Dans l’atelier de Léonard

Concert de l’ensemble Sollazzo donné dans la cadre du cycle Voyage en Italie, donné le jeudi 21 novembre 2019 à l’auditorium du Louvre

 

PROGRAMME

Airs de Bartolomeo Trombocino, Marchetto Cara, Johannes Tinctoris, Alexander Agricola, Hayne van Ghyzeghem, Bartolomeo degli Organi, Johannes Ockeghem, Marbrianus de Orto, Jehan Molinet.

 

DISTRIBUTION

Perrine Devillers, soprano
Francisco Mañalich, ténor et vihuela de arco
Romain Bockler, baryton
Christoph Sommer, luth

Anna Danilevskaia, vihuela de arco et direction

 

 

 

Le cycle musical Voyage en Italie se poursuit à l’auditorium du Louvre (Première Loge a déjà rendu compte du très beau concert inaugural : Symphonie italienne). Jeudi 21 novembre, c’était à l’ensemble Sollazzo de proposer un programme rendant hommage à la musique italienne, avec un programme intitulé Dans l’atelier de Léonard. Le concert se présente comme un hommage à Atalante Migliorotti (1466 - 1532), assistant de Léonard de Vinci qui lui enseigna la musique. Atalante Migliorotti était, comme son maître, un génie polyvalent, puisqu’il fut chanteur mais aussi luthier, et il coordonna par ailleurs également les travaux de construction de la Basilique Saint-Pierre.

 

L’ensemble Sollazzo, fondé en 2014 par la vièliste Anna Danilevskaia, s’intéresse particulièrement aux musiques de la fin du Moyen Âge et du début de la Renaissance, et c’est précisément cette période charnière qui a été mise à l’honneur avec des compositeurs tels que Bartolomeo Trombocino, Marchetto Cara, Johannes Tinctoris, Francesco Spinacino,…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les airs proposés, tous composés sur des textes se présentant comme des discours ornés (métaphores, hyperboles, oxymores y sont légion !) sur la frustration, la contrariété, le désespoir amoureux (à l’exception de l’air final : « Tart ara », de Jehan Molinet), n’engendrent cependant dans leur succession aucune monotonie : les plaintes mélancoliques ou désespérées (« Vostre regard très fort m’a feru » de Johannes Tinctoris) y alternent avec des pièces plus vives, plus énergiques (« Vale diva » de Bartolomeo Tromboncino), ce à quoi il faut ajouter également la variété des interprétations, les morceaux étant assumés par un seul chanteur, interprétés en duo (« Amore, paura e sdegno » de Bartolomeo degli Organi), ou encore parfois chantés en trio (« Vale diva », « Tart ara »).

 

Quelques pages instrumentales (« La Spagna », extrait du Codex Bologna Q18, « J’ay pris amour » et « Tart ara » de Heinrich Isaac) permettent d’apprécier l’extrême raffinement et la grande pureté de style de Francisco Manhalich (vihuela de arco mais aussi…ténor), Christoph Sommer (qui a proposé, au luth, une très belle interprétation, pleine de délicatesse et de concentration, du Recercare de Francesco Spinacino) et Anna Danilevskaia (vihuela de arco et direction). Lorsque les instrumentistes accompagnent les chanteurs, c’est encore la grande délicatesse de leurs interventions que l’on admire, l’équilibre entre les voix et les instruments étant constamment préservé. L’excellente acoustique de l’auditorium permet en outre de ne rien perdre des nombreux raffinements interprétatifs offerts par les musiciens.

 

Cette qualité d’écoute entre les musiciens, instrumentistes et chanteurs, a fait merveille notamment dans « Amours amours » de Hayne van Ghyzeghem et Alexander Agricola, qui a donné à entendre une exceptionnelle variété de couleurs et d’intensités sonores. De même, la façon dont le « Amore, paura e sdegno » s’éteint progressivement et très délicatement (on entend d’abord les trois chanteurs, puis le seul ténor, puis la seule vihuela…) est particulièrement remarquable.

 

Les pièces vocales sont défendues par des chanteurs de grand talent. Le timbre de Perrine Devillers est d’une très grande pureté (belles attaques a capella, longues phrases mélancoliques et touchantes dans le « D’ung aultre amer »  de Johannes Ockeghem), et se pare immédiatement de la juste émotion requise par l’air interprété. On ne perd rien des plus subtiles nuances qu’offre le chant du ténor Francisco Manhalich, voix claire et émouvante, capable d’aigus lumineux et très tendres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le concert a été accueilli avec enthousiasme par un amphithéâtre bondé !  Nous attendons la suite du cycle avec impatience, notamment le « Rossini à quatre voix » du Jeudi 6 février où nous pourrons applaudir Mariamielle Lamagat, Adèle Charvet, Mathys Lagier et Edwin Fardini.

 

 

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka

© Christian Dresse

L’ensemble Sollazzo

gallery/romain bockler 1

Quant au baryton Romain Bockler, qui vient tout juste de remporter le prix « Teatro San Cassiano » de la meilleure interprétation d'une pièce du XVIIe siècle au concours Voci Olimpiche de Vicence, il fait entendre un timbre d’une rondeur exceptionnelle, chaud et velouté sur l’ensemble de la tessiture, ainsi qu’un art de la nuance et du phrasé remarquable.