Le Cabaret Horrifique -  Paris, Opéra Comique

 

 

 

 

 

 

PROGRAMME

 

CRAS, Cinq Robaiyat - Serviteurs n'apportez pas les lampes 

HÄNDEL, Furie terribili (Rinaldo

BELLE,Nosferatu 

SAINT-SAËNS, La danse macabre 

RAVEL, L'air du feu (L’Enfant et les sortilèges

WEILL, Alabama song 

GOUNOD, Scène de l’église (Faust

VIAN, Le tango des joyeux bouchers 

WEILL, Le grand Lustucru 

SCHUBERT, Le roi des aulnes 

WEBBER,  Le fantôme de l'Opéra 

DUBAS, Le tango stupéfiant 

RAMEAU, L’air de la Folie (Platée

LULLY, Armide et Hidraot (Armide)

PURCELL, Air du Froid (King Arthur

 

 

DISTRIBUTION

 

Judith Fa, soprano

Lionel Peintre, baryton

Marine Thoreau La Salle, piano

 

Mise en scène : Valérie Lesort

Lumières : Sébastien Böhm

 

Crédits photos : Fabrice Robin

 

 

 

 

 

 

 

Pour sa réouverture, après presque trois mois d’arrêt, l’Opéra-Comique a décidé de reprendre, pour quelques soirées, un spectacle pour le moins original et qui sort de sa programmation habituelle.  Dès l’arrivée à l’intérieur du théâtre, le ton est donné : pour accéder au spectacle, il faut suivre un sens de circulation indiqué par des têtes de morts. Nous arrivons alors, non pas dans la salle, mais sur la scène… À l’entrée, un cadavre sanguinolent est pendu au bout d’une corde et mis dans un sac plastique ; un ventilateur, en fond de scène, diffuse une fumée assez opaque, que l’on retrouvera également dans la salle ; une lumière blafarde éclaire le lieu, même si règne plutôt une pénombre inquiétante. Le tout crée une sorte d’ambiance à la « gothique ». Le public, peu nombreux – respect des normes sanitaires oblige –, est installé sur six rangées de chaises qui peuvent rappeler la configuration d’une salle de cinéma. L’ample rideau rouge est encore fermé, mais le spectacle va commencer sous peu. Sur scène, quatre personnages : deux chanteurs, une pianiste et une bruiteuse ; un piano sur lequel est posé un bougeoir, une bouteille de gel hydro-alcoolique ainsi que des lingettes désinfectantes ; une petite table avec un crâne, qui a pu nous évoquer le « Memento mori » ; enfin, un petit orgue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schubert). On peut néanmoins saluer la performance des deux chanteurs qui trouvent de très beaux accents dans les différents répertoires proposés : beau Nosferatu de Marie Paule Belle ou encore un Grand Lustucru très lyrique et poétique, chargé d’émotion (interprétés par Judith Fa), ainsi que beaucoup de pathétique dans l’air du Froid du King Arthur de Purcell où Lionel Peintre est éclairé par une lampe-torche tandis que tombent sur lui des flocons de neige. Dans ce spectacle, on ne tire pas sur la pianiste, mais on essaie de s’en débarrasser au moins à trois reprises : on l’étrangle et on l’égorge, on lui casse une bouteille sur la tête ou pire encore, on lui arrache le cœur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est donc un spectacle plutôt plaisant, drôle parfois, et bien mené qui permet au théâtre de l’Opéra-Comique d’achever, avec une touche excentrique et un grain de folie, sa saison interrompue.

 

 

Nathanaël Eskenazy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka

© Christian Dresse

© Marc Ginot

© Marc Ginot

gallery/cabinet
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Le spectacle que met en scène Valérie Lesort relève du tour de chant typique de l’esprit du cabaret, où l’on joue aussi la comédie, mais dans lequel on trouve de nombreux clins d’œil qui créent une connivence avec le spectateur. Dès le lever de rideau, nous sommes plongés dans une ambiance angoissante. Quelle est donc cette mélodie qu’égrène la pianiste ?... Oui ! Il s’agit du générique de L’Exorciste de William Friedkin et le spectacle s’achèvera sur quelques pas de danse bien chaloupés avec Thriller de Michael Jackson, qui, pour l’occasion, est revenu d’entre les morts… La metteuse en scène fait aussi la part belle à la parodie. Ainsi, le début de ce Cabaret Horrifique s’ouvre-t-il également sur une réécriture pour le moins osée : prendre L’Invitation au voyage de Duparc en lui accolant les paroles de La Salsa du démon ! Il s’agit donc bien, pour Valérie Lesort, de nous convier à un voyage musical comme en témoigne la variété des nombreux extraits musicaux. On saute à la fois les époques et les genres et c’est pour ainsi dire toute la musique qui est représentée : opéra, lieder, chanson, comédie musicale. Les chanteurs Judith Fa et Lionel Peintre, grimés comme dans la famille Adams, nous offrent quelques beaux moments musicaux même si l’on peut trouver parfois quelques faiblesses vocales : des aigus qui craquent, une intonation qui, quelquefois, fléchit (notamment dans Erlkönig de

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Valérie Lesort référence de manière assez habile son spectacle qui, à la fois, tient de la fête macabre et, par son aspect un peu sanguinolent (pensons aux paroles du Tango des bouchers de Boris Vian chanté par Lionel Peintre avec beaucoup de gouaille, aux mains tachées de sang des chanteurs), rappelle l’esprit du théâtre Grand-Guignol. Mais c’est aussi au cinéma qu’elle fait appel. L’orgue n’est pas sans évoquer de vieux films de vampire tout comme il peut rappeler aussi que l’instrument était très prisé dans les salles de spectacle en tant qu’instrument accompagnateur du film et qu’il servait, enfin, à intercaler des interludes. C’est le cas ici, où avant l’air de la Folie de Platée, la pianiste Marine Thoreau La Salle prélude une pièce dans un style qui peut rappeler Bach. On a  également été sensible aux effets de lumière bien choisis et à propos. C’est le cas par exemple avec l’Air du Feu, dans L’Enfant et les sortilèges de Ravel, où se succèdent des effets jaune-orangé tandis que l’on entend, grâce aux poils d’un balai placé très près du micro, le crépitement du feu. Si le spectacle est sur la scène, il est aussi dans la salle où évoluent les chanteurs : entrée fracassante, sous les projecteurs, de Judith Fa dans « Furie terribili » du Rinaldo de Haendel ou encore un Lionel Peintre qui, habillé d’un costume de squelette, se déhanche sur les rangées de la baignoire au son de La Danse macabre de Saint-Saëns.