20 ans de "Folies Françoises" : un beau cadeau d’anniversaire salle Gaveau !

 

Salle Gaveau, concert du vendredi 17 janvier 2020

 

DISTRIBUTION

 

Maïlys de Villoutreys (soprano), Anthea Pichanick (contralto), Elodie Hache (soprano), Paul Agnew (ténor), Sébastien Droy (ténor), Pietro di Bianco (baryton-basse), Ana Yepes (danse)

 

Les Folies Françoises

Direction musicale et violon  Patrick Cohën-Akenine

 

PROGRAMME

Stabat Mater (Pergolesi); pages de Purcell, Corelli, Vivaldi, Campra, Händel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’affiche qui trône salle Gaveau ce vendredi 17 janvier promet au passant un Stabat Mater de Pergolèse joué par l’ensemble les Folies françoises, avec la participation de la soprano Maïlys de Villoutreys et de la contralto Anthea Pichanick, laquelle remplace au pied levé le contre-ténor Damien Guillon, souffrant.

 

En soi, la splendide pièce sacrée aurait presque pu constituer un concert, et l’exécution de ce soir aurait déjà comblé les spectateurs. Mais le programme révèle une surprise de taille : l’objet réel de la soirée est de célébrer les 20 ans des Folies françoises, un ensemble fondé par Patrick Cohën-Akenine (direction et violon) et ses deux complices de toujours Béatrice Martin (orgue et clavecin) et François Poly (violoncelle).

 

Mais un Stabat mater constitue-t-il la musique idéale pour souffler des bougies d’anniversaire ?... Manifestement, Patrick Cohën-Akenine s’est posé la question, car il est venu à l’entracte justifier pourquoi, au Stabat (une commande du théâtre, que nous lui savons gré d’avoir acceptée !), il s’est senti obligé d’ajouter - pour le plus grand bonheur des spectateurs ! -, une seconde partie riche et très variée, brossant en définitive un véritable parcours de la musique baroque européenne.

 

Ce petit speech est l’occasion pour Patrick Cohën-Akenine de revenir avec émotion sur le parcours des Folies françoises, ses choix artistiques depuis la création, sa démarche inclusive et pédagogique qui consiste à mêler les générations et à intégrer dans sa formation de jeunes musiciens, dont certains sont ses étudiants, et à inviter régulièrement des chanteurs chevronnés (tel Paul Agnew, qui chantera dans la seconde partie) mais aussi de tout jeunes chanteurs, auxquels il offre l’occasion de mettre leurs talents en lumière.

 

Musicalement, la première partie (le Stabat mater) est très bien servie par la soprano Maïlys de Villoutreys (une habituée des Folies françaises), mais aussi par la contralto Anthea Pichanick, qui chante avec les Folies françoises pour la première fois et nous fait bénéficier de son timbre opulent et chaud.

 

La seconde partie alterne des scènes faisant intervenir l’intégralité de la formation musicale ou l’ensemble des chanteurs de ce soir (les deux chanteuses du Stabat, auxquelles se joignent les ténors Paul Agnew et Sébastien Droy, la soprano Élodie Hache, et le baryton-basse Pietro di Bianco), qui permettent d’apprécier un beau travail d’équipe, et des morceaux virtuoses mettant en valeur leur interprète.

 

On entend tout d’abord de larges extraits de l’acte IV de The Fairy Queen ; Paul Agnew s’y illustre tout particulièrement, par son incarnation de la musique, la joie qu’il exprime, son chant raffiné et nuancé. Après l’Angleterre, l’Italie virtuose : nous entendons tout d’abord le Concerto grosso op. VI de Corelli, dans lequel Patrick Cohën-Akenine fait chanter son violon, puis le redoutable air de Vagaus dans la Juditha Triumphans de Vivaldi, remarquablement interprété par la toute jeune soprano Élodie Hache. Cet air de fureur est habité, incarné, et on est saisi par la maîtrise des vocalises, l’étendue de la tessiture, la tenue du souffle… la chanteuse reçoit des bravos amplement mérités.

 

Place à la musique française avec des extraits de "L’Espagne" de L’Europe galante de Campra. On retiendra surtout un air de Don Pedro, qui permet au ténor Sébastien Droy de déployer une voix très claire et saine, une diction naturelle, et une interprétation tout en douceur ; et la partie instrumentale  "Premier Air pour les Espagnols", prétexte à une prestation de la… danseuse avec castagnettes Ana Yepes, particulièrement applaudie !

 

Le concert se termine par quelques tubes incontournables de Händel. On y applaudit tout particulièrement Anthea Pichanick, qui incarne toute la noblesse de Zenobie dans Radamisto; l’air contrasté "Piangerò la sorte mia" de Jules César permet à Élodie Hache de déployer diverses facettes de son talent : médium solide dans les parties élégiaques, belle projection, et surtout vocalises impressionnantes dans la partie médiane de la page. Enfin, Pietro di Bianco interprète trois morceaux au cours de cette soirée. Les deux premiers sont "Next, Winter comes slowly" de The Fairy Queen, et "La nuit ramène en vain le repos" de L’Europe Galante de Campra, où la voix, servie par un français très intelligible, reste parfaitement homogène jusque dans des graves redoutables. Mais c'est dans l’air virtuose "Sibilargli angui d’Aletto" (extrait de Rinaldo) que Pietro di Bianco remporte son plus grand succès. Il faut dire que cette page met remarquablement en valeur ses différentes qualités : puissance, autorité de l’accent, longueur du souffle impressionnante, vocalises extrêmement soignées lui valent de la part du public de très chaleureux applaudissements !

 

Pour les bis, place à la Chaconne puis aux « Forêts paisibles » des Indes galantes, que chacun a sur les lèvres au sortir du théâtre et dont les échos retentissent jusque dans les couloirs de la ligne 13 !

 

François Desbouvries

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Christian Dresse

© Marc Ginot

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