Grandes Petites Noces au Théâtre des Champs-Élysées !

Opéra participatif Jeune Public - Théâtre des Champs-Élysées, représentation du vendredi 7 février 2020


 

 

DISTRIBUTION


Figaro Kamil Ben Hsaïn Lachiri
Le Comte Almaviva Gilen Goicoechea 

Basilio Pierre-Antoine Chaumien 

Chérubin Albane Carrère 
La Comtesse Almaviva Chloé Chaume 
Suzanne Tamara Bounazou 

 

Orchestre des Jeunes d’Ile-de-France, dir. Iñaki Encina Oyón

Mise en scène Gilles Rico

Traduction et adaptation du livret Henri Tresbel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ambiance spéciale ce vendredi matin au Théâtre des Champs- Élysées : c’est une matinée réservée aux scolaires, le public est donc exclusivement composé d’élèves, accompagnés de leurs professeurs. Le spectacle proposé est intitulé Petites Noces, d’après Les Noces de Figaro de Mozart. Les trois grandes heures de musique ont été réduites à 1h20, grâce à certaines coupures habilement et plutôt intelligemment pensées : Marcelline et Bartolo disparaissent (mais pas Basilio, qui conserve même son air), certaines pages célèbres également (le « Deh, vieni » de Suzanne, le « Hai già vinta la causa… » du Comte), certains da capo sont supprimés… Mais l’essentiel, et surtout l’esprit de l’œuvre originale sont là. Les récitatifs ont même été préservés, afin que les enfants soient sensibilisés à cette esthétique très particulière de l’opéra classique. Seule la langue italienne a été remplacée par la langue française : il ne s’agit pas de la version bien connue du XIXe siècle que l’on chantait encore (et que l’on enregistrait !) dans la première moitié du XXe siècle (celles et ceux de ma génération ont appris leurs Noces en fredonnant « Son excellence aime la danse », « Mon cœur soupire », « Douce image évanouie » ou « Viens cher amant » !), mais d’une nouvelle traduction, constamment respectueuse de la ligne mélodique.

 

D’une manière générale, c’est le sérieux de l’entreprise qui saute aux yeux : Les Petites Noces ne sont pas un spectacle « au rabais », monté à la va-vite pour un public moins noble que celui des adultes. Tout, c’est évident, a été minutieusement pensé et travaillé afin de satisfaire un public sans doute plus exigeant finalement que celui des « grands », car nécessairement peu familier du genre, et même peu habitué à « se poser » pendant plus d’une heure, sans possibilité de zapper ! Nous avons donc affaire à de vrais (et très beaux) décors et costumes, et à une vraie mise en en scène, vive, sans temps morts (signée Gilles Rico, qui avait déjà monté Un Barbier d’après Le Barbier de Séville sur cette même scène en 2018). Le metteur en scène fait de Chérubin le pivot du drame : adolescent d’aujourd’hui, il dévoile (littéralement !) les personnages et les éléments du décor, recouverts de draps blancs pendant l’ouverture. Les personnages, qui apparaissent tout d’abord comme des statues, s’animent peu à peu, et Chérubin se mêle à eux, tantôt comme acteur, tantôt comme spectateur distancié du drame.

 

Le plateau est d’une jeunesse et d’un dynamisme réjouissants. Albane Carrère est absolument crédible, scéniquement et vocalement, en adolescent dégingandé, facétieux et maladroit. Pierre-Antoine Chaumien, très présent (et très drôle) dans le rôle de Basilio, fait entendre un timbre clair et frais et remporte peut-être la palme de la diction la plus claire – même si cette qualité, encore plus essentielle, peut-être, pour les enfants que pour les adultes, est partagée par l’ensemble des chanteurs. Kamil Hsaïn Ben Lachiri et Gilen Goicoechea brûlent les planches en Figaro et Comte Almaviva. Le premier, irrésistible dans son costume rose avec sa houppette à la Tintin, mène le jeu et obtient sans difficulté la complicité des enfants dans son air ou dans le chœur « Folle jeunesse » (au cours duquel il parvient même, telle une rock star, à faire frapper des mains les enfants en cadence !). Le second se voit privé de son air, mais, presque constamment présent sur scène, il fait valoir de réelles qualités de timbre et de style. Chloé Chaume a ce qu’il faut de mélancolie dans la voix pour camper une Comtesse touchante (elle conserve son « Porgi amor » et son « Dove sono », en partie du moins), et Tamara Bounazou virevolte en Suzanne, à qui elle offre une voix ronde, charnue et fort bien conduite, au point qu’on regrette de ne pas l’entendre dans son air du quatrième acte.

 

C’est aussi et surtout grâce à Iñaki Encina Oyón que l’attention du jeune public ne se relâche pas. Avec des tempi toujours justes, un parfait équilibre entre la fosse (un Orchestre des Jeunes d'Ile-de-France à la fois vif et raffiné) et le plateau, une attention constante aux chanteurs, il donne au spectacle son rythme et sa respiration, et conduit d’une main de maître et avec un plaisir visible tous les enfants lorsque leur participation vocale est requise – ce dont ils s’acquittent avec talent et enthousiasme ! Mention spéciale enfin pour le pianoforte de Philip Richardson, alerte et assurant sans faiblir la continuité du drame. 

 

On se dit finalement, à l’issue du spectacle, que la même troupe pourrait sans doute présenter « LES » Noces de Figaro avec le même succès tant le résultat s’avère convaincant…

 

Bravo et merci en tout cas au TCE et aux artistes pour cette entreprise noble, utile...  et même nécessaire.  On attend l’édition 2021 avec impatience !

 

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Christian Dresse

© Marc Ginot

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