Un jour, un espoir...

 

"Il est permis d'attendre, il est doux d'espérer"... chante Carmen. La musique étant par essence vectrice d'espoir,

Première Loge vous proposera chaque jour, le temps que durera le nécessaire confinement des Français, une page musicale dans laquelle l'espoir est évoqué, par les notes et par les mots. Espoir amoureux, espoir en la paix retrouvée, en des jours meilleurs...

Tant il est vrai que l'espoir... et la musique font vivre !

 

 

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  • SEMAINE DU 04 AU 10 MAI 2020

DIMANCHE 

Rossini, GUILLAUME TELL (Finale)

 

Liberté, redescends des cieux !

 

Nous arrivons au terme de 8 semaines de confinement, et donc au terme de notre série « Un jour, un espoir ». Merci aux lecteurs de Première Loge de nous avoir accompagnés dans cette promenade qui nous aura permis de découvrir ou de redécouvrir une soixantaine de pages musicales au sein desquelles l’espoir, sous toutes ses formes, était inscrit.

Tous les genres, toutes les époques ont été représentées, de la musique médiévale au répertoire contemporain, du lied au bel canto, de la chanson à l’opéra romantique allemand, de l’opéra baroque à l’opéra-comique français. Vous pouvez retrouver l’intégralité de ces morceaux sur notre chaîne Youtube.

 

 Pour clore cette série, nous avons choisi l’une des pages les plus extraordinaires de tout le répertoire lyrique : le lumineux finale de Guillaume Tell, hymne à une liberté retrouvée et, une fois encore, chant d’espoir : l’espoir en des jours meilleurs, en une sérénité retrouvée, en une sagesse acquise au prix d’expériences douloureuses mais dont il nous appartient de tirer profit.

 

D’aucuns trouveront peut-être que cette dernière page sonne un peu trop optimiste et glorieuse : le déconfinement sera progressif, une deuxième vague de pandémie n’est pas à exclure et l’avenir s’annonce peut-être moins souriant qu’on aimerait bien le croire – notamment pour ce qui concerne la reprise de la vie culturelle en général et musicale en particulier, à laquelle les lecteurs et les rédacteurs sont si attachés (1)… N’importe : nous avons décidé, à Première Loge, d’être optimistes, et de dire avec William Arthur Ward : « Le pessimiste se plaint du vent ; l'optimiste se dit que le temps va changer… »

 

(1) Lisez à ce sujet notre récente interview de la soprano Gabrielle Philiponet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SAMEDI

OFFENBACH, LES CONTES D'HOFFMANN (duo Hoffmann/Giulietta)

 

Aujourd'hui les larmes, mais demain les cieux !

 

Duo fiévreux que celui de Giulietta et d'Hoffmann, dans lequel la courtisane a réussi à convaincre le poète de lui céder son reflet en échange de son amour : "Aujourd'hui les larmes, mais demain les cieux!" lui promet-elle. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VENDREDI

ROSSINI, TANCREDI ("O patria... Di tanti palpiti...")

 

Ce jour est pour moi serein, / Mon cœur commence à respirer en mon sein.

 

Tancrède a été banni de Syracuse, mais il revient secrètement à la demande de sa bien-aimée Aménaïde, que son père destine à autre homme.  Ému de fouler de nouveau le sol de sa patrie, Tancrède, après un long et noble récitatif, chante son espoir de revoir Aménaide dans l'un des airs les plus célèbres du répertoire rossinien.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JEUDI

WAGNER, LOHENGRIN ("Einsam in trüben Tagen…")

 

Toute seule, dans les jours sombres, j’ai supplié le Ciel...

 

Injustement accusée du meurtre de son frère, Elsa place tout son espoir en un mystérieux chevalier qu’elle dit avoir vu en rêve… « Lui seul doit assurer ma défense ! » 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MERCREDI

HAENDEL, AGRIPPINA ("Lusinghiera mia speranza")

 

Séduisantes espérances, Ne trompez pas mon âme.

 

Alors que se profile pour nous l'espoir d'un déconfinement, même partiel et progressif, cet air chanté par Othon dans Agrippina paraît de circonstance : Othon, choisi par l'empereur Claude pour lui succéder, avoue à Agrippine qu'il préfère encore Poppée au trône. Agrippine lui ayant promis de l'aider, il se réjouit à l'idée d'un bonheur à la fois proche mais encore incertain...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MARDI

PUCCINI, TURANDOT (scène des énigmes)

 

Elle renaît ! Elle renaît et dans la joie elle m’emporte avec elle, Turandot, c’est l’Espérance !

 

Pour sauver sa tête et gagner la main de Turandot, Calaf doit répondre à trois énigmes posées par la Princesse. Voici la première :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ghena Dimitrova et Nicola Martinucci, infatigables titulaires des rôles de Turandot et Calaf dans les années 80, chantent ici la scène des énigmes de l'Acte II (sous-titres en anglais)

 

 

 

LUNDI

ROSSINI, SEMIRAMIDE ("Bel raggio lusinghier")

 

Un beau rayon charmant d'espoir et de plaisir a enfin brillé pour moi !

