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SMETANA, LA FIANCEE VENDUE- Garsington Opera

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Opéra-comique en trois actes, livret de Karel Sabina, créé à Prague (Théâtre provisoire) le 30 mai 1866

 

Jusqu'au 29.05.2020. Sous-titres multi-langues disponibles

 

 

Une Fiancée très anglaise ...

 

DISTRIBUTION : 

 

Mařenka, la fille à marier   Natalya Romaniw

Jeník, son amoureux   Brenden Gunnell

Krušina   Peter Savidge                 

Ludmila   Heather Shipp

Kecal, le courtier marieur   Joshua Bloom        

Vašek, demi-frère de Jeník   Stuart Jackson

Mícha   Paul Whelan                                  

Háta   Anne-Marie Owens

Les comédiens

Monsieur Loyal   Jeffrey Lloyd-Roberts    

Esmeralda   Lara Marie Müller

Les artistes circassiens   Daniel Edwards, Joshua Frazer, Ludo Helin, Malik Ibheis, Anesta Mathurin, Jennifer Robinson

 

Garsington Opera Chorus, Philharmonia Orchestra, dir. Jac van Steen

Mise en scène : Paul Curran  

 

Spectacle enregistré en juin 2019

 

 

De 1989 à 2010, Garsington Opera a offert sa saison d’opéras estivale dans le domaine de l’extravagante Lady Ottoline Morrell, maîtresse de Bertrand Russell et protectrice de Bloomsbury que caricaturent les romanciers britanniques des années Vingt et Trente. Depuis 2011 l’organisation est transplantée dans le domaine de Wormsley, propriété de Mark Getty, co-fondateur de Getty Images, et sa saison se déroule dans sa grande boite en verre nichée au sein d’un cadre de verdure qui aurait suscité l’admiration de Jane Austen ou de Virginia Woolf. Est-ce pour cela que Garsington Opera propose des productions généralement apaisantes, certains dirons consensuelles, et d’autres d’un hédonisme coupable ? C’est le cas avec cette pimpante Fiancée Vendue, très anglaise, qui évoque les années Cinquante du premier ministre Macmillan.

 

La transplantation est convaincante et soignée : le portrait de la jeune reine Elizabeth II trône sur les murs de l’auberge de l’acte II, équipée de son traditionnel jeu de fléchettes, et les bibis des dames vous rappellent l’époque où une femme respectable se doit de sortir en chapeau. Deux adeptes de Bill Haley & His Comets et de leur  « Rock Around the Clock » (1954) en jeans, chemise à carreaux et banane, font irruption dans la salle de patronage où se déroule la fête de l’acte I. Elle rassemble tout un village et toutes les classes de cette société, de l’éleveur de porc malodorant à l’infirmière en chef en uniforme qui mène la polka autour de l’arbre de mai, comme dans le Tess de Polanski,  et des grosses bourgeoises au pasteur anglican avec son col en celluloïde. Un couple de garçons semble se former, au grand scandale de tous, allusion au Rapport Wolfenden publié en 1957 qui préconise la décriminalisation des rapports  homosexuels entre adultes consentants passibles des travaux forcés  depuis les procès d’Oscar Wilde en 1895. Lorsque se termine l’ouverture, hommage à celle des Noces de Figaro, tous sont en place pour une comédie qui s’affiche comme telle avec quelques échos de subversion bakhtiniens, si j’en crois l’importance donnée à la confection de sandwiches pour la fête pendant le long duo entre Mařenka et Jeník dans la cuisine attenante, et au gâteau à étage élaboré par une dame patronnesse que Mařenka massacre à coup de poings, indice d’une frustration face aux lourdeurs d’une société sclérosée dans ses principes et fonctionnements. L’art bien anglais, et élégant, de la litote.

 

Les parents de Mařenka, entweedés, ressemblent au Duc et à sa duchesse de Windsor, tels que la série The Crown nous les montre et la vêture de Vašek le bègue, tout en velours côtelé, rappellera aux plus de soixante ans le Lord Emsworth de P.G. Wodehouse, alors que son demi-frère Jeník, le fils mal aimé, porte lui aussi jeans et chemise à carreaux. Au final de  l’acte II, sa « trahison » lui vaut une douche à la bière, dont Hogarth chante les vertus en l’opposant au gin meurtrier au XVIIIe siècle, juste retour des choses puisqu’il mettait l’amour au-dessus de ce breuvage au début de l’acte et qu’il a vendu sa fiancée pour 300 florins. Kecal, le marieur, arbore le costume à rayures et la cravate voyante des mafiosi et des vendeurs de grosses voitures américaines et tout dans sa gestique et ses mimiques indiquent le maquignon endimanché. Joshua Bloom est parfait dans ce rôle exigeant, qui contient à la fois les graves d’Osmin dans L’Enlèvement au Sérail de Mozart et l’abattage du Baron dans Le Mariage Secret de Cimarosa. Les parents de Vašek, un grand maigre et sa boulotte d’épouse acariâtre, font nettement petit-bourgeois endimanchés en contraste avec ceux de Mařenka et se retrouvent pour le quintette de l’acte III finement mené.

 

La parade de cirque à l’ancienne de l’acte III a droit aux applaudissements mérités du public et les petits rôles d’Esmeralda et du Monsieur Loyal contribuent à l’harmonie musicale et visuelle du spectacle. Les parties de Mařenka, Jeník et Vašek ne sont pas spécialement virtuoses dans leur écriture mais on écoute avec grand plaisir Natalya Romaniw, Brenden Gunnell et Stuart Jackson, avec des jolies couleurs de voix et des aigus bien ronds. Tous ont ces talents d’acteur dont les compositeurs d’opéra-comique ou bouffe ont toujours rêvé et sont ici bien dirigés. Ne boudons pas notre plaisir à ce spectacle réjouissant et applaudissons avec le public cette comédie de l’amour triomphant.   

Cartouche    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka

© Christian Dresse

© Marc Ginot

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