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RIMSKI-KORSAKOV, La Légende de la Ville Invisible de Kitège et de la Vierge Fevronia - Dutch National Opera

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Opéra en quatre actes, livret de Vladimir Nikolayevitch Belski, créé le 20 février 1907 à Saint-Pétersbourg (Théâtre Mariinski).

 

 

DISTRIBUTION :

 

Prince Iouri Vsevolodovitch   Vladimir Vaneev

Prince Vsevolod Iourievitch   Maxim Aksenov

Fevronia   Svetlana Ignatovich

Grishka Kouterma   John Daszak

Fiodor Poïarok   Alexey Markov

Huissier   Mayram Sokolova

Deux notables   Morschi Franz, Peter Arink

Joueur de Gousli   Gennady Bezzubenkov

Dompteur d'ours   Hubert Francis

Mendiant chantant   Iurii Samoilov

Bedyaï   Ante Jerkunica / Nikita Storoyev

Bouroundaï   Vladimir Ognovenko

Sirin   Jennifer Check

Alkonost   Margarita Nekrasova 

 

Choeurs du Dutch National Opera, Nederlands Concertkoor (Tatares, Acte II), OrchestreNederlands Philharmonisch Orkest, dir. Marc Albrecht

Mise en scène   Dmitri Tcherniakov

 

Orchestre et choeurs du Teatro alla Scala, dir. Michele Mariotti

Mise en scène David McVicar

 

 

Créé en 1907, La Légende de la ville invisible de Kitège et de la vierge Févronia est un ouvrage atypique comme l’indique son double titre qui mélange la légende de la ville de Kitège, engloutie ou rendue invisible à l’approche de l’invasion des Tartares grâce à l’intervention divine, mais dont les cloches se font toujours entendre, et celle de la vierge Févronia, une « sainte innocente » issue de la tradition russe, qui guérit le prince de la ville de Mourome et finit par gagner son amour. Le compositeur se plaignait du caractère édifiant et contemplatif du livret de cet opéra « liturgique » qui, comme les cantates de Bach, est saturé des noms de Dieu, du péché, de repentance, de foi, de persévérance, de fin des temps, d’invocations à la Vierge Marie, et présente les oiseaux du Paradis au visage féminin, Alkonost et Sirine, Grâce et Joie. Cela lui a valu le nom de « Parsifal russe » à cause des ressemblances entre le « Reine Tor » de Wagner et Févronia, dont la vision panthéiste englobe à la fois religion et nature, qui partage avec lui la compassion, innée chez Févronia, acquise chez Parsifal, et l’idée de la rédemption et du salut.

 

Les ressemblances s’arrêtent là. Dans sa forêt primitive, Févronia panse la blessure du Prince Vsevolod, blessé par un ours à la chasse qui, pour l’épouser, l’emmène à la ville de Kitège-la-Petite, monde en décomposition de la Foire aux Vanités où règnent argent, malveillance et dureté de cœur. Elle se fait insulter par un ivrogne malfaisant, Grishka Kouterma, à côté duquel Klingsor fait pâle figure. Blasphémateur, provocateur, ordurier, cruel et violent, surnommé l’Antéchrist, symbole d’une humanité déchirée de contradictions, démunie de tout sauf du désespoir, celle qui offre à la Russie ses premières révoltes avant ses révolutions, il contraste violement avec la fiancée pétrie d’amour, d’humilité et de confiance en Dieu. Et lorsque les Tartares envahissent la ville, interrompant les préparatifs des noces et massacrant ses habitants, c’est le traître Grishka qui accepte de les conduire à Kitège-la-Grande, accusant Févronia, enlevée par les Tartares, de ce forfait. Sa repentance tardive, alors que Févronia a réussi à fuir avec lui le camp tartare et qu’ils se retrouvent dans la forêt où Févronia habitait jadis, provient d’une peur irraisonnée qui entraîne sa folie et non d’une quelconque conscience de ses fautes. Et si Févronia retrouve au Paradis son fiancé, tué dans la bataille désespérée pour défendre Kitège-la-Grande, épargnée par l’intervention divine, sa médiation salvatrice, nourrie de son amour véritable pour toute créature, se solde par un échec.

 

Est-ce pour cela que Dmitri Tcherniakov nous donne un final désespéré ? Au lieu de son entrée dans la cathédrale au bras de son époux, sa Févronia, telle la Petite Marchande d’Allumettes, se retrouve sur le sol glacé de la forêt, après avoir rêvé d’un Paradis dont les coloris évoquent et la scène des Pèlerins d’Emmaüs de Rembrandt, avec une émouvante cérémonie du pain partagé entre Févronia, son époux, son beau-père, les habitants de la forêt entrevus à l’acte I et ici des êtres humains, la Grue (un enfant), l’Ours (un vieil homme) et l’Élan (une vieille femme), et les deux oiseaux, ici deux babouchkas échappées des files d’attente devant les magasins d’état d’autrefois. Mais il ne faut pas regretter l’absence de la cathédrale, des palais, des icônes, des lys et des cierges que demande Belski. Tcherniakov, qui a conçu les décors et en partie les costumes, ceux de nos contemporains, nous offre des images saisissantes et bouleversantes, aidé par des chanteurs jeunes et beaux. La soprano russe Svetlana Ignatovich-Aksenova incarne l’innocente Févronia avec une fraîcheur rayonnante et l’hymne à la nature de son chant d’ouverture dans cette forêt où elle est en empathie et harmonie avec toutes ses créatures vous émeut aux larmes. De même pour la scène où les animaux de la forêt et les deux oiseaux du Paradis lavent le corps transi et ensanglanté de Févronia, la revêtent d’une robe blanche brodée pour ses noces et la hissent sur un traineau fleuri pour l’amener à sa cabane. En contraste total avec ces tableaux à la douceur exquise et sans mièvrerie, la violence des scènes à Kitège-la-Petite, dans la représentation de la Foire aux Vanités comme dans celle du massacre de ses habitants et des rivalités entre Tartares, ici des terroristes anonymes de tout poil. Pas de miracle tel qu’on pourrait s’y attendre ou le redouter : dans une ancienne salle de spectacle où Kitège-la-Grande a installé son infirmerie, les femmes, les enfants et les vieillards s’asseyent au dernier rang et ferment les yeux, ne voyant pas les Tartares, qui ne les voient pas, invisibles. Globalement, comme le précisent les inserts qui précédent les deux premiers actes, le spectacle est au service d’une vision glaçante d’un monde qui se rue à sa perte suite à un cataclysme indéfini, sans peu d’espoir pour l’avenir.

 

Il faut vous dire pourtant que c’est un beau spectacle. La musique de Rimski-Korsakov, superbe, se plie à toutes les nuances du livret et en transcende les lourdeurs. Le plateau vocal est très convaincant et homogène avec une très fine direction d’acteurs qui évite tout hiératisme académique. Le Grishka de John Daszak est diabolique à souhait. Un seul bémol : le timbre du Prince Yuri, trop clair à mon goût, là où on attendrait volontiers une de ses grandes basses russes de légende aux graves généreux. Ne serait-ce pas volontaire ? Au lieu du hiératisme de la statue-colonne, l’être humain dans sa grande faiblesse.

 

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