Le Purcell Choir de Budapest au service du classicisme viennois

au Théâtre des Champs-Élysées

Théâtre des Champs-Élysées, concert du mercredi éç janvier 2020

 

Mozart Sancta Maria, Mater Dei K. 273
Albrechtsberger Domine, secundum actum meum
Werner Requiem en ut mineur
Mozart Ave verum corpus K. 618

 

Mozart Requiem K. 626

 

Emőke Baráth soprano

Anthea Pichanick contralto
Zachary Wilder ténor
István Kovács basse

 

Orfeo Orchestra

Purcell Choir

 

György Vashegyi direction
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est une soirée chorale que proposait le Théâtre des Champs-Élysées ce mercredi 29 janvier. Si le point d’orgue du concert est, bien entendu, le sublime Requiem de Mozart, si les quatre solistes choisis forment un plateau très homogène, c’est bien le Purcell Choir qui domine la soirée. Cet ensemble hongrois, fondé en 1990 par le chef Gÿorgy Vashegyi, collabore régulièrement avec le CMBV (dernièrement dans le très beau disque consacré à la tragédie lyrique Hypermnestre de Charles-Hubert Gervais) et est désormais une phalange de réputation internationale. Des voix claires, aussi distinctes que s’il s’agissait d’un ensemble de solistes, une interprétation raffinée et néanmoins expressive, tout était réuni pour servir les pages du classicisme viennois choisies ce soir.

 

Gÿorgy Vashegyi a apporté un grand soin à la composition du programme, donnant une grande cohésion à la soirée. Si chacun attend le Requiem de Mozart, les autres œuvres choisies ne sont pas pour autant purement décoratives. Les pièces exclusivement chorales paraissent un écrin idéal pour mettre en valeur le chef d’œuvre si dramatique du maître. Au demeurant, le concert progresse d’une douceur initiale, où domine les aigus (splendides voix des soprani et des alti), vers une gravité et une profondeur où se révèlent les pupitres des basses. À la douceur et à la rondeur de l’adoration de la Vierge succèdent les sombres inquiétudes de l’homme face à la mort. Le choix de jouer enchaînés le Sancta Maria, mater Dei de Mozart et le très rare Domine, secundum actum meum de Johann Georg Albrechtsberger fait des deux pièces les deux volets d’une même ferveur. À l’homophonie expressive qui caractérise l’œuvre de Mozart correspond un responsorium plus contrasté, où les voix sont soutenues par les magnifiques cordes de l’Orfeo Orchestra.

 

La première partie du concert s’achève avec le Requiem en do mineur de Gregor Joseph Werner, compositeur aujourd’hui à peu près oublié, maître de Chapelle de la famille Esterhazy avant Haydn lui-même. L’art du contrepoint, déjà présent dans la pièce de Albrechtsberger, caractérise cette œuvre aux sonorités relativement douces mais déjà contrastées. Le chœur est soutenu par de courtes interventions des solistes, déterminant un dialogue plein de spiritualité et d’expressivité. Les diverses voix se distinguent nettement et font entendre divers ensembles que l’on retrouve dans les combinaisons des solistes : de beaux duos entre le soprano (Emöke Baráth) et le contralto (Anthea Pichanick), ou entre le contralto et le ténor (Zachary Wilder). L’ensemble est d’un bel équilibre. N’oublions pas le baryton-basse hongrois Istvan Kovács dont les interventions scandent la progression dramatique de l’œuvre. Si l’œuvre est manifestement de facture moderne, elle n’est pas exempte de souvenirs baroques, notamment dans l’usage des vents, comme lors de l’Agnus dei où Zachary Wilder donne la réplique au chœur.

 

La grande douceur de l’Ave verum Corpus de Mozart, donné au début de la seconde partie du concert, rappelle celle de l’œuvre liminaire. Gÿorgy Vashegyi en fait une sorte de prélude au Requiem : le calme avant la tempête… Si les circonstances de la composition du Requiem demeurent mal connues, elles sont néanmoins fort loin de la légende exploitée par Miloš Forman. Mais son caractère éminemment dramatique s’accorde bien avec les sombres manigances prêtées à Salieri. C’est en fait le comte Walsegg qui le commande à Mozart, de façon anonyme, pour honorer sa défunte épouse. Avec cette œuvre, le Purcell Choir montre toute sa puissance et toute sa précision. La direction de Gÿorgy Vashegyi devient progressivement plus ample et plus opératique. Le chœur manifeste une palette de couleurs fort étendue : Rex tremendae dramatique, Recordare élégiaque, Confutatis sombre. Le travail d’orfèvre du chef se fait singulièrement entendre dans un Lacrymosa, soutenu par les plaintes des cordes. Les voix détachent chaque syllabe, refusant tout pathos facile. L’interprétation raffinée proposée par le chef hongrois a le grand mérite de ne pas accuser la gravité et la solennité de l’œuvre. C’est aussi l’occasion pour les solistes de se révéler pleinement. Les voix se répondent et se mêlent extraordinairement dans le Recordare, qui commence par un duo pour s’achever en quatuor. Les timbres sont délicats sans pour autant manquer d’expressivité, après une introduction orchestrale concertante. Après un puissant Agnus dei avec lequel le Purcell Choir témoigne une dernière fois de ses possibilités dramatiques, la soprano Emöke Baráth entame un Lux aeterna aérien et d’une grande clarté. Mais c’est bien le chœur qui aura le dernier mot.

 

 

 Patrice Gay

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Christian Dresse

© Marc Ginot

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