VIVA L'OPÉRA à l'Opéra de Toulon : un concert qui fait du bien !

 

 

Concert du jeudi 09 octobre 2020

 

PROGRAMME :

Extraits d’ouvrages de :

 

  • Gioachino ROSSINI (1792-1868)          

Semiramide, Le Comte Ory, L’Italienne à Alger, Le Barbier de Séville

  • Jacques OFFENBACH (1819-1880)          

La Périchole, La Belle Hélène, Les Contes d’Hoffmann, La Grande-Duchesse de Gérolstein

  • Gaetano DONIZETTI (1797-1848) 

La Fille du Régiment

  • Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)    

La Clémence de Titus, Don Giovanni, Les Noces de Figaro

  • Georg Friedrich HAENDEL(1685-1759)                      

Jules César     

 

 

 

DISTRIBUTION

Soprano Roxane Chalard

Mezzo-soprano Karine Deshayes 

Mezzo-soprano Teresa Iervolino 

 

Ténor Philippe Talbot

Basse Mirco Palazzi 

Basse Nika Guliashvili 

Ténor Camille Tresmontant

 

Orchestre et Choeur de l’Opéra de Toulon, dir. George Petrou

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Crédit photos : ©KBouffard

 

 

 

 

Prévue pour rouvrir avec Semiramide, c’est donc avec un concert lyrique particulièrement enthousiasmant que la saison 2020-21 de l’Opéra de Toulon Provence Méditerranée donne son coup d’envoi.

 

Si le passionné d’opéra demeure toujours friand de ce genre de soirée où, à la suite d’ouvertures et intermezzi, s’enchainent, de façon parfois roborative et sans ordre déterminé, airs, duos et ensembles piochés dans l’ensemble du répertoire, force est de constater que pour conserver au public un degré élevé d’excitation pendant plus d’1h 45 de concert sans entracte - règles sanitaires obligent ! –, il est indispensable de donner une homogénéité au programme et de disposer d’interprètes de haute volée.

 

C’est bien en cela que réside la réussite absolue de ce grand gala lyrique.

 

Placé légitimement sous le haut patronage du « cygne de Pesaro », le programme retenu fait donc la part belle à de larges extraits de Semiramide et de L’Italienne à Alger auxquels viennent s’adjoindre l’air de la calomnie du Barbier de Séville et un duo du Comte Ory. C’est Jacques Offenbach qui arrive juste derrière avec des duos de La Belle Hélène, La Périchole et Les Contes d’Hoffmann mais Mozart n’est pas loin avec Les Noces de Figaro, Don Giovanni et La Clémence de Titus. Seuls Haendel et Donizetti n’auront droit, dans cet assemblage brillant, qu’à une apparition, mais ô combien percutante puisqu’elle s’effectue avec l’air de Tonio « Ah, mes amis… » extrait de La Fille du Régiment et avec le sublime air de Giulio Cesare « Va tacito e nascosto… ».

 

Lignes mélodiques de l’orchestre et écriture vocale font bon ménage dans ce programme pour mettre en valeur des couleurs claires et brillantes, tant chez les instrumentistes (les cordes et les bois, on le sait, sont particulièrement sollicités dans ces pages de Rossini mais on se doit de citer également les périlleuses parties de cor dans l’air de Jules César) que dans les parties réservées au chœur. Saluons donc sans réserve la rigueur stylistique d’un orchestre Symphonique de l’Opéra et de choristes visiblement heureux de rejouer ensemble, pour l’occasion sous la direction du jeune chef athénien George Petrou, précis dans sa gestuelle et assurant une belle homogénéité aux forces de la maison.

 

 Mais c’est sans aucun doute le plateau vocal réuni pour l’occasion qui met, dès le début du programme, le public dans un état d’excitation qui ne le quittera plus et augmentera même tout au long de la soirée. Permettant, en premier lieu, à de jeunes interprètes, qui commencent à prendre leur place sur les scènes lyriques, de se faire entendre, on a plaisir à découvrir le clair soprano de Roxane Chalard dans un air de Servilia de La Clémence de Titus à la musicalité sans faille et à la projection maîtrisée. Camille Tresmontant dispose d’un matériau solide, que l’on avait découvert à Marseille dans la partie de Vincent. Son  « Dalla sua pace » nous a paru, dès son attaque, manquer de nuances et devra être techniquement plus assuré.

 

La technique est évidemment indispensable au ténor qui se risque à aborder l’air de Tonio de La Fille du Régiment ! Découvert, pour notre part, dans Moïse et Pharaon à l’Opéra de Marseille en 2014, Philippe Talbot nous a paru avoir gagné en mordant et en assurance à la fois dans l’air en question – où il semble se jouer des fameux contre-ut à répétition ! -  mais surtout dans les parties redoutables du Comte Ory et d’Idreno.

L’air de la calomnie de la basse géorgienne Nika Guliashvili enthousiasme à juste titre le public. Entendu à Nice dans la production de La Dame de Pique - dans laquelle il aurait dû  rechanter cette année à Toulon – ce chanteur dispose d’un matériau impressionnant et d’une voix sonore égale sur tout l’ambitus qui le prédispose à embrasser un jour les plus grands emplois de basse. Son Fasolt à Nice dans quelques mois sera à suivre attentivement.

On sait désormais que Mirco Palazzi est l’une des basses chantantes les plus rompues au chant rossinien qu’il interprète sur les plus grandes scènes internationales. Son Mustafa de L’Italienne à Alger et son Assur de Semiramide constituent évidemment de grands moments dans cette soirée où son art de la vocalise belcantiste fait merveille. On a hâte de le retrouver dans quelques semaines à Marseille, toujours dans Rossini !

Découverte en ce qui me concerne que celle de la magnifique mezzo romaine Teresa Iervolino qui fait déjà une très belle carrière, en particulier dans les emplois rossiniens dont elle a la vocalité, avec des sonorités moirées et une facilité dans la vocalise ici indispensable. De plus, l’interprète est irrésistible, en particulier dans un duo de L’Italienne à Alger « Oh, che muso, che figura… » où elle fait avec Mirco Palazzi un numéro absolument désopilant. Une artiste également à suivre de très près.

 

Mais c’est évidemment pour Karine Deshayes que beaucoup d’aficionados avaient fait le déplacement à Toulon. À ce stade de sa carrière, il devient impropre de qualifier la voix de Karine Deshayes de mezzo-soprano, tant l’ampleur prise dans le haut médium et dans l’aigu font d’elle l’un des plus authentiques Falcon de notre époque , destinée à aborder dans les prochains mois les héroïnes de Meyerbeer et, un jour, d’Halévy. De fait, dès un « Bel raggio lusinghier… » aux aigus dardant comme des lames jusqu’au Brindisi improbable de Traviata – et pourtant à l’ampleur si souhaitable… même ici – offert en bis à un public en délire, Karine Deshayes déploie une palette de couleurs et un art du chant que l’on ne connaissait plus depuis longtemps chez une interprète française. Non seulement chez Rossini où la pyrotechnie déployée n’est jamais gratuite mais également chez Offenbach, chanté comme le grand compositeur lyrique qu’il est (le duo de La Belle Hélène « Ce n’est qu’un rêve… » en constituant un exemple mémorable), la voix de Falcon de la chanteuse rencontre, ce soir, un programme taillé à sa mesure venant se cristalliser dans un quatuor de Semiramide, proche de l’idéal.

 

Assurément, un concert qui fait du bien !


Hervé Casini

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Christian Dresse

© Marc Ginot

© Marc Ginot