Parsifal au musée à l’Opéra national du Rhin         

Opéra national du Rhin, Strasbourg, représentation du dimanche 26 janvier 2020

 

DISTRIBUTION

 

Amfortas Markus Marquardt

Titurel Konstantin Gorny

Gurnemanz Ante Jerkunica

Klingsor Simon Bailey

Parsifal Thomas Blondelle

Kundry Christianne Stotijn

Écuyers Tristan Blanchet, Thomas Kiechle, Claire Péron, Michaela Schneider

Filles-Fleurs Marta Bauzà, Julie Goussot, Claire Péron,  Michaela Schneider, Francesca Sorteni, Anaïs Yvoz

Chevaliers du Graal Gautier Joubert, Moritz Kallenberg

Voix du ciel Michaela Schneider

 

Chœur de l'Opéra national du Rhin

Chœur de l'Opéra de Dijon

Les Petits Chanteurs de Strasbourg - Maîtrise de l'Opéra national du Rhin

Orchestre philharmonique de Strasbourg

 

Direction musicale Marko Letonja

Mise en scène Amon Miyamoto

Décors Boris Kudlicka

Costumes Kaspar Glarner

Lumières Felice Ross

Vidéo Bartek Macias

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Opéra national du Rhin constitue un merveilleux écrin pour faire jaillir la musique d’outre-monde de Wagner. Certes, l’acoustique est excellente, mais c’est bien la direction de Marko Letonja qui permet aux amples phrases du compositeur allemand d’emplir tout l’espace. Dès le splendide Prélude, nous sommes emmenés dans un autre monde, un monde élémentaire, selon le terme de Wagner lui-même, dont les motifs sont appelés à se développer et s’organiser tout au long de la cérémonie lyrique. Au demeurant, Marko Letonja souligne, dans le programme, la gageure qui consiste à jouer Parsifal ailleurs que dans la fosse « mystique » du Festspielhaus de Bayreuth. Habitué des opéras du maître allemand, il relève haut la main le défi : à des cordes soyeuses, viennent se mêler et se fondre des cuivres – certes moins présents que dans le Ring – de telle sorte que l’OPS évite tout autant le mysticisme éthéré que la grandiloquence pompière qui caractérisent parfois l’interprétation de la musique de Wagner.

 

Wagner, un conteur. Le plateau se caractérise par une belle unité et les voix sont équilibrées.  Dès l’acte I, la basse Ante Jerkunica se distingue néanmoins de l’ensemble dans le rôle de Gurnemanz et semble porter le drame de Parsifal. Le timbre clair, le phrasé ample et profond tout à la fois, emportent le public dans le long récit des aventures du Graal religieusement conservé par les chevaliers de Montsalvat. Voilà une autre réussite d’un spectacle dont le lyrisme repose sur cet art du récit que Wagner aime tant exalter. À ses côtés, le roi blessé, Amfortas, fait presque pâle figure et si le baryton-basse Markus Marquardt relève honorablement le défi, on aurait aimé un peu plus de présence et de projection vocale.

 

La Juive errante et l’adolescent. Christianne Stotijn campe une Kundry tout à fait remarquable et convaincante, qui se dresse face aux chevaliers et que protège Gurnemanz. Elle forme avec Ante Jerkunica un très beau duo vocal. Son timbre grave et chaud traduit les ambiguïtés de cet être qui ne peut connaître le repos, mais désire plus que tout le rachat.

Lorsque Parsifal paraît, c’est un adolescent d’aujourd’hui que découvre le public. Le ténor Thomas Blondelle porte un sweat à capuche, un blouson et ne se sépare jamais de sa besace d’étudiant, tout en arpentant les salles d’un musée moderne. Ce parti-pris de la jeunesse, associé à une voix qui paraît peut-être trop claire au premier abord, surprend quelque peu, mais convainc assez vite le public. La naïveté de ce fol est en parfait accord avec ce personnage qui ne connaît pas même son nom. Thomas Blondelle n’en déploie que mieux ses capacités vocales dans l’acte II, qui est en grande partie constitué par le duo qu’il forme alors avec Kundry au sein du château de Klingsor (Simon Bailey). Alors qu’il paraissait céder aux caresses, il songe brutalement à la blessure d’Amfortas et sa voix se révèle puissante, avec une belle rondeur et une projection bien maîtrisée. Il n’est plus l’enfant naïf qui avait blessé le cygne au premier acte.

 

La nuit au musée. Si l’OPS évite toute grandiloquence, on ne peut en dire autant du propos confus du metteur en scène japonais Amon Miyamoto. Il est vraiment dommage que ce dernier n’ait pas su se tenir à un fil conducteur, tant l’espace scénique est encombré d’éléments disparates, tant les sources d’inspiration sont nombreuses. Certes, la musique de Wagner est empreinte d’un mysticisme certain, mais le syncrétisme qui le constitue ne peut se traduire en mêlant naïvement des éléments hétérogènes, de la peinture religieuse occidentale au grand singe issu du dieu-singe Shinto. Amon Miyamoto choisit en effet de transposer l’action de Parsifal au musée, lors d’une exposition intitulée « L’humanité ». La plupart des scènes à Montsalvat se situent dans un décor (de Boris Kudlicka) de toiles de maîtres qui représentent des Crucifixions et autres Dépositions. Mais pourquoi souligner à ce point cet environnement religieux et la dimension christique du drame déjà clairement formulée par le texte, voire par la musique ? Pourquoi également disposer les chanteurs de façon à composer sur scène des tableaux vivants semblables aux peintures religieuses des XVIe et XVIIe siècles ? Amon Myamoto montre de la sorte une belle maîtrise de la direction d’acteur, mais ces effets paraissent gratuits. Passons également sur les costumes de Kaspar Glarner, qui oscillent entre la guenille et le costume à l’antique. La confusion envahit dès lors un plateau qui n’a, de l’acte I à l’acte III, nulle véritable unité.

 

Science et mystère du monde. Certains moments plutôt réussis donnent le sentiment d’un rendez-vous manqué : les scènes de l’ostension du Graal (acte I) et de la guérison d’Amfortas grâce à la Sainte Lance (acte III) se passent dans une moderne salle d’opération, qui tient aussi du cabinet de curiosité, où s’affairent des savants. Ces scènes ont une certaine force. Konstantin Gorny y révèle d’ailleurs un Titurel plein d’autorité.

Le finale de l’acte I est tout particulièrement réussi. La musique, les voix des solistes et les chœurs, alors que les hommes de science œuvrent en silence, baignés d’une lumière bleue, tout cela restitue bien cette religiosité profane qui nimbe la musique de Wagner. Si les prêtres étaient autrefois les gardiens d’un insondable mystère, ce sont aujourd’hui les scientifiques qui s’y heurtent. Les ensembles vocaux se font merveilleusement échos : les voix du chœur de garçons (Les Petits Chanteurs de Strasbourg - Maîtrise de l'Opéra national du Rhin) descendent sur la scène, alors que les chevaliers (Chœur de l'Opéra national du Rhin et Chœur de l'Opéra de Dijon) sont répartis en deux ensembles choraux dont l’un s’entend dans le lointain. Alors peut retentir la Voix du ciel (Michaela Schneider), confiante dans la Rédemption.

 

 

Patrice Gay

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Christian Dresse

© Marc Ginot

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