Se préparer à Lear

Paris, Palais Garnier - du 21 novembre au 07 décembre 2019

 

Le compositeur

Aribert Reimann (né en 1936)

Aribert Reimann est pianiste, compositeur, professeur de chant contemporain. Il a accompagné certains des plus grands chanteurs allemands (Brigitte Fassbaender, Dietrich Fischer Diskau) et plusieurs enregistrements témoignent de leur précieuse collaboration :

  • Lieder de la seconde école de Vienne (Schönberg, Webern, Berg), Dietrich Fischer-Dieskau, Aribert Reimann. (DG, 1978, vinyle)

       Réédition CD : Schönberg, Gurrelieder (Kubelik) - Lieder : Webern, Berg, Schönberg (Fischer-Dieskau, Reimann).

  • Friedrich Nietzsche : Lieder, Piano Works, Melodrama, Dietrich Fischer-Dieskau, Aribert Reimann. (Philips, 1995)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                         Nietzsche, Beschwörung, Dietrich Fischer-Diskau, Aribert Reimann.

 

  • Schubert, Die schöne Müllerin, Brigitte Fassbaender, Aribert Reimann (DG, 1995)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Schubert, Winterreise, Brigitte Fassbaender, Aribert Reimann, (DG, 1988)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aribert Reimann compose aussi bien de la musique pour piano que de la muique vocale, des œuvres symphoniques ou des œuvres destinées à la scène (ballets et opéras). Parmi ses opéras :

  • Melusine (1971), opéra en 4 actes sur un livret de Claus H. Henneberg.
  • Lear (1978), opéra en deux parties sur un livret de Claus H. Henneberg, d'après Le Roi Lear de William Shakespeare.
  • Troades (1986), livret de Gerd Albrecht, en collaboration avec le compositeur, d'après Les Troyennes d'Euripide.
  • Das Schloss (1992), livret du compositeur, d'après Le Château de Franz Kafka.
  • Medea (2007), opéra ne deux parties la trilogie Das goldene Vlies (La Toison d'or) de Franz Grillparzer.
  • L'Invisible (2017), trilogie lyrique, livret du compositeur, d'après Maurice Maeterlinck.

Le librettiste

Claus H. Henneberg (1936-1998)

Librettiste et traducteur allemand. Il écrivit des livrets pour Reimann (Mélusine ; Lear d’après Shakespeare), Mayuzumi (Kinkaku-ji d’après Mishima), Trojahn (Enrico d’après Pirandello), Eötvös (Die drei Schwestern d’après Tchekhov).

La création

Lear fut composé par Aribert Reimann à la demande du chanteur Dietrich Fischer-Dieskau – qui avait d’abord songé, dans un premier temps, à Benjamin Britten. L’œuvre fut composée en 1976-1978, apràs que l’Opéra de Munich eut officiellement passé commande de l’aoeuvre au compositeur.

La première, couronnée de succès, eut lieu le 9 juillet 1978 à la Bayerische Staatsoper (Munich). La direction musicale était assurée par Gerd Albrecht, la mise en scène par Jean-peirre Ponelle ; les costumes étaient signés Pet Halmen. Les principaux interprètes étaient Dietrich Fischer-Dieskau dans le rôle-titre, et Julia Varady dans celui de Cornelia.

 

L’intrigue

PREMIERE PARTIE

Lassé du pouvoir, le Roi Lear souhaite abdiquer et partager son royaume entre ses trois filles en fonction de l’amour qu’elles lui portent. Ce sont Goneril et Regan qui héritent du royaume, grâce à un   amour filial aussi emphatique qu’hypocrite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cordelia, qui aime sincèrement son père mais sans ostentation, est chassée, condamnée à épouser le roi de France. Goneril et Regan ont tôt fait de chasser leur père, qui comprend trop tard son erreur et cherche à retrouver sa fille Cordelia. Au bord de la folie, essuyant une effroyable tempête, il est sauvé par le duc de Gloucester (père d’Edgar et Edmund,son fils naturel) qui l’emmène à Douvres.

