Avant-Spectacle :  Richard Cœur de Lion

Opéra Royal de Versailles, du 10 au 13 octobre 2019

 

 

Le compositeur                

André Modeste Grétry (1714-1813)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le librettiste

Michel-Jean Sedaine (1719-1797)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La création – les différentes versions

Le succès de la création (à la Comédie-Italienne le 21 octobre 1784) fut immense, et l’œuvre se répandit rapidement à travers toute l’Europe (jusqu’à Saint-Pétersbourg en 1795) et même au-delà  (Boston en 1797, Philadelphie en 1798). Les auteurs tentèrent d'élargir l'oeuvre à 4 actes en 1785 (la version d'origine n'en comportant que 3) mais cette nouvelle version échoua. Ils revinrent donc au découpage initial à la fin de cette même année, mais dans une version quelque peu remaniée. Richard Coeur de Lion fut régulièrement repris à Paris au cours du XIXe siècle, à l’Opéra-Comique (notamment en 1841 : à l'occasion de cette reprise, Adam proposa une nouvelle orchestration) ou encore au Théâtre Lyrique. Richard Cœur de Lion connut cependant une brève éclipse pendant la période révolutionnaire, la glorification d’un roi n’étant peut-être pas le sujet le plus approprié à la période. Les royalistes,  d’ailleurs, feront leur rapidement l’air de Blondel : « Ô Richard, ô mon roi ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On considère parfois que l'ouvrage préfigure l'opéra romantique français : on y trouve en effet un goût de la couleur locale, un ancrage dans le Moyen Age, des scènes de combat (l'attaque de la forteresse au dernier acte), enfin la notion de « sauvetage », qui sera si fréquemment sollicitée à l'Opéra (le sauvetage de Florestan par Leonore, de Tell par Arnold, des femmes prisonnières du Comte Ory par les Croisés,...)

 

L’intrigue

Le livret est inspiré de faits historiques réels. Au retour des croisades, Richard Cœur de Lion fut bel et bien arrêté près de Vienne en 1192 par les troupes du duc d’Autriche Léopold V, et fait prisonnier au château de Dürnstein. Le trouvère Blondel, de Sedaine et Grétry, est directement inspiré du véritable Blondel de Nesle (fin du XIIe siècle), trouvère picard, qui devint l’ami fidèle de Richard Cœur de Lion et le suivit jusque dans ses voyages en Terre sainte. La légende veut qu’il retrouva Richard, retenu prisonnier en Autriche, grâce à une chanson connue d’eux seuls.

Le livret s’inspire du « Conte de Blondel », un conte médiéval des Anciennes chroniques de Flandre que l’on peut lire également dans les Récits d’un Ménestrel de Reims (vers 1260).  Blondel, parti à la recherche du roi Richard Cœur de Lion, erre à  travers l’Allemagne jusqu’à ce qu’il retrouve la trace de Richard près de la forteresse de Trifels, de laquelle il parvient à le faire échapper.

 

Acte I

De retour des croisades, Richard Cœur de Lion a été fait prisonnier « dans le fond de l’Allemagne » et est enfermé dans une forteresse (le château de Lintz) gardée par le cruel gouverneur Florestan. Le fidèle Blondel, un trouvère attaché à la cour du roi Richard, est secrètement à la recherche de ce dernier depuis plus d’un an. Afin de parvenir à ses fins, il fait croire qu’il est aveugle et se fait guider par un jeune villageois : Antonio. Le hasard conduit précisément Blondel au pied du château de Lintz, et Blondel n’exclut pas le fait que Richard y soit enfermé… Afin de s’en assurer, il lui faudrait pouvoir approcher du gouverneur Florestan ou pénétrer dans le château.

Bondel demande alors à Laurette, une jeune villageoise, si elle et son père Sir Williams accepteraient de l’accueillir pour la nuit. « Impossible, répond Laurette. Mon père, à la prière d’un ancien ami, a cédé, pour cette nuit seulement, la maison tout entière à une grande dame, et, à moins qu’elle ne le permette, nous ne pouvons pas disposer du plus petit endroit ». Cette « grande dame » n’est autre que la comtesse de Flandre Marguerite qui arrive entourée de ses domestiques.

