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Un Don Giovanni « d’allégresse et de luxure »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DISTRIBUTION : 

 

Don Giovanni Tuomas Pursio

Donna Anna Hanna Rantala

Le Commandeur Koit Soasepp

Donna Elvira Tamuna Gochashvili

Don Ottavio Tuomas Katajala

Leporello Markus Suihkonen

Masetto Henri Uusitalo

Zerlina Olga Heikkilä

 

Direction musicale Patrick Fournillier

Mise en scène Jussi Nikkilä

 

         Pour Samuel Johnson (1709-1784), l’opéra était « un divertissement exotique et irrationnel ». Il fondait son jugement sur les opéras italiens vus à Londres où sopranos et castrats, ces créatures ambiguës, rivalisaient de virtuosité vocale et de costumes invraisemblables. Cette production de Don Giovanni  de l’Opéra National Finlandais, qui selon le texte de présentation, « marie le moderne au rococo, comme l’allégresse à la luxure », conséquence, dit-il, des ambiguïtés du « dramma giocioso », est exotique en diable dans sa réécriture du livret.

 

          Côté luxure, le pari est tenu. Dès le Molto allegro de l’ouverture, c’est un défilé de Playmates en dentelle noire et souliers vernis puis de garçons ambigus dans les mêmes tenues qui montent l’escalier qui les mène à Don Giovanni, torse nu et vêtu d’un peignoir et d’un masque rouges. Le Commandeur semblerait vouloir en tâter mais sa taille, son poids et son âge le disqualifient. Paraît Donna Anna, au profil de gouvernante anglaise style Elizabeth Première, vêtue en Dominatrix, bottes de cuir rouge et résilles noires, qui rejoint DG (la marque de son slip, destiné à un grand rôle par la suite). L’opéra peut commencer.

Survient Leporello, veste de cuir noir et pantalon de cuir vert, nanti d’une braguette volumineuse à faire pâlir d’envie l’Henri VIII d’Holbein. Il porte son catalogue tatoué sur le corps et Elvira inspecte son pubis pour y lire le nom de la dernière victime de DG. C’est le seul écart qu’elle se permette, si on oublie le slip D&G dont elle coiffe son époux et la manière lascive dont elle épluche plus tard une banane d’un air entendu. C’est dans un décor de carcasses de fauteuils Louis XV que paraît la povera Zerlina, vêtue comme une Manola sévillane en compagnie d’autres créatures échappées d’un bordel de Goya. Pendant le La ci darem, elle se fait une épée d’un pied de fauteuil qu’elle lèche ensuite avec concupiscence : il est vrai que DG s’adressait auparavant à son postérieur. Une fellation à Masetto, qui finit la scène en slip, pendant son Batti, batti, puis l’offre de sa culotte et d’un cunnilingus pour lui faire oublier les coups de DG dans son Vedrai carino , la placent en tête du palmarès des vulgarités du spectacle. Pendant la scène du festin, DG, vêtu de son seul slip et montrant tous les signes de l’overdose de cocaïne, se masturbe sans succès en regardant une tablette Apple. Cet accessoire et le jeu vidéo de Masetto rappellent le parti-pris moderne de la mise en scène. Mais que la chair y est triste !

 

          Côté allégresse, tout dans le texte est prétexte à illustration par un jeu de scène ou une chorégraphie qui en souligne le côté dérisoire, et fait oublier la musique, réduite à un rôle d’ameublement. Distanciation brechtienne, sans doute. Pendant les couplets à la liberté, deux danseurs en lamé argent se trémoussent, couronnés du diadème de la statue de Bartholdi. Très bien chez Offenbach. Mais ici ?

En fait c’est La Vengeance d’une rousse qui se joue ici. Le Commandeur meurt d’un coup de pistolet pendant qu’il essaie de séparer DG et Anna, et pour mieux sceller son sort, lui roule un patin avant d’expirer. Ne pouvant s’attacher cet amant volage, elle organise sa vengeance avec l’aide des autres victimes de DG. On remplace la scène du cimetière (en évacuant toute notion de sacré et de profanation) par une scène à la morgue où Masetto manipule un Commandeur sorti de son tiroir réfrigéré et Anna adresse son Non mi dir à un DG présent dans ses pensées avant de placer un masque rouge dans un autre tiroir. Pas de Mi tradi pour Elvira : on y invoque trop les dieux, alors que Don Ottavio a droit à ses deux grands airs. De même, pas de flammes de l’Enfer pour finir le festin mais les conjurés réunis autour de DG et pas d’épilogue giocoso et de mention de vengeance du ciel. Surtout pas d’allusion à la transcendance.

 

          La mise en scène est luxueuse, avec des costumes magnifiques et un grand bravo à la machinerie pour des changements de décor rapides. L’énergie des acteurs et leur jeu sont remarquables, de même que leur consentement à suivre les consignes du metteur en scène. Mais tout cela devient vite fatiguant. Vocalement la palme va à Zerlina et Don Ottavio, avec des accessits pour les quatre rôles graves et mention spéciale pour DG, sans cesse en mouvement. La grande faiblesse de cette distribution c’est la Donna Anna au timbre acide et parfois strident qui rappelle les sopranos de « l’école du petit chien » dont parle Berlioz. Son exécution des vocalises dans son Non mi dir donne aussi raison à Berlioz quand il les reproche à Mozart. À éviter.

 

 

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© Christian Dresse

© Marc Ginot

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