Feu d’artifice napolitain et italien au Louvre

Igor Stravinsky
Pulcinella, ballet intégral

 

Felix Mendelssohn-Bartholdy
Symphonie n° 4 en la majeur opus 90 « Italienne », version révisée de 1834

 

Auditorium du Louvre, 25 septembre 2019

 

Fiona McGown, mezzo-soprano
Yu Shao, ténor
Romain Dayez, baryton
Secession Orchestra
Clément Mao – Takacs, direction
Igor Stravinsky/ Felix Mendelssohn-Bartholdy

 

     

 

 

Mercredi 25 septembre, l’Auditorium du Louvre lançait brillamment sa saison musicale, consacrée cette année à l’Italie ; une Italie de comédie napolitaine avec le ballet chanté Pulcinella (1919) de Stravinsky, une Italie rêvée par un romantique avec la 4ème Symphonie « italienne » (1830) de Mendelssohn.

 

 Un pastiche musical. Nous sommes en 1919 et Stravinsky rompt avec l’esthétique moderniste du Sacre du printemps, dont la première, en 1913, fit scandale dans un Théâtre des Champs-Élysées flambant neuf. Il inaugure avec Pulcinella, commandé par Serge de Diaghilev, une esthétique néo-classique qui le conduira au très mozartien Rake’s Progress de 1951. Si la musique est essentiellement composée d’après des œuvres de compositeurs italiens du XVIIIe siècle, le traitement de cette matière n’en porte pas moins l’empreinte du compositeur russe.

 

Un hommage à Pergolèse. Le sous-titre, Ballet avec chant en un acte d'après Giambattista Pergolesi, souligne l’emprunt principal, mais non exclusif, au maître napolitain. La plupart des arie sont empruntées à des opere buffe ou à des cantates de Pergolèse. Ainsi la sérénade pour ténor Mentre l’erbetta (« pendant que [l’agnelle broute] l’herbette ») qui suit l’ouverture provient-elle de Il Flaminio, le dernier opéra de Pergolèse, ou le duetto Ncè sta quaccuna po (« il y a des femmes [qui ne veulent du bien à personne] ») de Lo Frate’nnamorato (« le frère amoureux »), dont l’intrigue se situe sur la colline de Capodimonte à Naples. Le ténor Yu Shao s’y montre tout en nuances et sa voix convient parfaitement à l’esprit baroquisant de l’ouvrage.

 

Pulcinella (Polichinelle). Avec la figure napolitaine de Pulcinella, Stravinsky nous emmène sur les tréteaux de la commedia dell’arte, dans une comédie amoureuse qui tient plus du badinage pastoral que du théâtre de foire auquel Polichinelle est habituellement associé ; toutes choses que la musique et les voix des solistes, délicates et baroquisantes, n’ont de cesse de souligner.

 

Il faut louer la verve et l’éclat du Secession Orchestra qui soulignent fort bien l’aspect moderniste d’une musique pleine d’humour : Stravinsky ne s’amuse-t-il pas ici à « italianiser » la musique moderne comme l’on chercha à le faire en France au milieu du XVIIIe siècle ? S’il se soumet à la contrainte stylistique de l’âge baroque qui demande d’achever une suite avec la tonalité de l’ouverture (il emprunte ici à Domenico Gallo la sonate en trio, forme baroque s’il en est), les ostinatos qui scandent l’œuvre paraissent un écho du Sacre. Au demeurant, le rôle dévolu au hautbois, soutenu et repris par le basson, n’est pas sans rappeler celui de cet instrument dans l’Introduction du Sacre. Peut-être la fougue et l’investissement total du jeune chef conduisent-ils à un déséquilibre entre la voix du ténor et l’orchestre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On découvre avec plaisir également la voix chaude et mozartienne de la mezzo Fiona McGown dans la belle aria Contento forse vivere (« je [pourrais] peut-être vivre heureuse »), tirée de la cantate Luce degli occhi miei. Son répertoire étendu, de Vivaldi et Mozart (Chérubin) au Pierrot Lunaire de Schönberg fait de Fiona McGown l’interprète toute désignée d’une œuvre qui condense deux siècles de musique.

 

Stravinsky offre un seul air (Con queste paroline, « avec ces petits mots », du Il Flaminio de Pergolèse) pour baryton, mais l’émission claire, le timbre soyeux et plein d’émotion de Romain Dayez enthousiasment le public. 

 

Les voix des solistes s’unissent harmonieusement dans le trio Sento dire no’ncè pace (« J’entends dire qu’il n’y a pas de paix »), pour finir par un dialogue plein d’humour dans le Pupillette, fiammette d’amore (« petites pupilles, flammèches d’amour ») qui clôt l’ouvrage sur un tempo de menuet ironiquement aristocratique. Clément Mao-Takacs à la baguette et Fiona McGown, Yu Shao et Romain Dayez au chant font de ce ballet un écrin dans lequel brillent quelques splendides arie antiche qui paraissent serties dans un concerto grosso.

 

Symphonie italienne de Mendelssohn. Le Secession Orchestra interprétait ensuite la Symphonie n°4 en La majeur de Félix Mendelssohn dans sa version révisée de 1833, une œuvre composée à la suite des pérégrinations européennes du compositeur romantique. Si le 3ème mouvement est particulièrement lyrique et apaisé, toute l’énergie du chef culmine avec les rythmes italiens du saltarello final. La direction de Clément Mao-Takacs met en valeur l’énergie d’une musique baignée d’une gaieté méditerranéenne, que Nietzsche aurait peut-être qualifiée d’ « africaine ».

 

Patrice Gay

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/fiona_mcgown

Fiona McGown

 

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