Or le gouverneur Florestan courtise Laurette en secret. Sir Williams voit cette liaison d’un mauvais œil. Il intercepte un billet de Florestan, qu’il fait lire par le jeune Antonio en présence de Blondel. Tous apprennent ainsi que Florestan souhaite rencontrer Laurette : le gouverneur déplore que la surveillance d’un prisonnier important ne le rende pas plus libre de ses mouvements pendant la journée, mais il fait comprendre à la jeune fille qu’il pourrait parvenir à la rencontrer à la nuit tombée…

Blondel joue sur son violon un air que Richard avait jadis composé en l’honneur de la comtesse Marguerite, laquelle reconnaît immédiatement la mélodie et fait venir le troubadour. Blondel lui explique avoir appris cette chanson « d’un brave écuyer qui venait de la Terre Sainte, et qui, disait-il, l’avait entendu chanter au roi Richard ». Il demande par ailleurs à Marguerite d’avoir pitié d’un pauvre aveugle et de lui offrir l’hospitalité. Marguerite demande à Sir Williams d’accueillir Blondel en son logis pour la nuit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Acte II 

Richard pleure sur son sort, enfermé dans la forteresse de Lintz, lorsqu’il entend soudain une musique familière : c’est Blondel, qui s’étant fait conduire jusqu’au château par Antonio, joue sur son violon le fameux air composé par Richard en l’honneur de Marguerite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Blondel se met à chanter, Richard joint sa voix à celle du troubadour, mais les deux hommes n’ont guère le temps de savourer leurs retrouvailles : les gardes apparaissent et se saisissent de Bondel. Celui-ci réclame à être entendu du gouverneur. On le conduit à Florestan, à qui il prétend apporter la réponse de Laurette au message : le père de Laurette donnant une grande fête en son logis toute la nuit, le gouverneur peut s’y rendre à l’heure qui lui convient, il trouvera forcément le moyen de parler à la jeune fille…

 

 

Acte III 

De retour chez Sir Williams, Blondel demande à être reçu par Marguerite. Il lui révèle alors son identité et explique qu’il a retrouvé Richard, enfermé dans la forteresse. Blondel et Sir Williams ourdissent alors un plan pour capturer Florestan et libérer Richard : Sir Williams laissera le gouverneur pénétrer dans son logis, mais il s’agira d’un guet-apens : les soldats ayant servi d’ecorte à Marguerite tomberont alors aussitôt sur Florestan et ses hommes, puis iront délivrer le roi. Au terme d’un court combat, Richard, qui lutte lui-même vaillamment, est délivré ; Blondel se jette à ses genoux ; les cris : « Vive Richard ! » retentissent et les assiégeants arborent le drapeau de Marguerite. 

 

La musique

Les dons de mélodistes de Grétry trouvent, dans Richard Coeur de Lion,  à s'épanouir dans des genres très divers : on y entend aussi bien des chœurs villageois, des couplets d'inspiration simple et naïve, tels ceux chantés par Antonio (« La danse n’est pas ce que j’aime, / Mais c’est la fille à Nicolas »), des airs d'inspiration plus élevée et de tonalité plus noble (celui de Blondel : « Ô Richard ! ô mon roi ! » ou celui de Richard au début du second acte : « Si l'univers entier m'oublie »), d'autres encore sentimentaux, telle la délicieuse scène de Laurette : « Je crains de lui parler la nuit ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Les couplet de Blondel notamment, « Ô Richard ! ô mon roi ! », firent beaucoup pour la renommée de l’ouvrage, de même que l’air censé avoir été composé par le roi lui-même en l’honneur de Marguerite (« Une fièvre brûlante », romance chantée par Blondel pour se faire reconnaître de Marguerite puis du roi), et les couplets de Laurette (« Je crains de lui parler la nuit »), passés à la postérité pour avoir été insérés par Tchaikovsky dans sa partition de La Dame de Pique (il s’agit de la romance que fredonne la vieille Comtesse, dévorée de nostalgie, peu de temps avant qu’elle ne soit assassinée par Hermann).

L'air grâce auquel Blondel retrouve Richard (« Une fièvre brûlante ») coûta, selon Grétry lui-même, bien des efforts au musicien, soucieux de composer une page à la hauteur de celle, originelle, qu'il n'avait pu retrouver. Elle est composée « dans le genre ancien » et sert de leitmotiv tout au long des trois actes. (Blondel, notamment, la joue au violon afin d'attirer l'attention de Marguerite).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les représentations de l’Opéra Royal de Versailles

 

Le chef d’orchestre

 

