JUAN DIEGO FLÓREZ - VIVA VERDI & CO !

La Philharmonie sous le charme de Juan Diego Flórez !

 

Airs de Rigoletto, Attila, I Lombardi, I due Foscari, La Traviata, Le Pays du Sourire, Paganini, Giuditta, Werther, Carmen, La Bohème.

Pages orchestrales extraites de Nabucco, Un Giorno di regno, La Traviata, La Damnation de Faust, Cavalleria rustivana.

Bis : Granada, chansons d'Amérique latine, Turandot.

 

 

Verdi & Co !, car Flórez n’a en fait interprété, dans la première partie du concert, qu’un florilège de son album Verdi (à paraître très prochainement) ne proposant au public ni Oberto, ni Les Vêpres siciliennes, ni Ernani.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La seconde partie, faisant un peu office de fourre-tout, a vu se côtoyer aussi bien Le Pays du sourire que Cavalleria Rusticana, Werther, Giuditta, la marche hongroise de La Damnation ou La Bohème.

Pour ce concert, le ténor péruvien était accompagné par une Deutsche Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz rutilante, placée sous la direction énergique de Jader Bignamini : le chef et l’orchestre ont été chaleureusement applaudis, notamment après une marche hongroise étourdissante.

 

Juan Diego Flórez est sans doute arrivé aujourd’hui au sommet de son art : après 25 ans de carrière, la voix est restée d’une fraîcheur étonnante et la technique est toujours suprêmement maîtrisée. Pas de pyrotechnie dans le programme proposé, mais les airs retenus font valoir une maîtrise du souffle exemplaire (la première phrase du « Questa o quella » coule de source, sur une seule tenue de souffle !), surtout dans le répertoire italien de la première moitié de l’ottocento – le souffle se faisant légèrement plus court quand le répertoire s’alourdit. On admire également un legato que rien ne semble pouvoir entraver, une projection d’une facilité déconcertante , des aigus éclatants. En revanche, les couleurs vocales, splendides, offrent une palette quelque peu limitée, l’art du clair-obscur et le chant piano ou pianissimo ne comptant pas parmi les points forts du chanteur – la nuance piano étant presque exclusivement sollicitée en fin de phrase, pour éteindre poétiquement ladite phrase ou l’air. Au total, on a parfois l’impression d’une forme de perfection, mais de perfection un peu attendue… Entendons-nous bien cependant : ces quelques petits reproches concernent encore une fois un art exceptionnel et exceptionnellement maîtrisé ! Intelligemment, Flórez choisit, dans le répertoire verdien, les rôles les plus légers, pour l’essentiel d’école encore belcantiste. Il s’y montre fort à son aise, au point que l’on déplore certains choix un peu paresseux : celui consistant à supprimer systématiquement les reprises dans les cabalettes – quand ce n’est pas la cabalette entière qui disparaît (l’électrisant « Possente amor mi chiama » du duc de Mantoue aurait pourtant sans doute enflammé le public !), ou encore le fait de se taire pendant toute la conclusion de « O mio rimorso » (La Traviata) afin de préparer son aigu…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec les ans, la voix de Flórez, sans rien perdre de son éclat, a gagné une certaine épaisseur qui lui permet dorénavant d’aborder avec succès certains rôles plus lyriques. Ainsi José, mais plus encore Werther, chantés dans un français très pur, sont extrêmement touchants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’opérette viennoise est interprétée avec juste ce qu’il faut de cabotinage, ni trop, ni trop peu, pour donner à ces pages séduisantes toute leur saveur. Mais c’est surtout dans les rôles pucciniens, bien sûr très éloignés de ses emplois habituels, que Flórez crée la surprise. Ne cherchons pas à savoir si le ténor peut maintenant chanter La Bohème ou Turandot (pour ce second ouvrage… tous les doutes sont évidemment permis !), mais toujours est-il que son Rodolfo, lumineux, poétique, a convaincu jusques et y compris dans son envol lyrique « Talor dal mio forziere... », et que son Calaf (donné en bis), couronné d’un « Vincero ! » triomphant, fait crouler la Philharmonie sous les applaudissements !

 

Pourtant, contre toute attente, ce qu’on retiendra avant tout de ce récital, ce sont les bis au cours desquels le ténor, fidèle à son habitude, s’accompagnant lui-même à la guitare, a proposé un florilège de chansons d’Amérique latine, avec un chic, une tendresse, un sens des nuances irrésistibles. L’éclairage tamisé aidant, il a, par son chant raffiné et discret, transformé l’immense salle Pierre Boulez en un salon privé, pour un quart d’heure de poésie au cours duquel chaque spectateur a pu avoir l’illusion que les chansons s’adressaient à lui et à lui seul. Du pur bonheur !

 

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Christian Dresse

 La Traviata (aria e cabaletta) - Met, 15.12.2018

Juan Diego Flórez - "Pourquoi me réveiller", Werther

Cucurrucucú Paloma / Tomás Méndez

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