Un Barbier dont les interprètes sont chaleureusement applaudis

tour à tour à Tours

Opéra de Tours, représentation du mercredi 29 janvier 2020

 


DISTRIBUTION


Figaro Guillaume Andrieux
Comte Almaviva Patrick Kabongo
Bartolo Michele Govi  
Basilio Guilhem Worms

Fiorello Nicholas Merryweather

Ambrogio et Notaire Thomas Lonchampt

Rosina Anna Bonitatibus
Berta Aurelia Legay

 

Choeur de l'Opéra de Tours ; Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours, dir. Benjamin Pionnier
Mise en scène, décors et costumes Laurent Pelly

 

 

Crédits photographies : Sandra Daveau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Barbier de Séville de Laurent Pelly, déjà vu au Théâtre des Champs-Élysées en 2017 et ayant fait l’objet d’une captation vidéo, n’est pas à compter au nombre des réussites les plus éclatantes du metteur en scène français. Sans être indigne (loin de là !), le spectacle souffre d’une scénographie qui se révèle être, au fil du spectacle, une fausse bonne idée. Le décor, constitué d’immenses pages de partitions, présente un double inconvénient : celui de paraître possiblement interchangeable (ce dispositif pourrait tout aussi bien être utilisé pour La Cenerentola que … pour tout autre opéra ou spectacle musical !) ; celui, également, de limiter considérablement les possibilités de déplacements des chanteurs, contraints (au premier acte surtout) d’évoluer essentiellement à l’avant-scène. Certains procédés enfin paraissent un peu éculés (les choristes se déplaçant en cadence, faisant tous les mêmes gestes au même moment,…) Restent bien sûr un sens du rythme certain, le sens du gag et une direction d’acteurs précise et efficace.

 

Musicalement, en revanche, c’est la fête ! Le mérite en revient avant tout à un orchestre en très grande forme et à la direction pleine d’allant, de précision et de vivacité de Benjamin Pionnier. Sans temps mort, sans précipitation excessive non plus, les tempi  choisis assurent au spectacle un rythme et une respiration naturels, servant au mieux l’imbroglio dramatique et musical minutieusement concocté par le compositeur et son librettiste. Quant au  pianoforte de Frédéric Rouillon, malicieux, tonique, il converse avec les chanteurs avec une complicité et une musicalité constantes.

 

La distribution réunie par l’Opéra est d’un équilibre rare. La Berta d’Aurelia Legay, très impliquée – et pas seulement dans on air du II – est absolument désopilante ! Michele Govi, qui chante relativement peu en France (il sera néanmoins bientôt Giacomo dans la rare Giovanna d’Arco de Verdi à Metz en juin prochain) est un Bartolo exceptionnel d’abattage (quelle maîtrise époustouflante du chant syllabique !) et de naturel. Guilhem Worms joue de sa longue silhouette pour conférer à Basilio un aspect tantôt drôle, tantôt inquiétant. Vocalement, son air de la Calomnie est superbement maîtrisé, de l’insinuation perfide de l’ « auretta assai gentile » à l’éclat du « colpo di cannone »,  du grave profond de « calpestato » à l’aigu éclatant de « va a crepar » ! Il remporte auprès du public un très grand succès.

 

Anna Bonitatibus est le charme et la musicalité incarnés. Ce n’est pas dans l’éclat de l’aigu ni dans les décibels qu’il faut chercher les points forts de la chanteuse. Ses qualités sont bien plus rares et plus appréciables : raffinement des ornementations, virtuosité délicate et expressive, musicalité de tous les instants. Ses vocalises, souples et déliées, nous reposent du chant constamment staccato façon « rafales de mitraillettes », et l’interprète nous rappelle très opportunément qu’il n’est nul besoin de surcharger la ligne d’effets plus ou moins appuyés pour être expressif.

Sauf erreur, l’Opéra de Tours est la première scène française à avoir offert à Patrice Kabongo un rôle rossinien : c’était l’an dernier, dans L’Italienne à Alger. Fort du succès remporté à cette occasion, le ténor revient cette année avec un rôle plus long, plus difficile… et triomphe. Peut-être est-il un brin tendu en début de représentation (même si son « Ecco ridente » est  délicieux de suavité et de tendresse), mais sa prestation ira en s’améliorant tout au long de la soirée, pour finir par un « Cessa di più resistere » absolument éblouissant, longuement applaudi. Aucun doute : Patrick Kabongo a gagné ses galons de ténor rossinien, et nous le retrouverons avec plaisir et grand intérêt dans Le Comte Ory qu’il chantera à Metz en avril prochain.

Pelléas à Dijon, Osman des Indes galantes à Versailles, Popolani de Barbe-Bleue à Marseille : Guillaume Andrieux est décidément un artiste très éclectique ! Son Figaro en tout cas est une très belle réussite, tant vocale que scénique. La projection possède l’éclatindispensable à ce peronnage de hâbleur un rien fanfaron, mais la ligne vocale est suffisamment souple pour se plier également aux difficiles vocalises du duo avec Rosine ou aux délicates nuances du trio « Zitti, zitti, piano, piano ». Scéniquement, l’interprétation, débordante de vie et d’énergie, est un régal !

 

Une représentation qui confirme le très bon rang tenu par l’Opéra de Tours parmi les scènes de province, tant pour le choix des titres proposés (les œuvres du répertoire y côtoient constamment quelques raretés) que pour la qualité des représentations.

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka

© Christian Dresse

© Marc Ginot

© Marc Ginot