UN CONCERT LYRIQUE BRILLANT ET GÉNÉREUX (DANS TOUS LES SENS DU TERME !)  À L’OPERA DE NICE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Concert du vendredi 4 septembre 2020, Opéra de Nice

 

PROGRAMME

Extraits de Norma, Tosca, Andrea Chenier, Nabucco, Macbeth, Il Trovatore, Aida, La Forza del Destino, Rigoletto, La Traviata.

 

DISTRIBUTION

Gabrielle Mouhlen, soprano

Luciano Ganci, ténor

Giuseppe Altomare, baryton 

 

Thibaud Epp, piano

Cuivres de l’orchestre philharmonique de Nice

 

 

Soirée délirante à l’Opéra de Nice, en ce vendredi  4 septembre, à l’occasion d’un excitant concert lyrique entièrement consacré à des airs, duos et trio signés par quelques-uns des plus populaires compositeurs d’opéras de tous les temps : Vincenzo Bellini, Giuseppe Verdi – surtout –, Umberto Giordano et Giacomo Puccini.

 

Placé sous le signe de la solidarité – puisque ses bénéfices étaient intégralement versés au profit des ateliers thérapeutiques pour l’autonomie des personnes âgées du CHU de Nice –, et organisé, comme chaque année, par l’incontournable et toujours aussi dynamique Présidente de l’association l’Art pour la Vie, Melcha Coder, ce concert aura donné une énième preuve, en ces temps troublés de reprise progressive de l’activité des maisons d’opéras, de ce qui caractérise le mieux la profession d’artiste lyrique : la générosité.

 

De fait, pendant plus de deux heures, les ambassadeurs de cette soirée, le ténor Luciano Ganci, le baryton Giuseppe Altomare et la soprano lirico-spinto Gabrielle Mouhlen – qui nous a récemment accordé une interview et qui, pour l’occasion, fait ses débuts à l’Opéra de Nice – vont immerger un public conquis dans quelques-uns des ouvrages les plus incontournables du romantisme italien et du mélodrame fin de siècle, de Norma à Tosca en passant par Andrea Chenier, Nabucco, Macbeth, Il Trovatore, Aida et La Forza del Destino. Pour que ce voyage se déroule sous les meilleurs auspices, ces trois artistes trouvent en Thibaud Epp, pianiste répétiteur attitré de la maison, bien plus qu’un simple accompagnateur : un authentique maestro concertatore e di canto attentif à leur vocalité propre et gardant toujours à l’esprit que le programme choisi doit avant tout donner à entendre du théâtre chanté. C’est suffisamment rare pour ne pas y insister.

 

Afin de mettre en appétit le public, venu nombreux, et compte tenu de l’impossibilité sanitaire à faire pour le moment jouer toute la phalange, il revenait à la section Cuivres de l’orchestre philharmonique de Nice de donner un aperçu du caractère populaire de l’écriture de certains passages verdiens, allant du chœur des courtisans de Rigoletto à celui des gitanes de Traviata en passant par le « Di quella pira » du Trouvère et la marche triomphale d’Aida…Initiative fort louable ! Si, sur ce plan, le contrat est parfaitement rempli – Verdi ayant été adapté à maintes occasions, dès son vivant, par des « bandas » et autres fanfares et ayant lui-même composé pour ces dernières – on regrette cependant une relative timidité des instrumentistes –  trompette en particulier – et, sur certains passages, une mise en place pas totalement aboutie.

 

Mais l’essentiel, ce soir, est ailleurs et le tempo de la soirée est donné par Giuseppe Altomare, dès la superbe cantilène du comte de Luna, « Il balen del suo sorriso » (Il Trovatore), l’une des plus difficiles de tout le répertoire verdien.

Si le timbre manque peut-être de la couleur d’un authentique baryton Verdi, ce sympathique et rigoureux interprète – qui se produit pour la troisième fois dans le cadre de ce concert caritatif – chante avec goût et connaît, en véritable musicien, les pièges de ce répertoire qu’il sait éviter, délivrant ainsi des interprétations des airs de Macbeth (« Pietà, rispetto, amore ») et du Don Carlo de La Forza del destino (« Urna fatale ») totalement maîtrisées en termes de souffle, de legato et de contrôle du vibrato.

 

Il revient à Luciano Ganci, ténor que l’on a déjà eu le plaisir d’entendre sur la scène niçoise dans l’enthousiasmant Andrea Chenier d’ouverture de saison 2019-20, d’assurer une part considérable de ce programme particulièrement roboratif. Dès un « Celeste Aida », phrasé dans la grande tradition des ténors de la Péninsule, puis dans l’« Improvviso » de Chénier et le « lamento » de Tosca, nous retrouvons avec bonheur les qualités de style, de projection et de puissance d’une voix au timbre moiré magnifique, homogène sur tout l’ambitus et à l’aigu brillant. Si l’on y ajoute de très belles couleurs permettant une infinité de nuances et un constant souci de composer un personnage, même en seulement quelques phrases, on comprendra aisément que l’on tient en Luciano Ganci un ténor qu’il sera indispensable d’entendre dans les prochaines années dans les types de rôles dont il nous a donné un aperçu lors de ce concert. Rendez-vous donc est pris en mars-avril pour La Bohême sur cette même scène !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est là d’ailleurs un point commun qu’elle partage avec ses deux autres collègues dont le souci d’interprétation se manifeste avec un naturel confondant : c’est ainsi que dans le duo du 1er acte de Tosca (« Mario ! Mario ! ») soprano et ténor parviennent à mettre en relief le mélange de passion fiévreuse et de comique qu’on entend parfaitement dans la musique. De même, le bouleversant duo Alvaro-Carlo au dernier acte de La Forza del destino est interprété avec un souci d’urgence dramatique totalement adapté.

 

Mais c’est, selon nous, dans le trio final survolté du 1er acte du Trouvère « dirigé » du piano avec maestria par un Thibaud Epp qui en perçoit toutes les nuances et les soudains changements d’atmosphère, que l’on retrouve les principales qualités de cette soirée : une sorte d’alliance indéfinissable entre goût du beau chant, présence de la scène – même absente ! – et générosité des interprètes.

 

Que demander de plus ?

 

Hervé Casini

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Félicité Charmille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Christian Dresse

© Marc Ginot

Luciano Ganci , "E lucevan le stelle" (Tosca), 2019

Mais cette soirée, décidément excitante à plus d’un titre, nous a réservé une surprise de taille : la découverte d’une authentique voix de soprano lirico-spinto en la personne de la hollandaise Gabrielle Mouhlen. Artiste reconnue sur les scènes allemandes et italiennes, nous attendions impatiemment ce concert pour enfin l’entendre en France. Disons-le tout net : nous n’avons pas été déçus. Dans un programme inouï qui la fait passer avec une parfaite aisance et sans difficultés apparentes du raffinement puccinien (« Vissi d’arte ») aux écarts meurtriers de registre du récitatif d’Abigaille précédant le legato indispensable à l’air « Anch’io dischiuso » (Nabucco) et au lunaire « Casta Diva » (Norma), Gabrielle Mouhlen fait partie de ces artistes attachantes, finalement assez rares aujourd’hui, qui, face à leur public, paient toujours comptant et ont besoin de la scène pour pleinement donner le maximum d’elles-mêmes. Il en résulte des moments irrésistibles – dans le duo de Nabucco en particulier ! – où l’interprète parvient à mettre en cohérence moyens vocaux naturellement considérables et engagement dramatique impressionnant.

Abigaïle à Coblence (juillet 2020)