 

 

La reine Sémiramis (ici June Anderson) caresse l'espoir d'épouser le bel Arsace, et se réjouit du retour de ce jeune homme à Babylone...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka

SEMIRAMIDE
Un beau rayon charmant
D'espoir et de plaisir
A enfin brillé pour moi:
Arsace est revenu, oui, il viendra à moi.
 Mon âme qui jusqu'ici
 Gémissait, tremblait, languissait ...
Oh, qu'elle est soulagée!
Toute ma peine a disparu,
De mon coeur, de mes pensées
s'est dissipée la terreur.


A ce coeur
Arsace rendra son calme :
Arsace est revenu, oui, il viendra à moi.

 

Comme la pensée
De cet instant m'est douce !

Il te sourit,
Ce coeur aimant !
Comme, après le tourment,
Ce doux moment
De joie et d'amour

T'apparaît plus cher !

TURANDOT

« Dans la nuit sombre
Vole un fantôme iridescent.
Il s’élève et ouvre les ailes
Sur l’humanité noire, infinie ;
Chacun l’invoque
Et chacun l’implore !
Mais le fantôme disparaît avec l’aurore
Pour renaître au cœur !
Et chaque nuit il naît,
Et chaque jour il meurt !»

LE PRINCE INCONNU
Oui ! Elle renaît !
Elle renaît et dans la joie
Elle m’emporte avec elle, Turandot,
C’est l’Espérance !

Jakub Józef Orliński

Air Séduisantes espérances,

Ne trompez pas mon âme.

Destin aujourd’hui serein,

Ne change pas de visage.

ELSA (regardant devant elle, radieuse)

Toute seule, dans les jours sombres, j’ai supplié le Ciel,
La prière exprimait la profonde plainte de mon cœur.
Mes   gémissements devinrent un cri douloureux,
Qui vibra et enfla au loin dans l’espace :
J’entendis résonner ce cri dans l’air, aussi loin que mon oreille put encore l’entendre,
Mes yeux se   fermèrent alors, et je tombai dans un doux sommeil. 
Un chevalier s’approchait, brillant de l’éclat de ses armes,
Je n’avais jamais vu  une vertu si pure :
À sa taille, pendait un cor en or ; il s’appuyait  sur son épée.
Le vaillant héros vint à moi, traversant les airs ;
Avec des gestes chastes, il me consola ;
Je veux que ce soit ce chevalier qui me défende,
c’est lui qui doit être mon champion !

Régine Crespin

TANCREDE

 

Ô patrie ! Douce et ingrate patrie !

Je reviens enfin vers toi ! Je te salue.

Ô cher pays de mes ancêtres, je t'embrasse.

Ce jour est pour moi serein.

Mon cœur commence à respirer en mon sein.

Amenaïde ! Ô mon doux tourment !

Unique et divin objet de mes soupirs, de mes vœux,

Je reviens enfin. Je veux,

Défiant mon destin, quel qu'il soit,

Te mériter ou périr, ô mon âme.

Toi qui embrases ce cœur,

Qui me donnas mon courage,

Âme glorieuse, doux amour,

Favorise ce beau désir,

Que tombe le traitre impie

Et couronne ma foi !

 

De tant d'émois, de tant de douleurs.

De toi mon amour, j'espère récompense,

Tu me reverras,.. Je te reverrai...

De tes beaux yeux je me délecterai.

Ô délires. ô soupirs... Doux accents, ô joies !

Mon cœur me dit que mon destin

Près de toi sera heureux.

Ewa Podles

Neil Shicoff et Jessye Norman

Giulietta [se relevant en souriant]
Jusque-là cependant affermis mon courage
En me laissant quelque chose de toi.

Hoffmann
Que veux-tu dire?

Giulietta
Écoute, et ne ris pas de moi!
[elle tourne le visage d'Hoffmann vers le miroir]
Ce que je veux de toi c'est ta fidèle image
Qui reproduit tes traits, ton regard, ton visage...
Ce reflet que tu vois sur le mien se pencher!

Hoffmann
Quoi! mon reflet!
Quelle folie!

Giulietta
Non, car il peut se détacher de la glace polie
Pour venir tout entier dans mon coeur se cacher.

Hoffmann
Dans ton coeur?

Giulietta
Dans mon coeur, c'est moi, c'est moi qui t'en supplie!
Hoffmann, comble mes voeux!

Hoffmann
Tu le veux!

Giulietta
Je le veux, oui, sagesse ou folie,
je l'attends, je le veux!
[elle l'attire à elle]

Si ta présence m'est ravie
Hoffmann
Extase, ivresse inassouvie,
Giulietta
Je veux garder, garder de toi...
Hoffmann
Étrange, étrange et doux effroi!
Giulietta
Ton reflet, ton âme, et ta vie,
Hoffmann
Mon reflet, mon âme, et ma vie!
Giulietta
Ami, donne-les moi!
Hoffmann
à toi, à toi, toujours à toi!
Giulietta
Ton reflet, donne-le moi!
Hoffmann
À toi!
Giulietta
à moi!
Hoffmann et Giulietta
Aujourd'hui, les larmes,
Mais demain, demain, demain les cieux!

Etc.

Version sous-titrée

Thomas Hampson, Marcello Giordani, Hasmik Papian, Gaële  Le Roi