Lischen et Fritzchen et Un Mari dans la serrure,

où quand Offenbach invite Wachs aux Bouffes-Parisiens !

 

Studio Marigny, représentation du vendredi 28 février 2020

 

 

Thérézina/Lischen Adriana Bignagni Lesca

Bigorneau/ Fritzchen Damien Bigourdan

Piano Jean-Marc Fontana

 

Mise en scène Romain Gilbert

 

Crédit photos : Raphaël Arnaud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous recevons ce dimanche 1er mars 2020 un courrier de Madame Félicité Charmille (1805-1904), qui souhaite partager avec les lecteurs de Première Loge le plaisir qu'elle a éprouvé en assistant au specatcle actuellement proposé par les "Bouffes de Bru Zane" au Studio Marigny. Nous lui ouvrons bien volontiers nos colonnes.  P.L.

 

 

Chère Première Loge,

 

Pourriez-vous je vous prie signaler à vos lecteurs l’opportunité que leur donnent les « Bouffes de Bru Zane » de redécouvrir tout un pan de leur patrimoine musical ? Grâce à cette précieuse institution, dont les recherches, portant très exactement sur la période de ma vie terrestre, me touchent évidemment beaucoup, nous avons déjà pu redécouvrir récemment Les Deux Aveugles d’Offenbach, Le Docteur Miracle de Lecoq, Le Retour d’Ulysse d’Hervé, On demande une femme de chambre de Planquette, Faust et Marguerite de Barbier, … Or les Bouffes de Bru Zane proposent actuellement le délicieux Lischen et Fritzchen d’Offenbach (créé en 1863 aux Bouffes-Parisiens) précédé de Un Mari dans la serrure de Frédéric Wachs (dont la première eut lieu en 1876 à l’Eldorado, ce fameux café-concert du Xe arrondissement que vous avez rebaptisé « Comédia » il y a vingt ans… ). Et tout cela au studio Marigny,à l'endroit-même - ou peu s'en faut - où notre cher Jacques Offenbach ouvrit ses Bouffes-Parisiens le 5 juillet 1855 !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         

 

 

 

             Le Carré Marigny en 1855, soit l'année de l'ouverture des

             Bouffes-Parisiens par Offenbach

 

Quelle bonne idée d’avoir rappelé le souvenir de ce bon Frédéric Wachs... Je vis, de lui, Le Bel Adonis aux Folies-Bergère en 1872, Amour et Cor de chasse aux concerts des Porcherons en 1874 ou Grain-de Beauté au Théâtre des Familles en 1875, mais, je l'avoie, je ne connaissais point ce Mari dans la serrure ! Associer ces deux petites œuvres de Wachs et d’Offenbach m’a paru une excellente idée : la musique en est simple et drôle, même si l’écriture de Lischen et Fritzchen paraît un peu plus aboutie que celle du Mari dans la serrure, qui comporte cinq morceaux chantés très courts (un air pour chacun des deux interprètes et trois petits duos), précédés d’une brève ouverture. Je n’ai par ailleurs pas pu m’empêcher de penser, en écoutant cette oeuvre vendredi soir, que les librettistes de monsieur Wachs s’étaient plus ou moins inspirés du charmant Un Mari à la porte qu’Offenbach avait créé en 1859 aux Bouffes-Parisiens : l’œuvre ne met-elle pas également en scène un jeune homme se retrouvant enfermé dans l’appartement d’une jeune femme ?…

 

Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup ri vendredi soir ! Le comique des œuvres tient autant à la musique qu’aux livrets, dont l’humour est  particulièrement irrésistible : c’est un festival d’absurdités, de bouffoneries, de quiproquos et de coups de théâtre (dans Un Mari dans la serrure, le brave Bigorneau croit que sa voisine Thérézina est une meurtrière professionnelle alors qu’elle n'est en réalité qu'une simple comédienne répétant une scène de meurtre ; Thérézina pense quant à elle que Bigorneau est fiancé à Jacqueline, laquelle Jacqueline existe bel et bien mais est une guenon avec laquelle vit le jeune homme ; Lischen et Fritzchen découvrent qu’ils sont frère et sœur, avant d’apprendre finalement que Lischen est une enfant adoptée…)

 

Toutes mes félicitations au metteur en scène Romain Guilbert, qui assure au spectacle un tempo qui ne se relâche jamais. Il est en cela fort bien secondé par Adriana Bignagni Lesca et Damien Bigourdan, deux chanteurs-acteurs qui m’ont rappelé l’art de Zulma Bouffar et Désiré, aussi à l’aise dans les parties chantées que dans les scènes de théâtre. Le ténor possède une voix bien projetée et reste constamment compréhensible lorsqu’il chante. Quant à Adrianna Bignagni Lesca (NDLR : déjà appréciée à Bordeaux dans ce même  répertoire : elle y a proposé récemment un hommage à Offenbach avec la complicité de Marc Minkowski : Première Loge y était !), sa voix puissante et fort bien conduite devrait la destiner rapidement à des emplois plus exigeants, même si son sens de l’humour fait merveille dans ce répertoire léger.

 

Une soirée qui m’a fait revivre l’époque où, délaissant pour un soir Rossini, Berlioz et Meyerbeer, j’allais secrètement m’encanailler aux Folies-Bergère, aux Bouffes-parisiens ou à l’Eldorado… Merci aux « Bouffes de Bru Zane » de nous apporter ce brin de folie salutaire et de nous aider à affronter ainsi cette fin d’hiver en nous rappelant que grâce à la musique, « das Leben ist doch ein Plaisir ! »

 

Félicité Charmille

 

NB : Pour ce spectacle, notre rédactrice a bénéficié d'une invitation du Palazzetto Bru Zane, auquel Première Loge adresse ses remerciements.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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© Marc Ginot

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