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JOAN SUTHERLAND ET MARILYN HORNE EN GALA À SYDNEY EN 1985

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PROGRAMME :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1985, les carrières de mesdames Sutherland et Horne sont derrière elles, même si Dame Joan vient encore de triompher en Lucia à Covent Garden (qu’elle chantera de nouveau à Sydney en 1986 et Barcelone en 1988) ; Marilyn Horne, quant à elle, fera ses adieux à la scène en 1998…). On reste pourtant médusé par la qualité du chant de ces deux légendes vocales du XXe siècle, qui ont ici le courage d’affronter les répertoires dans lesquels elles avaient triomphé quelque 20 ans plus tôt, et dont elles avaient laissé des enregistrements déjà entrés dans l’histoire du disque : l’opéra baroque, le bel canto, l’opéra-comique français.

 

L’honnêteté nous pousse à admettre que les années ont laissé quelques stigmates sur les voix des chanteuses : comment pourrait-il en être autrement après 37 ans de carrière pour l’une (Dame Joan) et 30 pour l’autre (Marilyn Horne) ? La voix de Sutherland, en ce milieu des années 80, a quelque peu perdu la juvénilité radieuse qui le rendait absolument unique jusque dans les années 70 : le timbre est devenu plus opaque, l’aigu s’est un peu durci, les couleurs se sont assombries. Mais tout l’appareil technique de la parfaite colorature est encore là, presque intact : mordants, gruppettos, trilles sont toujours stupéfiants de précision, la vélocité des vocalises exceptionnelle (écoutez celles de la partie médiane de l’air de Zerline dans Fra Diavolo – chanté avec sa cabalette et dans sa version italienne, comme dans l’enregistrement qu’en laissa la Stupenda en 1978), les aigus éclatants, même si désormais attaqués par-dessous et propulsés par un effet de souffle un peu bruyant (un défaut qui s’accentuera dans les dernières années de sa carrière, et qui sera notamment assez audible lors de son récital au palais Garnier en 1987, ou dans sa seconde Norma au disque, en 1988). Marilyn Horne, quant à elle, égrène des vocalises un peu moins bien huilées que dans les grandes années, et l’effort, ici ou là, est perceptible. La maîtrise technique reste cependant absolument exceptionnelle, et on est notamment bluffé par air d’Urbain (« Non, non, non, vous n’avez jamais… », Les Huguenots) stupéfiant d’abattage – même si la voix est un peu surdimensionnée pour le rôle ! Le timbre a par ailleurs gardé tout son velours, les aigus sonnent (presque) tous triomphants, le legato et la maîtrise du souffle sont restés souverains et nous valent un « Mon cœur s’ouvre à ta voix » vraiment impressionnant… à défaut d’être pleinement féminin. Précisément, c’est l’autorité toute virile du chant de Horne, alliée à un abattage technique incroyable et un sens des nuances exceptionnel qui rendent son Malcolm de La Donna del Lago ou son Arsace de Semiramide une fois encore insurpassables…

 

Quel dommage que Decca n’ait pas songé, dans la foulée de Semiramide, à demander à Horne de graver Tancredi. Sutherland aurait pu être une Amenaide idéale, et cette regrettable négligence nous prive de deux duos (« L’aura che intorno spiri » et « Lasciami, non t’ascolto ») qui auraient peut-être atteint la même perfection vocale que ceux d’Arsace et Semiramide… Car ce sont dans les duos que les deux chanteuses atteignent des sommets absolus : ceux de Lakmé ou des Contes d’Hoffmann sont séduisants mais un peu exotiques, mais ceux de Norma ou de Semiramide nous replongent directement dans un âge d’or, celui de la décennie  60-70 au cours desquelles Sutherland et Horne gravaient les intégrales de ces opéras : les mélomanes découvraient alors, médusés, une fusion parfaite entre deux timbres aux couleurs génialement complémentaires, ainsi qu’une complicité technique, stylistique, artistique jamais retrouvée depuis. Les Sydnéens, conscients, peut-être, de tourner l’une des dernières pages de l’histoire du chant au XXe siècle, perdent la tête. Et nous ne sommes pas loin, même simplement installés devant notre écran, de faire de même…

 

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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