Véronique Gens et l’âge d’or de la mélodie à l’Auditorium du Musée d’Orsay

 

Concert du jeudi 21 novembre, Auditorium du Musée d'Orsay

 

Programme :

Camille Saint-Saëns (Désir de l’Orient, Extase);  Léo Delibes (Églogue, Chanson hongroise, Chanson slave); Guy Ropartz (Ceux qui parmi les morts); Reynaldo Hahn (Les Cygnes, Naïs); Hector Berlioz, Les Nuits d'été.

 

Véronique Gens, soprano
Marraine de l’Académie Orsay-Royaumont


Susan Manoff, piano

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Le jeudi 21 novembre, Véronique Gens se produisait à l’Auditorium du Musée d’Orsay dans un splendide récital de mélodies françaises. La soirée était placée sous le patronage de l’Académie Orsay-Royaumont, qui entame sa seconde saison. Le directeur de la programmation musicale des Musées d’Orsay et de l’Orangerie en a présenté les derniers lauréats. Ceux-ci ont eu la chance de travailler avec Véronique Gens, marraine de l’Académie, et son accompagnatrice durant quatre jours. Le public a pu découvrir ces jeunes talents quelques heures plus tôt.  

       Nous retrouvons toujours avec un immense plaisir la soprano Véronique Gens et sa complice Susan Maloff au piano dans ce répertoire. Après une soirée à Éléphant Paname le 23 septembre, où les deux mêmes interprètes avaient mis leur talent au service d’un répertoire pour l’essentiel postromantique, nous voici plongés au cœur du romantisme français avec, en point d’orgue, les Nuits d’été d’Hector Berlioz.  

 

      Retenue et élégance du timbre. Le chant tout en retenue de Véronique Gens, mêlé à la rondeur et à la clarté du timbre sert merveilleusement le délicat et tendre Désir de l’Orient (1871) de Camille Saint-Saëns, sur des paroles du compositeur. Soulignons toute l’expressivité et l’art de la nuance de Véronique Gens, notamment dans Extase (1860), toujours de Saint-Saëns, sur un poème de Victor Hugo. La poésie et la musicalité de la pièce tiennent notamment à une anaphore reprise sans cesse différemment par la mélodiste.

      Succèdent trois morceaux de Léo Delibes, d’une tonalité toute différente, avec notamment une Églogue (1863, texte de Victor Hugo) fort légère et primesautière où la conjonction du piano et de la voix laissent presque entendre la « flûte invisible » du berger. Les chansons qui suivent sont nettement plus pittoresques : la Chanson hongroise (1880, texte de François Coppée), veut exprimer toute la violence du folklore tzigane. Quant à la Chanson slave (1893), sorte de badinage amoureux dialogué, elle permet aux deux interprètes de s’amuser et le dialogue se joue tout autant entre le piano et la voix dans cette fantaisie.

        La mélancolie mélodramatique de Ceux qui parmi les morts (1899) de Guy Ropartz, sur un poème d’Heinrich Heine, nous plonge dans un univers tout différent, bien plus fin-de-siècle que romantique.

        C’est ainsi que l’auditeur se trouve tout naturellement conduit vers Reynaldo Hahn, coqueluche des salons 1900, dont Véronique Gens interprète cinq mélodies. L’extrême délicatesse de Les Cygnes (1893-1894, poème d’Armand Renaud) illustre parfaitement tout le raffinement de cette musique. Dans ce répertoire, la couleur du timbre semble devoir beaucoup à l’expérience de Véronique Gens dans le chant baroque, c’est du moins ce que l’on entend dans Naïs (1955, texte de Sully Prudhomme).

 

        Lumière. Vêtue d’une splendide robe canari, Véronique Gens interprète en seconde partie de programme le très attendu cycle des Nuits d’été (1840-1841) d’Hector Berlioz, dont les textes sont empruntés à La Comédie de la mort (1838) de Théophile Gautier. Entendre ces pièces dans un cadre intimiste et dans une version pour piano et soprano, et non pour orchestre et mezzo, choix bien plus répandu, est un véritable bonheur. La musique et le chant se colorent d’une luminosité que l’on perçoit rarement. Les longs mélismes du Spectre de la rose prennent une couleur nouvelle, après une sublime introduction au piano et l’on entend une Véronique Gens fort loin de toute afféterie : diction, force expressive, émotion retenue de la voix, c’est sans doute l’acmé de la soirée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        La pièce est cependant précédée, comme de juste, d’une Villanelle introductive dont les deux complices soulignent l’humour, provoquant le rire du public lors de la chute sur « des fraises des bois. »

        On entend aussi dans Sur les lagunes (sous-titré lamento), à l’atmosphère lugubre, ou dans Absence, au tempo particulièrement lent, quelque chose d’un récitatif presque baroque duquel se détachent de magnifiques moments lyriques. Il faut répéter combien voix et piano convergent pour produire de telles interprétations. Dans Au Cimetière, Véronique Gens s’appuie avec confiance sur le piano amical de Susan Maloff. Et c’est avec l’attaque dramatique de L’Île inconnue que s’achève cet extraordinaire moment berliozien.

 

Malheureusement, l’état de santé de Véronique Gens, dont on connaît la générosité, ne lui permettra d’offrir en bis que Où voulez-vous aller (1839) de Charles Gounod pour clore cette soirée où a plané l’ombre du romantisme français.

 

 

Patrice Gay

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Christian Dresse

© Marc Ribes - Virgin Classics

Véronique Gens (Berlioz, Nuis d'été, "Le spectre de la rose")