New York - Metropolitan Opera : At-home Gala

#TheVoiceMustBeHeard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec Ildar Abdrazakov, Roberto Alagna, Aleksandra Kurzak, Marco Armiliato, Jamie Barton, Piotr Beczała, Angel Blue, Lawrence Brownlee, Joseph Calleja, Javier Camarena, Nicole Car, Etienne Dupuis, David Chan, Anthony Roth, Stephen Costello and Yoon Kwon Costello, Diana Damrau and Nicolas Testé, Michael Fabiano, Renée Fleming, Elīna Garanča, Gunther Groissböck, Jonas Kaufmann, Quinn Kelsey, Isabel Leonard, Ambrogio Maestri, Peter Mattei, Archipelago, Erin Morley, Anna Netrebko, Yusif Eyvazov, Lisette Oropesa, René Pape, Ailyn Pérez, Soloman Howard, Matthew Polenzani , Anita Rachvelishvili, Golda Schultz, Nadine Sierra, Bryn Terfel, Hannah Stone, Elza van den Heever, Michael Volle, Sonya Yoncheva.

 

 

L’organisation d’un gala prestigieux réunissant les plus grands noms de l’art lyrique n’est pas en soi exceptionnelle de la part du Metropolitan Opera. Ce qui l’est beaucoup plus, c’est la forme qu’a prise le concert proposé hier soir (samedi 25 avril 2020), quatre heures durant (de 19h à 23h, heure française) : confinement oblige, c’est de leur résidence que les artistes ont  interprété les plus grands airs du répertoire, au cours d’un événement à la fois étrange, frustrant, émouvant, excitant, et dont on espère bien sûr qu’il restera unique dans l’histoire du Metropolitan. Le concert a été présenté en direct à la fois par le directeur général  Peter Gelb et par le directeur musical Yannick Nézet-Séguin, lequel a déclaré à plusieurs reprises et non sans émotion à quel point les musiciens de l’orchestre et les choristes du Met lui manquaient…

 

Soulignons tout d’abord la prouesse technique que constitue l’événement. Bien sûr, la qualité sonore fut parfois aléatoire, en fonction des moyens techniques dont disposaient les chanteurs ; mais les retransmissions, provenant des pays les plus divers (les États-Unis, la Suède, Malte, la France, l’Allemagne, la Géorgie, la Russie,…) se sont effectuées sans heurts et les échanges entre participants se sont déroulés dans d’excellentes conditions, sans les décalages qu’un tel événement pouvait laisser craindre. Ponctué de retours réguliers à New York, QG des opérations, le concert a consisté en une succession de passages de relais d’un chanteur à l’autre, d’un pays à l’autre, donnant à l’événement un côté « Eurovision » sympathique et bon enfant. À plusieurs reprises – pour l’Intermezzo de Cavalleria rusticana, ou encore le prélude du troisième acte de Lohengrin, c’est l’orchestre au complet, voire l’orchestre et les chœurs du Metropolitan – pour un « Va, pensiero » particulièrement émouvant – qui ont été réunis (séances pré-enregistrées),  chaque musicien, muni d’un casque ou d’écouteurs, jouant sous la direction de Yannick Nézet-Séguin, dirigeant lui-même de son appartement montréalais.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’atmosphère du concert fut, heureusement, très contrastée, évitant aussi bien un pathos trop lourd qu’une légèreté permanente, laquelle aurait semblé déplacée en ces circonstances. Au chapitre des pitreries, retenons celles de Roberto Alagna qui, pendant le duo avec Adina/Aleksandra Kurzak (L’Elixir d’amour), court de gauche à droite, d’avant en arrière, s’adresse à la caméra, grimpe sur une échelle, touche le plafond de son salon, se saisit d’une guitare et entonne O sole mio