Hervé Niquet

Il devient en 1980 chef de chant à l'Opéra de Paris. Il a notamment été membre (ténor) des Arts Florissants entre 1985 et 1986. Fondateur, en 1987, du Concert Spirituel, Hervé Niquet oeuvre énormément à la redécouverte de musiciens parfois quelque peu oubliés (Campra, Gilles, Bodin de Boismortier,  Charpentier, …) . Soucieux d’appréhender la musique française dans sa globalité et dans son cheminement esthétique et chronologique, il élargit peu à peu son répertoire et dirige des œuvres des XVIIIe ou XIXe siècles, telles Orphée et Eurydice de Gluck dans la version de Berlioz au Théâtre de La Monnaie à Bruxelles, Hamlet d’Ambroise Thomas à l’Opéra de Zagreb, ou encore des œuvres de Charles Gounod, Théodore Gouvy, Joseph Canteloube, Félicien David, Claude Debussy,…

Depuis 2011, Hervé Niquet est premier chef invité du Brussels Philharmonic. Il a également dirigé le Festival de Saint-Riquier – Baie de Somme de 2013 à 2017.

 

 

Les chanteurs

 

Melody Louledjian

D'origine d'arménienne, Melody Louledjian attire l’attention du public et de la critique en chantant le rôle de Carmen au Grand Théâtre de Bordeaux dans Le Balcon de Peter Eötvös. Elle prend soin depuis de mener sa carrière sur un double front, en interprétant aussi bien des rôles « classiques » (Musetta, Elvira L’Italiana in Algeri, Eurydice d’Orphée aux Enfers, , le Feu et Le Rossignol de L’Enfant et les Sortilèges, Ciboulette, Elsbeth dans Fantasio) que des partitions des XXe et XXIe siècles. Elle se produit sur de très nombreuses scènes françaises et internationales : l’Opéra Comique, la Cité de la Musique, le Teatro Reggio Emilia, les opéras de Nice, de Lille, d’Avignon, le Théâtre de l’Athénée, le Théâtre du Chatelet,…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rémy Mathieu

Né à Nice, Rémy Mathieu fréquente la maîtrise des Petits Chanteurs de Monaco pendant plus de dix ans.

Il fait ses études au Conservatoire de Nice puis au Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon. Son parcours le mène à travailler avec Françoise Pollet, Francesco Araiza à Stuttgart, Alain Garichot, Françoise Leroux, Rosemary Joshua, Jean Paul Fouchécourt, Thomas Moser ou Félicity Lott.

Ses premiers pas professionnels datent du début des années 2010. IL a depuis chanté Eduardo dans la Cambiale del Matrimonio, le Moustique dans La Petite Renarde rusée, Laerte dans Hamlet d’Ambroise Thomas, Martin dans Tenderland d’Aaron Copland, le ténor solo de la Petite messe solennelle de Rossini, le Comte Albert dans La Ville morte de Korngold à l'Opéra de Nantes et Nancy ou encore Oebale dans Apollon et Hyacinthe de Mozart.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie Perbost

Marie Perbost chante tout d’abord dans la Maîtrise de Radio-France, avant d’intégrer le  Conservatoire National Supérieur de Paris. Passionnée par le lied et la mélodie, elle obtient, avec la pianiste Joséphine Ambroselli, le prix spécial des « Amis du Lied » au concours international du Lied d’Enschede (Pays-Bas) en 2013. Elles sont également lauréates du Concours international « Les Saisons de la Voix » de Gordes en 2014 et Grand Prix du concours international Nadia et Lili Boulanger en 2015. Ancienne de l’Académie de l’Opéra de Paris, elle défend avec la même passion l’opéra mais aussi l’opérette, et interprète entre autres rôles, ceux de Blanche de la Force, Despina, Elisetta (Le Mariage secret), Pamina, Marzelline (Fidelio). Son premier disque (Harmonia Nova) est intitulé : Une jeunesse à Paris. Elle y interprète mélodies, chansons et opérettes.

En 2016, elle a été Révélation Lyrique de l’ADAMI et nominée aux Victoires de la Musique classique 2018 dans la catégorie Révélation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Reinoud Van Mechelen

Reinoud Van Mechelen compte à son répertoire les rôles d’Actéon (Charpentier), Pygmalion (Rameau), Tamino, Hippolyte,… Il s’est produit sur les plus grandes scènes européennes (Monnaie de Bruxelles, Staatsoper de Berlin, Opéra de Versailles,…) ainsi qu’aux Etats-Unis. Parmi ses nombreux enregistrements, son programme Bach Erbarme Dich (Alpha Classics) et l’album Clérambault, cantates françaises (également chez Alpha Classics) ont reçu un accueil exceptionnel de la critique.