 

SECONDE PARTIE

Regan a épousé le duc de Cornouailles, et Goneril le duc d’Albany. Elles ont toutes deux le même amant : Edmund, fils illégitime de Gloucester. Pour de venger de Gloucester et de l’aide qu’il a apportée à Lear, Regan et son époux le capturent et l’énucléent. Quant à Cordelia, elle a rassemblé les troupes françaises, prêtes à débarquer, afin de porter secours à son père. Goneril projette d’empoisonner sa sœur Regan (affaiblie par l’assassinat de son époux le duc de Cornouailles) afin de rester seule à régner. Son époux le duc d’Albany, horrifié par les projets sanglants de sa femme, décide alors de rejoindre les troupes françaises, mais  Edmund mène les troupes de ses maîtresses Regan et Goneril à la victoire. Il ordonne l’exécution de Lear et de sa fille Cordelia avant que le duc d’Albany ne puisse venir les secourir. L’opéra de termine par la mort des principaux personnages : Edmund est tué, Goneril se suicide, le poison qu’elle a administré à Regan fait son œuvre ; Cordelia est pendue et le vieux Lear, portant le corps de sa fille bien-aimée, meurt de douleur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La partition

L’œuvre de Reimann est à la fois complexe, exigeante et terriblement efficace car d’une très grande puissance expressive. Lyrisme et violence y alternent tour à tour, l’écriture orchestrale est d’une richesse et d’une efficacité constantes. Les profils vocaux sont clairement caractérisés et individualisés, chaque personnage possédant un langage qui lui est propre. L’orchestre est celui du romantisme finissant auquel ont été ajoutés plusieurs instruments de percussion. Un clusterde 48 cordes, couvrant parfois l’ensemble de l’orchestre, y joue un rôle non négligeable.

 

L’hétérogénéité musicale (texte parlé accompagné d’un quatuor à cordes, vocalises virtuoses pour le rôle de Regan, puissance et violence pour celui de Goneril, …) est assumée et comme revendiquée, le style pouvant changer d’un moment  l’autre en fonction de la nature même des scènes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                         

 

 

 

 

 

L’œuvre dégage une violence, une noirceur mais aussi une émotion prégnantes. Fait rarissime pour un opéra contemporain : le Lear de Reimann a connu de multiples reprises depuis sa création, signe de l’impact incontestable rencontré sur le public.

 

                                                                    

La production de l’Opéra de Paris

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le chef d’orchestre                                      

FABIO LUISI

Chef d’orchestre italien, il a pris en 2012 les fonctions de directeur musical de l'Opéra de Zurich et du Philharmonia Zurich pour cinq années, et a été nommé au début de la saison 2014-2015 Chef Principal de l'Orchestre symphonique national du Danemark, succédant ainsi à Rafael Frühbeck de Burgos. Il a entre autres dirigé le Tonkünstler-Orchester Niederösterreich à Vienne, l'Orchestre de la Suisse romande et l'Orchestre symphonique de Vienne, ou encore la Staatskapelle de Dresde.

 

Le metteur en scène

CALIXTO BIEITO

Il a été directeur du Teatre Romea de Barcelone, du Festival International des Arts de Castilla y Léon et du Barcelona International Teatre. Depuis 2017, il est directeur artistique du Teatro Arriaga de Bilbao. Il met en scène aussi bien des pièces de théâtre que des opéras. Ses mises en scène sont réputées novatrices et suscitent régulièrement des débats passionnés. Parmi ses productions les plus marquantes à l’opéra, on peut citer Carmen au Festival de Peralada, Un bal masqué au Gran Teatre del Liceu de Barcelone, Macbeth de Shakespeare au Festival de Salzbourg, L’Enlèvement au sérail à la Komische Oper de Berlin, Les Soldats de Zimmermann à l’Opéra de Zurich, Tannhäuser à l’Opéra de Flandre, Lear de Reimann à l’Opéra national de Paris, La Juive à la Bayerische Staatsoper de Munich, Moïse et Aaron à Dresde.

