Opéras en streaming

 

 

MOUSSORGSKI, La Foire de Sorotchintsi – Komische Oper Berlin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Opéra en trois actes, livret du compositeur d'après Gogol, créé le 16 mars 1911 à Saint-Pétersbourg en version de concert, puis le 12 janvier 1932 à Moscou en version scénique. 

 

Filmé le 2 avril 2017 à la Komische Oper de Berlin

 

 

DISTRIBUTION

 

Tcherevik, un paysan  Jens Larsen

Khivria, sa femme  Agnes Zwierko

Parassia, la fille de Tcherevik  Mirka Wagner

Gritzko, un garçon de ferme  Alexander Lewis

Afanassi Ivanovitch  Ivan Turšić

Vieil ami  Tom Erik Lie

Le Tzigane  Hans Gröning

Tchernobog, le dieu noir  Carsten Sabrowski

 

Chœur de la Komische Oper de Berlin, Vocalconsort Berlin, Orchestre de la Komische Oper de Berlin, dir. Henrik Nánási

Mise en scène  Barrie Kosky

 

 

 

 

 

Barrie Kosky fait sa tête de cochon à Berlin

 

 

Œuvre rare, La Foire de Sorotchintsi est tirée d’une nouvelle homonyme parue dans le recueil Les Soirées du hameau près de Dikanka (1830-1832) de Gogol. La partition, commencée en 1874, est malheureusement restée inachevée. Moussorgski, notamment, n’eut pas le temps d’orchestrer l’ouvrage, à l’exception de la splendide introduction. Divers auteurs tentèrent de compléter cet opéra-comique, mais ce sont le musicologue Pavel Lamm et le compositeur Vissarion Chebaline qui en proposèrent la version la plus aboutie, publiée en 1933. (Entretemps, l’œuvre avait été créée en version de concert à Saint-Pétersbourg).

 

L’intrigue mêle la sphère publique (le village ukrainien de Sorotchintsi est terrorisé par un diable qui y revient régulièrement sous la forme d’un porc pour tenter de récupérer la casaque qu’il avait laissée à un aubergiste, lequel l’a malencontreusement revendue pour quelques roubles) et la sphère privée, avec une histoire d’amour contrariée par la mère de la fiancée, personnage qui, par sa vulgarité, sa brutalité, son obsession sexuelle, ses adultères, le refus de rendre sa fille heureuse, cumule curieusement toutes les tares habituellement dévolues aux messieurs...

 

Musicalement, l’œuvre contient de très belles pages, à commencer par l’extraordinaire sabbat de l’acte III, La Nuit sur la mont Chauve, dont le sabir rappelle irrésistiblement celui du chœur infernal de La Damnation de Faust ! Le couple d’amoureux Gritsko et Parassia se voit confier les pages les plus touchantes de la partition, Parassia notamment, qui interprète au dernier acte un fort bel air, « Ne sois pas triste, mon bien-aimé », plainte mélancolique à l’écriture vocale assez tendue mais à laquelle Mirka Wagner parvient à conférer souplesse et douceur. Quant au ténor Alexander Lewis, on l’a curieusement chargé de chanter, au début du troisième acte, le superbe premier des quatre Chants et danses de la mort de Moussorgski, la fameuse  "Berceuse"  au cours de laquelle la mort tente d’arracher un enfant des bas de sa mère (un dialogue à trois dont la noirceur et le caractère tragique font comme un pendant russe du Erlkönig de Goethe…); le chanteur s’en acquitte admirablement, dans une interprétation tantôt recueillie, tantôt habitée, avec une caractérisation vocale habile et sobre des différents  personnages. Le reste de la distribution fait preuve d’un engagement constant et d’une belle homogénéité. Le chef  Henrik Nánási défend au mieux cette partition lacunaire, et délivre notamment une lecture vraiment splendide de la fameuse Nuit sur le mont Chauve, secondé par des chœurs d’une implication scénique et vocale de tous les instants.

 

Quant au talentueux Barrie Kosky, est-il parvenu à conférer une colonne vertébrale, une urgence dramatique à cet opéra inachevé ? Oui, du moins en partie… L’œuvre étant fortement ancrée dans la culture russe (Moussorgski utilise dans sa partition de très nombreux thèmes issus de chansons ukrainiennes), le metteur en scène a eu le bon goût de ne pas céder à la tentation d’une transposition de l’intrigue dans le monde des finances, une classe d’école primaire ou une banlieue défavorisée. Les personnages portent des costumes typiquement slaves, ce qui n’engendre pas pour autant une vision folklorique désuète et plus ou moins ridicule, ni n’exclut un travail sur le jeu d’acteurs - comme toujours remarquable avec ce metteur en scène. La nudité recherchée du plateau permet de beaux contrastes avec l’effervescence des scènes chorales, notamment le banquet de La nuit du mont Chauve, envahi de porcs qui sont autant d’incarnations du démon. L’utilisation du rideau de scène n’est ni un tic, ni une facilité à laquelle on recourt pour changer le décor : elle permet de distinguer habilement les scènes oniriques du monde réel, ou encore d’opposer le monde de l’introspection de la sphère publique.

 

Bref, tout est pensé, et mis en œuvre avec vrai sens du théâtre. Pourtant, malgré tous ces efforts, malgré également (à moins que ce ne soit à cause de ?) l’ajout d’autres pages musicales de Moussorgski ou de Rimski-Korsakov, l’ensemble ne manque pas de paraître légèrement bancal ou déséquilibré, avec notamment une première partie qui traîne un peu en longueur et présente des personnages auxquels on met du temps à s’attacher… Il n’empêche : si vous souhaitez découvrir cette œuvre – et elle le mérite !  –, cette version de la Komiche Oper est hautement recommandable !

 

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka

© Christian Dresse

© Marc Ginot

© Marc Ginot