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le contraste est saisissant avec Elza van den Heever, chantant a capella, de Montpellier où elle réside, le nostalgique Heimwee de Stephanus Le Roux Marais, ou encore avec l’interprétation (a capella également) recueillie et poignante du « Somewhere » de West Side Story par Isabel Leonard, qui se fait beaucoup trop rare en Europe et particulièrement en France (elle fut une superbe Elvire de Don Giovanni au festival d’Aix en 2017). Le comble de l’émotion sera atteint avec l’hommage rendu à Vincent Lionti, altiste au Metropolitan depuis une trentaine d’années, et récemment décédé en raisons de complications dues au coronavirus. En hommage à ce musicien, Joyce DiDonato interprète un « Ombra mai fu » d’un recueillement et d’une sobriété poignantes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est amusant de voir dans quelle mesure les artistes ont joué ou non le jeu du « concert à mon domicile » : certains « reçoivent les spectateurs » en jeans et tee shirt, d’autres se sont vêtus comme s’ils se produisaient sur scène (Sonya Yoncheva) ; Diana Damrau, Nicolas Testé et leurs enfants nous reçoivent dans leur cuisine, Javier Camarena dans son appartement de Zürich (il remercie au passage ses « adorables voisins » qui l’ont laissé interpréter le splendide et redoutable air du Pirate à une heure si avancée !), Anna Netrebko dans un auditorium à Vienne (séance non live mais pré-enregistrée).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Concernant l’accompagnement, certains (rares) s’en passent et chantent a capella, d’autres bénéficient de la complicité d’un pianiste, d’une harpiste (Bryn Terfel, pour If I can help somebody d’Alma Bazel Androzzo), d’une violoniste (Stephen Costello, qui sera Faust à Bastille l’an prochain, chante « Salut, demeure chaste et pure » accompagné par le violon hautement expressif de sa femme Yoon Kwon Costello) ou… d’un accordéoniste – Peter Mattei, pour la sérénade de Don Giovanni !) ; d’autres s’accompagnent eux-mêmes au piano (Erin Morley) ; d’autres enfin utilisent une bande pré-enregistrée, ou sont accompagnés « à distance » par des musiciens d’orchestre.

 

Nous serons prudent sur la qualité des interprétations, en raison d’un son parfois un  peu fantomatique… Signalons malgré tout, outre les interventions déjà citées,  le courage de Lawrence Brownlee qui ose l’air d’entrée d’Arturo (Les Puritains), le « En vain j’espère » (Robert le Diable) éblouissant de Lisette Oropesa, le doux et mélancolique Londonderry Air délivré par un Matthew Polenzani très touchant, s’accompagnant lui-même au piano, l’émouvant « Rachel, quand du Seigneur » d’un Jonas Kaufmann en très bonne forme vocale, l’ « Ave Maria » d’Otello par une Renée Fleming au timbre étonnamment préservé, ou encore l’interprétation ébouriffante de La Fille du Régiment par Erin Morley, au français très clair et dont le timbre présente une rondeur et un moelleux assez rares chez ce type de voix (sur)aiguës. Très présente aux États-Unis et particulièrement à New York (ainsi que, dans une moindre mesure, en Allemagne ou en Autriche), voilà une artiste que l’on aimerait vraiment entendre plus souvent en France !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La soirée a été ponctuée d’appels aux dons (qu’il est possible d’effectuer en ligne, sur le site du Metropolitan). Le Metropolitan Opera se trouve en effet dans une situation financière très compliquée. L’annulation de la fin de la saison entraîne une perte de quelque 60 millions de dollars. L’institution a annoncé qu’elle ne paierait pas le cachet des solistes qui étaient engagés et qu’elle suspendait les salaires des musiciens de l'orchestre, des membres du chœur et des techniciens (1). L'American Guild of Musical Artists (2) s’alarme d’ « une situation psychologique et financière dévastatrice pour nos artistes », tout en reconnaissant « qu'il s'agit d'une période jamais vue » et en sachant gré à l’institution de « conserver la mutuelle santé pour ses salariés permanents. Nous sommes déçus, nous sommes en colère mais nous comprenons ». Peter Gelb, directeur général du Metropolitan Opera, renonce quant à lui à son salaire tant que durera la crise liée au coronavirus.

 

Stéphane Lelièvre

 

(1) Source : https://www.francemusique.fr/opera/coronavirus-le-metropolitan-opera-de-new-york-suspend-les-salaires-de-tous-ses-salaries-82458

(2) Syndicat national des chanteurs lyriques aux USA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roberto Alagna et Aleksandra Kurzak (L'Elixir d'amour)

Cavalleria rusticana (Intermezzo)

Lohengrin (Prélude acte III)

Nabucco

Isabel leonard ("Somewhere")

Joyce DiDonato ("Ombra mai fu")

Sonya Yoncheva (Rusalka)

Diana Damrau et Nicolas Testé (Don Giovanni)

Lawrence Brownlee, Les Puritains

Lisette Oropesa, Robert le Diable

Jonas Kaufmann, La Juive

Erin Morley, La Fille du Régiment

Javier Camarena (Le Pirate)