 

                                                                               

Les chanteurs

 

BO SKOVHUS (Lear)

Né au Danemark, Bo Skovhus étudie le chant à l’Institut de musique d’Aarhus, à l’Académie Royale d’Opéra à Copenhague et à New York. Son répertoire, très éclectique, comporte aussi bien des œuvres classiques (Iphigénie en Tauride : Oreste ; Don Giovanni, le Comte des Noces de Figaro), romantiques (Eugène Onéguine, Hamlet Wolfram de Tannhäuser, Kurwenal de Tristan et Isolde, Rodrigue dans Don Carlos) que du XXe siècle  (Nick Shadow dans The Rake’s Progress, le rôle-titre de Lear de Reimann, abordé en 2012 à Hambourg, le rôle‑titre du Prisonnier de Dallapiccola). Il se produit également fréquemment en concert et en récital. Régulièrement invité à la Staatsoper de Vienne, il a été nommé Kammersänger en 1997.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                       

 

                                                                                     

 

EVELYN HERLITZIUS (Goneril)

Née en Allemagne, Evelyn Herlitzius se produit très régulièrement à la Semperoper de Dresde, où elle a interprété les rôles de Leonore (Fidelio), Salomé, Elektra, la Teinturière (La Femme sans ombre), Kundry (Parsifal), Brünnhilde (La Walkyrie, Siegfried, Le Crépuscule des dieux). Son répertoire compte aussi les rôles de Katerina (Lady Macbeth de Mzensk), Marie (Wozzeck) ou Ortrud (Lohengrin). Elle a chanté sur les plus grandes scènes : Deutsche Oper et Staatsoper de Berlin, Scala de Milan, Metropolitan Opera, Opéra de San Francisco, Festival de Bayreuth, Festival de Salzbourg, Festival d’Aix-en-Provence ( rôle-titre d’Elektra au Festival dans la mise en scène de Patrice Chéreau),…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                       

                                                                                         

 

 

ERIKA SUNNEGARDH (Regan)

Elle débute en 2004 dans le rôle-titre de Turandot à l’Opéra de Malmö, et a depuis interprété les roles de l’Impératrice dans La Femme sans ombre, Chrysothémis (Elektra), Salomé, Leonore (Fidelio), Tosca, Senta (Le Vaisseau fantôme), Jenůfa ou Lady Macbeth (Macbeth). Elle est invitée par les plus grandes salles de concert ou d’opéra : Grand Théâtre de Genève, Liceu de Barcelone, Metropolitan Opera de New York, Festival de Glyndebourne,…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                           

                                                                                         

 

ANNETTE DASCH (Cordelia)

Née à Berlin, Annette Dasch pratique le chant depuis son enfance naît dans une famille de musiciens le 24 mars 1976 à Berlin, en Allemagne. . Elle remporte en 2000 le Concours Maria Callas à Barcelone, et se lance dès lors dans une carrière internationale qui la mènera en France (Théâtre des Champs-Elysées, Opéra de Paris), en Autriche (Salzbourg), aux Pays-Bas (Amsterdam) ou aux USA (Metropolitan Opera). Spécialiste de Mozart (elle chante les rôles de la Comtesse, Fiordiligi, Elvira, Elettra, La Finta Giardiniera), elle remporte également de grands succès en Liù (Turandot), Antonia (Les Contes d’Hoffmann), Elsa (Lohengrin) ou Eva (Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                       

 

 

 