En 2017, Reinoud Van Mechelen s’est vu décerner en 2017 le prestigieux Prix Caecilia du "Jeune Musicien de l'année" par l'Union de la presse musicale belge.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour écouter l'oeuvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dossier réalisé par Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

André Modeste Grétry est un écrivain et un compositeur français d’origine wallonne : né à Liège, son buste trône toujours devant l’Opéra Royal de Wallonie. Formé musicalement en Italie (notamment par le père Martini), il s’installe par la suite en France où il fréquente Voltaire ou encore Marmontel. Prenant la suite de Monsigny, Dauvergne ou Philidor, il s’illustre avec beaucoup de succès dans le genre de l’opéra-comique : Zémire et Azor (1771), L’Amant jaloux (1778), Richard Cœur de Lion (1784). La fraîcheur de son inspiration et ses dons mélodiques assurent à ses œuvres des reprises jusqu’au XIXe siècle (Richard Cœur de Lion notamment fut régulièrement représenté à Paris jusqu’à la Première Guerre mondiale). En tant qu’écrivain, Grétry publia les Réflexions d’un solitaire ainsi que des Mémoires (1789-1797). Il meurt à Montmorency en 1813.

Michel-Jean Sedaine (1719-1797) est un dramaturge français passé à la postérité pour son drame bourgeois Le Philosophe sans le savoir (1765). Disciple de Diderot, lié aux Encyclopédistes, il est également l’auteur de très nombreux livrets : Rose et Colas (Monsigny, 1764) ou encore Le Déserteur (Monsigny, 1769), ou Richard Cœur de Lion (Grétry, 1784).

gallery/gretry-andre-modeste-gretry
gallery/portrait_de_michel-jean_sedaine_par_jacques-louis_david

Et [Blondel] s’aventura tant qu’il arriva en Autriche au hasard de ses pérégrinations, et il vint droit au château où le roi était emprisonné. Et il fut hébergé par une femme veuve ; il lui demanda quel était ce château qui était si beau, si redoutable, si bien construit. Son hôtesse lui répondit que c’était celui du duc d’Autriche. « Belle hôtesse, dit Blondel, n’y aurait-il pas par hasard un prisonnier dans le château ? – Certes, dit la bonne femme, oui. Il y en a un depuis bien quatre ans. Mais nous ne pouvons savoir qui il est ; mais je peux vous affirmer qu’on le garde bien et avec beaucoup de vigilance, et nous croyons que c’est un gentilhomme et un grand seigneur. » Quand Blondel entendit ces paroles, il fut fou de joie, et il lui sembla en son cœur qu’il avait trouvé ce qu’il cherchait.

 

Récits d’un Ménestrel de Reims (traduction en français moderne : Stéphane Lelièvre)

 

Ainsi, comme il était tout à cette pensée, le roi regarda par une meurtrière et vit Blondel. Il réfléchit à la façon dont il pourrait se faire reconnaître de lui. Il se souvint alors d’une chanson qu’eux deux avaient écrite et que personne d'autre qu'eux ne connaissait. Il commença à chanter le premier mot haut et clair, car il chantait très bien ; et quand Blondel l’entendit, il fut certain qu’il s’agissait de son seigneur. Et il en éprouva en son cœur la plus grande joie qu’il eût jamais ressentie.

 

Récits d’un Ménestrel de Reims (traduction en français moderne : Stéphane Lelièvre)

gallery/blondel-de-nesle-f0066f47-e18f-439d-890b-9dc8d9f2b13-resize-750
gallery/blondel-de-nesle-f0066f47-e18f-439d-890b-9dc8d9f2b13-resize-750

"Ô Richard, ô mon roi!" (Michel Trempont)

Air de Laurette (Mady Mesplé)

Scène de la Comtesse dans La Dame de Pique  (Martha Mödl)

Le duo Blondel/Richard : "Une fièvre brûlante" ( José Beckmans, Franz Kaisin)

Melody Louledjian dans des extraits de Fantasio

Rémy Mathieu chante Pylade (Iphigénie en Taudide)

Marie Perbost, Leila (Les Pêcheurs de perles)

Reinoud Van Mechelen (Clérambault, Cantates françaises)

 

gallery/riri

Mady Mesplé, Charles Burles, Michel Trempont, Orchestre de chambre de la RTTB, dir. Edgard Doneux, Erato (enregistrement 1978)