Les Pêcheurs de Perles à l’Opéra Royal de Wallonie 

 

Théâtre de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège, représentation du 16 novembre 2019

 

Mise en scène Yoshi Oïda

Décors Tom Schenk

Costumes Richard Hudson

Lumières Fabrice Kebour

 

Leïla Annick Massis

Nadir Cyrille Dubois

Zurga Pierre Doyen

Nourabad Patrick Delcour

 

Orchestre et chœurs de l'Opéra Royal de Wallonie-Liège

Chef des chœurs Pierre Iodice

 

Direction musicale Michel Plasson

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Créés en 1863, Les Pêcheurs de Perles de Bizet montrent déjà pleinement cet engouement pour l’exotisme musical qui fut typique du théâtre lyrique français des dernières décennies du XIXe siècle. S’agissant bien évidemment d’un exotisme sans aucun réalisme mais plutôt d’un imaginaire onirique évocateur de mondes lointains, son ancrage géographique s’avère purement accessoire à la narration. Vue sous cette optique, l’approche essentialiste de Yoshi Oïda pour sa mise en scène se justifie par cette volonté d’indétermination, bien qu’elle soit trahie par les indications géographiques du livret et par les costumes, qui nous transportent dans un Sri-Lanka a-temporel. Cette (presque) absence de décor laisse plus d’espace à l’imagination et au rêve, car le metteur en scène conçoit la narration comme un long flash-back qui se déroule à rebours dans la mémoire de Zurga. On le voit apparaître au lever de rideau, seul, après avoir provoqué l’incendie dans la ville pour libérer Leila et Nadir, les deux amants sacrilèges, et sacrifier sa vie pour les laisser s’enfuir ensemble. L’action commence donc par son dénouement, nous invitant à suivre l’histoire à travers le regard de Zurga. Si l’idée du flash-back ne fonctionne pas de façon systématique pour tous les opéras, elle trouve ici son efficacité dans le langage même de Bizet, lequel a déployé un univers sonore vague et onirique, surtout au tout début de l’œuvre. Les personnages déambulent donc dans un néant pointillé de carcasses de bateaux en bois et de quelques petits accessoires de scène. Un minimalisme qui rehausse l’exigence du metteur en scène en ce qui concerne le travail sur la dramaturgie et la direction des acteurs. Nous pourrions affirmer que la mélodie de Bizet est déjà en soi un puissant directeur d’acteurs, et en effet l’orchestration légère et raffinée, l’enchaînement de mélodies larges et entraînantes, parmi les plus connues de l’opéra français, suffiraient pour que l'on sorte du théâtre pleinement satisfaits.

 

D’autant plus lorsque leur exécution est dirigée de façon impeccable par un Michel Plasson en grande forme, qui montre tout le poids de son expérience et la connaissance profonde d’une partition qui lui correspond à merveille. Par ses tempi lents et presque alanguis, Plasson sait exploiter la force de séduction de cette partition en respectant avec scrupule la première version de l’œuvre - d’après le manuscrit original de 1863 - et en la mettant au service de ses chanteurs comme seul un grand maître sait le faire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qui plus est, le chef était à son tour servi par un trio vocal de prestige. Si la Leïla d’Annick Massis reste encore une référence par la richesse de l’émission, la souplesse du style vocalisant et l’éclat sonore toujours impeccable dans les suraigus, son partenaire Cyrille Dubois se confirme comme l’un des meilleurs Nadir du moment, nous rappelant à plusieurs moments celui, inoubliable, d’Henri Legay. On reste émerveillé par la richesse du timbre, ainsi que par la grâce de la ligne de chant de cet artiste, qui lui permettent d’atteindre avec souplesse et beauté de son les limites de la tessiture aiguë de ténor.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’antagoniste Zurga, promu dans cette production au rôle de protagoniste, est interprété par le baryton liégois Pierre Doyen. Artiste doué d’une voix puissante, qui se développe surtout dans le registre grave, il peint avec transport un Zurga très convaincant, dont il développe le caractère tourmenté par la jalousie et le remords. Ses mouvements sur scène apparaissent sciemment dépourvus de grâce et présentent une certaine rudesse qui correspond bien au personnage. Une rudesse qui cède pour un instant, lors de son touchant duo avec Leïla, pour se transformer par la suite en rage violente, dessinant l’un des moments les plus hauts de l’œuvre. Très applaudi aussi le Nourabad chanté avec conviction et véhemence par la basse Patrick Delcour.

 

Le spectacle a été couronné par de longs applaudissement et nombreux rappels. Les artistes ont remercié le public par le meilleurs des moyens… le bis.

 

Raffaele D’Eredità

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Christian Dresse

© Stefan Brion

© Opéra Royal de Wallonie - Liège

© Opéra Royal de Wallonie - Liège

© Opéra Royal de Wallonie - Liège

Annick MASSIS - Cyrille DUBOIS

© Opéra Royal de Wallonie - Liège

Annick Massis

Pierre Doyen

© Opéra Royal de Wallonie - Liège

© Opéra Royal de Wallonie - Liège