Un jour, un espoir...

 

"Il est permis d'attendre, il est doux d'espérer"... chante Carmen. La musique étant par essence vectrice d'espoir,

Première Loge vous proposera chaque jour, le temps que durera le nécessaire confinement des Français, une page musicale dans l'espoir est évoqué, par les notes et par les mots. Espoir amoureux, espoir en la paix retrouvée, en des jours meilleurs...

Tant il est vrai que l'espoir... et la musique font vivre !

 

 

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  • SEMAINE DU 30 MARS AU 05 AVRIL 2020

 

SAMEDI

VERDI, "Au sein de la puissance..." (Les Vêpres siciliennes)

 

Le ciel vient apparaître à mes yeux rajeunis,

Et je me sens renaître à ce mot seul : Mon fils ! ô mon fils...

 

Aujourd’hui, l’espoir de Guy de Montfort (Les Vêpres siciliennes) : celui de revoir son fils, qui a été élevé dans la haine de son père. Thomas Hampson excelle à exprimer l’amour d’un père privé de son enfant depuis des années. Laissez-vous toucher par ses appels emplis de nostalgie : « Mon fils !... », susurrés dans des pianissimi pleins d’émotion et de tendresse...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VENDREDI 

OFFENBACH, "Vois sous l'archet frémissant" (Les Contes d'Hoffmann)

 

C'est l'amour vainqueur !

 

La quasi-totalité du XXe siècle s’est écoulée sans que l’air que chante Niklausse au début du 3e acte des Contes d’Hoffmann soit connu… C’est pourtant l’un des plus touchants de la partition d’Offenbach, et la plupart des mezzos ont dorénavant à cœur de l’inscrire à leur répertoire : Jennifer Larmore, Anne Sofie von Otter, Angelika Kirschlager, Anna Bonitatibus, Stéphanie d’Oustrac, Michèle Losier,… C’est ici Elīna Garanča, l’un des plus timbres aujourd’hui les plus intrinsèquement beaux de cette tessiture de mezzo, qui chante cet hymne à l’espoir amoureux… et à la musique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JEUDI

DONIZETTI, "O luce di quest'anima" (Linda di Chamounix)

 

Nous sommes pauvres tous deux,

Nous vivons d’amour et d’espoir.

 

Un espoir belcantiste avec cet air plein de verve rafraichissante, extrait de Linda di Chamounix,  opéra semiseria de Donizetti créé en 1842, soit un an avant Don Pasquale. Il s’agit de l’air d’entrée de l’héroïne : avant que le drame ne se noue, Linda chante son espoir en un avenir qu’elle imagine radieux aux côtés de son amoureux Carlo, un jeune peintre encore inconnu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                   

                                 

 

                                   Sumi Jo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MERCREDI

ZECO AFONSO, Grandola, vila Morena (chanson portugaise)

 

À chaque coin de rue un ami
Sur chaque visage, l’égalité

 

Dernière sélection de notre collaboratrice Sabine Teulon-Lardic, qui nous propose de délaisser exceptionnellement le répertoire lyrique pour nous rendre au Portugal avec Grandola, la chanson du printemps 1974. Grandola vila morena déclenche la Révolution des Œillets lors de sa diffusion nocturne le 24 avril à la radio. Plus tard incarnée par la  chanteuses de fado Linda de Suza, cette chanson politique symbolise les soulèvements printaniers des peuples, si nombreux dans l’histoire de l’humanité. Des Printemps porteurs de semences !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MARDI

GUSTAV MAHLER, « Der Trunkene im Frühling » (Das Lied von der Erde)

 

Laissez-moi me saouler tranquille !

 

Pétri d’expressivité subjective, mais aussi de savoir-faire orchestral, le 5e mouvement de l’œuvre de Mahler se confronte à la truculence de « L’ivrogne au Printemps » . Et ce, via la traduction allemande de la poésie classique … chinoise ( Li-Tai-Po). La vaillance juvénile du ténor Jonas Kauffman sied à celui qui titube devant sa porte en écoutant un oiseau chantant dans l’arbre (« Ein Vogel singt im Baum »), soit le violon solo. Puis qui picole de concert … avec le piccolo de l’orchestre !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LUNDI

GABRIEL FAURE, "Green" (Cinq mélodies de Venise, op. 58)

 

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches...  

