Une soirée musicale 1900 avec Véronique Gens à l’ Éléphant Paname

Concert du lundi 23 octobre 2019

Véronique Gens,soprano ; Susan Manoff, piano

Mélodies de Gounod, Polignac, Chausson, Lalo, Dubois, Hahn, Duparc, Massenet, Offenbach.

 

De retour de Venise où elle inaugurait la dixième saison du Palazzetto Bru-Zane, Véronique Gens proposait mardi un récital de mélodies françaises à l’Éléphant Paname dans le cadre du cycle L’instant lyrique. Le programme constitue un parfait complément à la soirée vénitienne avec un florilège musical puisé dans le répertoire de mélodistes connus (Reynaldo Hahn, Henri Duparc, Ernest Chausson) ou plus confidentiels (le prince Edmond de Polignac, Théodore Dubois).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est une soirée pleine de poésie dont profite un public conquis. L’auditeur peut reconnaître Théophile Gautier dans Où voulez-vous aller ? de Charles Gounod, une mélodie composée sur le même poème que la 6e Nuit d’été de Berlioz, ou encore Paul Verlaine (dans La chanson bien douce d’Ernest Chausson). Le récital alterne des mélodies charmantes et fort émouvantes, comme le Lamento d’Edmond de Polignac, avec des airs plus légers, voire facétieux (deux fables de La Fontaine mises en musique par Jacques Offenbach).

 

Véronique Gens met en valeur avec une grande sensibilité le registre, tantôt lyrique, voire élégiaque, tantôt léger – dans Viens, les gazons sont verts de Charles Gounod - et drôle, des mélodies choisies pour ce concert. Son timbre rond et clair met en valeur l’exaltation amoureuse croissante dans le très rare et mélancolique Ce qui dure de Théodore Dubois (sur un poème du sentimental Sully Prudhomme).

Ses talents de comédienne – que l’on a pu voir au printemps dans Maître Péronilla d’Offenbach – servent parfaitement une voix dont le chant est toujours nuancé et subtil, évitant une interprétation trop uniforme. L’élégance naturelle de la mélodiste donne une unité incontestable et une grande force à ce programme, conférant à la jeune paysanne Perrette – dans La laitière et le pot au lait d’Offenbach – une faconde presque aristocratique qui amuse beaucoup le public.

La soprano est accompagnée au piano par Susan Manoff, dont le goût pour la mélodie française n’est plus à démontrer. L’harmonie entre l’instrument et la voix est parfaite. Véronique Gens peut s’appuyer avec confiance sur ce clavier assuré et sonore qui soutient merveilleusement le chant.

Ce très beau concert fait revivre l’ambiance musicale, toute de délicatesse, de raffinement et de pas feutrés, des salons 1900 chers à Marcel Proust. Son ami Reynaldo Hahn est au demeurant représenté par plusieurs mélodies : l’aérien Rossignol des lilas, mais aussi L’allée est sans fin (cycle des Chansons grises, sur un poème de Paul Verlaine), ou encore le tendre Aimons-nous (poème de Théodore de Banville).

 

Lors des bis, Véronique Gens offre avec générosité trois pépites à un public conquis et enthousiaste. Elle propose tout d’abord une interprétation de La Vie en rose pleine de suavité, de délicatesse mais aussi de force. Le second rappel permet d’entendre la très émouvante et élégiaque Néère de Reynaldo Hahn, une mélodie du cycle des Études latines (d’après les Poèmes Antiques de Leconte de Lisle) qui n’est pas sans faire songer à un lamento baroque et que l’on ne se lasse pas d’écouter (disque Alpha, 2015).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est avec la mélancolique valse chantée des Chemins de l’amour de Francis Poulenc que la soprano prend congé du public.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grâce au talent de Véronique Gens, l’amateur de mélodie se croit transporté, le temps d’une soirée, dans le salon fin-de-siècle de la princesse de Polignac qui fit tant pour la musique. 

                                                                                                                                                                               Patrice Gay

 

 

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Hahn, Néère, par Véronique Gens

Poulenc, Les Chemins de l'amour

par Véronique Gens