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VIOLANTA Korngold à Turin : beaucoup à entendre, moins à voir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En streaming gratuit jusqu’au 28 août 2020 sur operavision.eu

Sous-titres multi-langues disponibles

 

DISTRIBUTION

 

Violanta : Annemarie Kremer

Simone Trovai : Michael Kupfer-Radecky

Alfonso : Norman Reinhardt

Giovanni Bracca : Peter Sonn

Bice : Soula Parassidis

Barbara, nourrice de Violanta : Anna Maria Chiuri

Matteo : Joan Folqué

Premier soldat : Cristiano Olivieri

Second soldat : Gabriel Alexander Wernick

Première servante : Eugenia Braynova

Seconde servante : Claudia De Pian

Orchestre et chœurs : Teatro Regio Torino, dir. Pinchas Steinberg

Mise en scène, décors & costumes : Pier Luigi Pizzi

 

 

 

 

Alors que Die tote Stadt (1920) s’inscrit peu à peu au répertoire de tous les grands théâtres d’opéra (c’est notamment dans cette œuvre que Jonas Kaufmann a effectué sa dernière prise de rôle en décembre 2019), quelques maisons plus aventureuses osent présenter les autres opus lyriques d’Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Le Miracle d’Heliane, monté récemment par l’Operaballet Vlaanderen en octobre 2017 et par le Deutsche Oper de Berlin en mars 2018. À Turin, c’est le tout premier opéra de Korngold qui était à l’affiche en janvier dernier, pour la création italienne de l’oeuvre. Créé en 1916 à Munich le même soir qu’un autre acte lyrique du même compositeur, L’Anneau de Polycrate, Violanta est depuis longtemps connu grâce à un enregistrement dirigé par Marek Janowski, avec Eva Marton, Siegfried Jerusalem et Walter Berry, paru en 1980.

 

Cet opéra d’un tout jeune homme (Korngold fut un enfant prodige) s’inscrit évidemment dans la continuité d’un certain nombre d’œuvres représentatives de la modernité lyrique allemande au début du XXe siècle. On pense bien sûr à la Salomé de Richard Strauss (1905), et aussi au triangle amoureux qui est au cœur d’un autre opéra en un acte inspiré d’Oscar Wilde, Une tragédie florentine d’Alexander von Zemlinsky (1906). Violanta offre le même cocktail de désir et de mort, dans une version un peu moins vénéneuse bien que tout aussi imprégnée d’un certain symbolisme fin-de-siècle. Souhaitant venger sa  défunte sœur, l’héroïne éponyme attire chez elle l’homme qui l’avait séduite puis abandonnée, mais alors qu’elle prévoyait de le faire assassiner par son mari, elle révèle qu’elle s’est éprise de lui dès le premier regard. Quand l’époux paraît l’épée à l’a main, Violanta s’interpose et, frappée d’un coup fatal destiné au séducteur, elle expire « libérée du péché et du désir ». Après une première scène situant l’action pendant le carnaval de Venise à la Renaissance, l’opéra repose surtout sur un long duo entre Violanta et Alfonso qui rappelle Tristan, l’héroïne de Korngold étant, comme Isolde, censée d’abord détester celui qu’elle a face à elle. Pour traduire la naissance de l’amour dans le cœur de Violanta, Korngold trouve des accords mystérieux très proches de la musique « magique » imaginée par Franz Schreker dans Le Son lointain (1912).

 

Face à cette œuvre rare, Pier Luigi Pizzi a recours à sa méthode habituelle, en privilégiant l’harmonie esthétique : décor en camaïeu de rouge avec deux immenses rideaux de brocart rappelant les imprimés de Fortuny chers à Proust, costumes correspondant à l’époque de la création de l’œuvre, le carnaval permettant quelques renvois au XVIe siècle. Tout cela est extrêmement élégant, mais il ne se passe vraiment pas grand-chose sur le plan dramatique. Heureusement, la somptuosité orchestrale, dont Pinchas Steinberg sait organiser le déferlement, compense cette vacuité scénique.

 

Le Regio de Turin est allé chercher des chanteurs hors des frontières nationales, en tout cas pour les personnages principaux. On soulignera néanmoins la prestation émouvante de la mezzo italienne Anna Maria Chiuri en nourrice de l’héroïne. Le ténor Peter Sonn s’acquitte très honorablement du court rôle du peintre Giovanni Bracca, chantre de l’épicurisme. L’autre ténor, l’Américain Norman Reinhardt, est plus exposé, et l’on admire sa prestation vocale, malgré une direction d’acteurs absente qui livre le chanteur à lui-même. Le baryton Michael Kupfer-Radecky a le tort de donner au mari de Violanta des intonations hargneuses et nasales de « méchant », ce qui fausse un peu l’équilibre des personnages. Mais c’est bien sûr la soprano néerlandaise Annemarie Kremer qui écope de l’emploi le plus lourd, de format wagnérien (ou straussien, ce qui revient parfois au même) ; habituée des grands rôles du répertoire – Tosca, Isolde, Salomé –, elle surmonte sans difficulté apparente les difficultés de la partition, et l’on peut imaginer qu’elle brillera, toujours chez Korngold, dans le rôle d’Heliane à Enschede (Pays-Bas) en septembre 2021.

 

 

Laurent Bury

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka

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