Pour voir et écouter l’œuvre

  • Gerd Albrecht (dir.) ; Dietrich Fischer-Dieskau, Karl Helm, Hans Wilbrink, Georg Paskuda, Richard Holm, Hans Günter Nöcker, David Knutson, Werner Götz, Helga Dernesch, Colette Lorand, Júlia Várady, Rolf Boysen, Markus Gortizki, Gerhard Auer ; Orchestre d'Etat de Bavière, Choeurs de l'Opéra d'Etat de Bavière. (DG, 1978).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Sebastian Weigle (dir.) ; Wolfgang Koch, Magnus Baldvinsson, Dietrich Volle, Michael McCown, Hans-Jürgen Lazar, Johannes Martin Kränzle, Martin Wölfel, Frank van Aken, Jeanne-Michèle Charbonnet, Caroline Whisnant, Britta Stallmeister ; Frankfurter Opern- und Museumsorchester, Choeurs de l'Opéra de Francfort. Oehms Classics (2008)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dossier réalisé par Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Simone Young (dir.),  Karoline Gruber (mise en scène);  Bo Skovhus, Katja Pieweck, Hellen Kwon, Siobhan Stagg, Erwin Leder, Lauri Vasar, Andrew Watts, Martin Homrich (Edmond). Orchestre Philharmonique et chœur du Staatsoper de Hambourg, ArtHaus Musik (2014) Attention : sous-titres en allemand et en anglais uniquement.

Evelyn Herlitzius dans Parsifal

Erika Sunnegardh dans Salome

  Schubert, Marguerite au rouet (Annette Dasch)

    Robert Schumann: Stille Tränen

      La scène finale par D. Fischer-Dieskau

Aribert Reimann – Lear : « Mein lieber Vater » (seconde partie, scène 6); D. Fischer-Dieskau, J. Varady

Lear : 

Tu crois que c’est grand-chose que cette tempête mutinée qui nous pénètre jusqu’aux os. C’est beaucoup pour toi ; mais là où s’est fixée une plus grande douleur, une moindre se fait à peine sentir. Tu chercherais à éviter un ours ; mais si ta fuite te conduisait vers la mer en furie, tu reviendrais affronter l’ours en face. Qaud l’âme est libre, le corps est délicat ; mais la tempête qui agite mon âme ne laisse à mes sens aucune autre impression que celles qui se combattentau-dedans de moi. L’ingratitude de nos enfants… n’est-ce pas comme si ma bouche déchirait ma main pour lui avoir porté la nourriture ? Mais je punirai bientôt. Non, je ne veux plus pleurer. Par une nuit semblable, me mettre à la porte ! Verse tes torrents, je les supporterai. Dans une nuit semblable ! Ô Régane ! Gonerille ! Votre bon vieux père, dont le cœur sans méfiance vous a tout donné ! Oh ! C’est de ce côté qu’est la folie ; évitons-le, n’en parlons plus.

 

Shakespeare, Le Roi Lear, Acte I, scène 1 (traduction François Guizot)

Entrent Lear, tenant Cordélia morte dans ses bras, Edgar, l’officier et d’autres.

Lear :

Hurlez, hurlez, hurlez, hurlez ! Oh ! vous êtes des hommes de pierre. Si j’avais vos voix et vos yeux, je m’en servirais à fendre la voûte du firmament. Oh ! Elle est partie pour jamais. Je vois bien si quelqu’un est vivant ou s’il est mort. Elle est morte comme la terre. Prêtez-moi un miroir : si son haleine en obscurcit ou en ternit bla surface, alors elle vivrait encore. […] Non, non, non, plus de vie. Quoi ! un chien, un chat, un rat, ont de la vie ; et toi, pas la moindre haleine ! Oh ! tu ne reviendras olus, jamais, jamais, jamais, jamais ! Défaites ce bouton, je vous en prie. Je vous remercie monsieur. Voyez-vous cela ? Regardez là… regardez… ses lèvres… regardez… regardez…

Il meurt.

 

Shakespeare, Le Roi Lear, Acte V, scène 3 (traduction François Guizot)