Tours, les Concerts d’Automne : un rendez-vous annuel désormais incontournable !

 

En à peine quatre ans, les Concerts d’automne de Tours se sont imposés comme l’un des rendez-vous incontournables de la rentrée musicale. Rencontre avec leur directeur, Alessandro Di Profio, qui revient pour Première Loge sur l’histoire de cette manifestation musicale, sa ligne directrice, et l’édition 2019 – qui s’ouvrira vendredi prochain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Comment sont nés les Concerts d’automne ? Comment êtes-vous parvenus en si  peu de temps à les rendre visibles et à imposer leur présence dans le paysage musical des rentrées et des ouvertures de saison ?

C’est une manifestation relativement récente, c’est vrai, puisqu’il s’agit cette année de sa quatrième édition. Lorsque l’idée m’est venue, je travaillais à Tours en tant qu’enseignant-chercheur, et j’ai eu très vite le sentiment qu’il y avait dans la ville et dans la région un potentiel important, artistique en général, musical en particulier. Je suis tout simplement allé frapper aux portes, tout, après, est affaire de conviction, de volonté, de ténacité, de rencontres également. Très vite, Natalie Dessay a accepté de parrainer l’événement, et nous avons été entourés de volontaires qui ont beaucoup aidé et aident encore notamment pour ce qui relève de l’organisation pratique des choses.

 

 

  • Et vous avez d’emblée frappé fort, puisque dès les premières éditions sont venus le Concerto Köln, Vivica Genaux, Jordi Savall, Natalie Dessay,  Philippe Jaroussky, Vincent Dumestre et Le Poème harmonique, Ann Hallenberg l’an dernier, ou Julia Lezhneva et la Cappella Mediterranea !

Pour que l’événement n’apparaisse pas comme « un festival de plus », ni ne soit noyé dans les événements artistiques de la rentrée,  j’ai tout de suite souhaité établir une programmation exigeante et inviter des artistes renommés. Et cela a payé. Le public a immédiatement répondu présent. Bien sûr, nous avons beaucoup de personnes de la région qui assistent aux spectacles et c’était l’un des buts que nous poursuivions en créant les Concerts d’automne. A Tours, les spectateurs sont très exigeants ! Mais le public est également de plus en plus national, voire international.

 

 

  • Outre les programmes originaux et les affiches prestigieuses, n’y a-t-il pas aussi un concept, une « philosophie » si l’on peut dire qui sous-tendent les Concerts d’automne et auxquels le public adhère ?

Sans doute. Les Concerts d’automne, contrairement à ce que d’aucuns pensent et/ou affirment, n’est pas un festival de musiques anciennes et baroques, même si ces musiques ont toute leur place et sont très largement représentées dans notre programmation. Mais le concept que nous défendons est plutôt celui de concerts « historiquement informés ». C’est-à-dire de concerts qui renouent ou tentent de renouer avec l’esthétique, les modalités d’interprétation, les contextes artistiques qui étaient ceux des œuvres exécutées. Or cette conception s’applique bien sûr aux œuvres de toutes les périodes, y compris, par exemple, celles du XIXe siècle. Voilà pourquoi, l’an dernier, Vivica Genaux a proposé un spectacle autour de la chanteuse Pauline Viardot – un spectacle qui a remporté un grand succès et qui sera repris à Salzbourg l'an prochain ; voilà pourquoi, cette année, nous proposons la Petite Messe solennelle de Rossini, dans les conditions d’exécution qui étaient celles de sa création. 

 

 

 

  • Puisque vous évoquez Pauline Viardot et le concert de Vivica Genaux au cours duquel elle a chanté quelques airs d’opéras (Orphée, Cenerentola, Otello,…), serait-il envisageable un jour d’assister à une représentation d’opéra dans le cadre des Concerts d’automne ?  

Bien sûr, nous y songeons, et toujours dans cette optique de « représentations historiquement informées ». Mais il y a un Opéra à Tours, aussi, si nous devons un jour proposer un ouvrage lyrique, cela se fera en partenariat avec cette institution. Il ne s’agit pas d’empiéter sur le terrain des uns ou des autres, mais plutôt de travailler ensemble en mutualisant nos compétences et nos expériences ! 

 

 

  • Parlez-nous de la programmation de cette année… Il y a des titres d’œuvres ou de concerts étonnants ! 

Peut-être songez-vous au « Concert dans le noir » qui aura lieu samedi 12 octobre au Théâtre Olympia ? C’est un projet qui me tient particulièrement à cœur… Le concept est un peu insolite : la salle sera plongée dans le noir, à l’exception d’un faible éclairage pour que les musiciens puissent suivre les partitions ; les spectateurs seront masqués. Peut-être, sans aucune source visuelle venant perturber l’audition, la qualité de celle-ci s’en trouvera-t-elle décuplée ? Toujours est-il qu’en fait, l’objectif de ce concert est également humanitaire : il est organisé en collaboration avec une équipe d’ophtalmologues, et les bénéfices seront entièrement reversés au fonds de dotation du CHU de Tours. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Côté voix, il y a cette année la venue de la soprano canadienne Karina Gauvin… 

Oui, nous sommes très heureux de l’accueillir dans un concert  intitulé « Gala Mozart and friends ». Elle sera accompagnée par le Concert de la loge. Julien Chauvin dirigera et sera au violon, Justin Taylor au piano-forte. Mais il y a encore bien d’autres surprises : un Didon et Énée de Purcell avec Consonance, un concert consacré à « L’Âge d’or musical à Saint-Marc de Venise » confié aux Traversées baroques, un autre consacré à Heinrich Schütz avec l’Ensemble Jacques Moderne, un autre à la « Musique traditionnelle et baroque d’Espagne et d’Amérique latine » grâce à L’Arpeggiata, un oratorio de Haendel (Il Trionfo del Tempo et del Disinganno avec la participation des Accents )… Le programme complet est bien sûr en ligne ! 

 

  • Longue vie aux Concerts d’automne cher Alessandro Di Profio ! Un souhait pour conclure ? 

Que l’aventure continue et satisfasse les attentes d’un public toujours plus nombreux et passionné !

 

  • Rendez-vous vendredi 11 octobre pour le concert d’ouverture : « Mozart and friends » !

 

 

Propos recueillis par Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alessandro Di Profio présentant l’édition 2019 des Concerts d’automne en conférence de presse.

gallery/degout.stephane.1.-c-jean-baptiste-millot

Simon-Pierre Bestion et Alessandro Di Profio

gallery/capture d’écran 2019-10-08 à 22.07.23
gallery/capture d’écran 2019-10-08 à 22.07.41
gallery/c autom
  • Et qu’est-ce que la Grande Messe de Requiem pour Charles Quint qu’interprétera l’ensemble vocal et instrumental La Tempête dans l’église Saint-Julien (le 19 octobre) sous la direction de Simon-Pierre Bestion ?

C’est une œuvre qui, en fait, n’existe pas… Mais Simon-Pierre Bestion a imaginé quel aurait pu être l’office funèbre de Charles Quint en 1558, et a donc choisi pour ce concert des musiques de son temps : nous pourrons ainsi entendre des extraits d’œuvres de Clément Janequin, Mateo Flecha, Pierre de Manchicourt, Nicolas Gombert, Juan del Encina, etc. Là encore le concept est étonnant… C’est l’histoire de la rencontre de plusieurs cultures. Et ce sera sans doute l’occasion pour le public de faire un voyage dans le temps et de découvrir de splendides pages musicales.