Mélodies -  Dussaut &Covatti

Un disque rare, précieux et courageux !

 

 

Adriana González soprano

Iñaki Encina Oyón, Thibaud Epp piano

 

Audax Records (mars 2020)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils sont tous les deux passés par l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris (aujourd’hui l’Académie), et ont très récemment attiré l’attention des mélomanes, la première en remportant le premier prix du prestigieux concours Operalia l’été dernier, le second en dirigeant les très réussies Petites Noces (opéra participatif jeune public d’après Les Noces de Figaro) au Théâtre des Champs-Élysées. Ils signent ici leur premier disque.

 

Choisir un album de mélodies pour se faire connaître du public est une entreprise pour le moins courageuse. Mais elle l’est encore plus lorsque ces mélodies sont signées de deux musiciens quasi inconnus : Hélène Covatti (1910-2005) et Robert Dussaut (1896-1969), qui furent époux à la ville, professeurs au conservatoire de Paris et compositeurs (Dussaut remporta le premier Grand Prix de Rome en 1924 et composa dans presque tous les genres : symphonies, musique de chambre, mélodies, opéras,…)

 

Ce sont les noms de Fauré, Chausson, et surtout Duparc qui nous viennent à l’esprit lorsqu’on écoute la musique de ces deux compositeurs : on en retrouve, dans ces mélodies, certaines couleurs, certaines formes libres rehaussant l’intensité de l’expression, une tendresse fervente également, et dans tous les cas un accord intime entre l’expression musicale et la pensée ou les visions du poète. (Les textes, à l’exclusion d’un poème de Pétrarque, sont issus de plumes romantiques : Musset, Marceline Desbordes-Valmore ; parnassiennes : Sully Prudhomme ; ou symbolistes : Verhaeren, Régnier).  

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adriana Gonzalez n’est pas une inconnue pour les lecteurs

de Première Loge, qui suivent son actualité depuis plusieurs

mois maintenant. La jeune chanteuse d’origine

guatémaltèque apparaît plus que jamais comme l’une des

voix avec lesquelles il va falloir compter désormais.

Après son éblouissante Comtesse à l’Opéra de Nancy,

les dons et les qualités de la chanteuse se confirment :

voix longue, ample, puissante, capable de douceur et de

tendresse, ce soprano lyrique possède a priori tout pour

devenir dans quelque temps un très beau lirico-spinto et

faire merveille dans certains Puccini ou certains emplois

français… Elle pare ici la ligne vocale des mélodies et leur texte d’une féminité, d’une sensibilité et d’une poésie frémissantes. Sa Lauretta de Gianni Schicchi (le mois prochain à Tokyo) et sa Micaëla zurichoise (programmée en juillet) devraient rallier tous les suffrages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un disque rare, précieux, courageux, qui est aussi – comme toujours chez Audax Records, un très bel objet.

Et nous serions très curieux d’entendre maintenant un des opéras composés par Robert Dussaut, Altanima par exemple, créé au Grand Théâtre de Bordeaux (avec Berthe Montmart) l’année de sa mort, en 1969 ; ou encore sa Fontaine de Pristina (1) (drame lyrique en quatre actes - dont le musicien signa aussi le livret - qu’il composa lors de son séjour à Rome)...

 

 

Stéphane Lelièvre

 

 

(1) Deux mélodies de ce CD, Chant de joie et Pater noster, sont en fait issues de cet opéra.

 

 

Pour tout savoir des artistes et mieux connaître Robert Dussaut et Hélène Covatti :

Ecoutez ici leur podcast !

 

Pour se procurer le CD : 

https://www.audax-records.fr/adx13722

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Christian Dresse

© Marc Ginot

© Marc Ginot

L’impression générale qui se dégage de cette musique est celle d’une poésie sincère et touchante, dénuée de maniérisme, exhalant un charme prégnant, parfois envoûtant… Le mérite en revient aux compositeurs mais aussi aux interprètes, dont les qualités sont immenses. Iñaki Encina Oyón est à l’origine de ce projet. Nous le connaissions en tant que chef d’orchestre, mais nous découvrons ici ses talents de pianiste et d’accompagnateur, qui sont remarquables. La partie du piano, tantôt sobre, tantôt très développée, est impeccablement tenue dans sa triple fonction d’accompagner, de commenter ou de renforcer la ligne vocale ; et la parfaite complicité entre le pianiste et la chanteuse est de tous les instants (Iñaki Encina Oyón est secondé par le non moins talentueux Thibaud Epp, lui aussi un ancien de l'Académie, pour le difficile Les deux ménétriers, qui requiert quatre mains).