 

Ces vers de Verlaine si connus, y compris de Léo Ferré, font leur miel dans la ruche fauréenne. Cette invitation à vivre pleinement le renouveau de la nature et de l’amour est la troisième mélodie du cycle des Cinq mélodies de Venise. Le velouté du baryton Gérard Souzay, champion du « bien dire » français, y excelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka

Green

 

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers ;
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête.
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

Paul Verlaine

L'ivrogne au printemps

Si la vie n'est qu'un rêve,

pourquoi s'évertuer ?

Je bois jusqu'à plus soif

toute la sainte journée !

 

Et quand mon âme et mon gosier

débordent d'alcool,

je titube jusqu'à ma porte

et dors merveilleusement !

 

Qu'est-ce que j'entends au réveil ?

Ça alors !

Un oiseau qui chante dans un arbre.

Je lui demande si c'est déjà le printemps.

J'ai l'impression d'être dans un rêve.

 

L'oiseau pépie : « Mais oui ! Mais oui !

Le printemps !

Le printemps est là,

il est arrivé dans la nuit ! »

J'écoute avec la plus grande attention

l'oiseau qui chante et qui rit !

 

 

 

Je me reverse un gobelet

que je vide d'un trait.

Et je chante, jusqu'à ce que la lune

brille dans le noir firmament !

 

Et quand je ne suis plus capable de chanter,

Et quand je ne suis plus capable de chanter,

je retourne me coucher.

Qu'est-ce que j'en ai à faire, moi, du printemps !?

Laissez-moi me saouler tranquille !

 

Terre de la fraternité
Grândola, ville brune
Sur chaque visage, l’égalité
Seul le peuple ordonne

 

À l’ombre d’un chêne vert
Qui ne connaissait plus son âge
J’ai juré d’avoir pour compagne
Grândola, ta volonté

 

Grândola, ta volonté
J’ai juré d’avoir pour compagne
À l’ombre d’un chêne vert
Qui ne connaissait plus son âge

Grândola, ville brune                                Terre de la fraternité
Seul le peuple ordonne
En ton sein, ô cité

 

En ton sein, ô cité
Seul le peuple ordonne
Terre de la fraternité
Grândola, ville brune

 

À chaque coin de rue un ami
Sur chaque visage, l’égalité
Grândola, ville brune
Terre de la fraternité

Ah ! Je n’ai que trop tardé

Et je n’ai pas trouvé mon cher Carlo à notre rendez-vous.

Qui sait comme il a dû souffrir !

Mais pas autant que moi…

Il m’a laissé ces fleurs en gage de son amour !

Tendre cœur !

C’est pour ce cœur que je l’aime,

C’est le seul trésor qu’il possède.
Nous sommes pauvres tous deux,

Nous vivons d’amour et d’espoir.

C’est un peintre encore inconnu

Que son talent fera connaître !

Alors je deviendrai sa femme.

Et nous serons heureux !

Ô lumière de mon âme,

Mon délice, mon amour, ma vie,

Nos destins seront unis

Sur la terre comme au ciel.

Viens te reposer

Sur mon cœur qui t’aime,

Soupire pour toi et te désire,

Et ne battra jamais que pour toi.

 

                     (traduction S. Lelièvre)

Vois sous l'archet frémissant
Vibrer la boîte sonore,
Entends le céleste accent
De cette âme que s'ignore,
Écoute passer dans l'air
Le son pénétrant et clair
De cette corde éplorée:
Elle console tes pleurs,
Elle mêle ses douleurs
À ta douleur enivrée!
C'est l'amour
C'est l'amour vainqueur,
Poète, donne ton coeur!

Oui, je fus bien coupable et coupable par elle !

Je l'enlevai jadis... orgueilleuse et cruelle !

Mais s'échapper !... me fuir... et pendant dix-huit ans,

Me dérober la vue et les embrassements

De mon fils !... l'élever dans l’horreur de son père !...

Ah ! c'est me surpasser encore en cruauté !

Et c'est naguère enfin, à son heure dernière,

Que ce nouvel affront par elle fut dicté !

(Lisant.)

« Toi qui n'épargnes rien, si la hache sanglante

Menace Henri Nota, l’honneur de son pays,

Épargne au moins cette tête innocente !

C'est celle de ton fils ! »

(Avec attendrissement.)

Mon fils !...

Air 

Au sein de la puissance,

Au sein de la grandeur,

Un vide affreux, immense

Régnait seul dans mon cœur !

Le ciel vient apparaître

À mes yeux rajeunis.

Et je me sens renaître

À ce mot seul : Mon fils ! Ô Mon fils!

La haine égara sa jeunesse,

Mais près de moi, dans ce palais,

Je veux conquérir sa tendresse

Et le vaincre par mes bienfaits !

 

Au sein de la jeunesse, ...