio portent les marques de ce terroir, sans parler de la petite flûte du Boléro. Non, un messin d’origine, chef d’orchestre qui fait tant pour la musique de son siècle à la tête des Concerts Colonne et qui, fécond compositeur, écrit en 1908 une musique de scène pour le Ramuntcho de Loti, Gabriel Pierné (1863-1937).

Limoncello de Sorrente

Ramuntcho Suite n°1

Ramuntcho Suite n°2

Jesús Guridi, Eusko Irudiak, Cantata para coro y orquestra (1922)

Pierné, Quintette pour piano et cordes en mi mineur

Fandango du Padre Soler

Pierné, Divertissement d'après Viennoise, suite de valses et cortège-blues